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Billet de blog 12 juil. 2018

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Le football est-il un sport «collectif» ?

On est à deux doigts de la communion des Saints. Faut s'imaginer la France victorieuse, dimanche après le samedi 14 Juillet. Après le défilé militaire, place au défilé des maillots, place à cette image de la France qu'on aime voir : l'équipe de football. J'ai repris le refrain.

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Sport collectif, destin individuel

Qu’est-ce qu’un sport « collectif » ? Celui qui se joue à plusieurs, équipe contre équipe, ou bien un sport profondément solidaire du destin de la collectivité, prenant en compte, dans son « jeu » hors stade, le « bien commun », afin de procurer à ses "fans" non plus simplement la formidable émotion, mais aussi la valeur des valeurs dans une entreprise collective: la justice, l'égalité?

De quelle « collectivité » se réclame le football ? Du peuple bien sûr, me dira t-on. Le football est un sport réellement populaire. Seul sport capable de réunir dans un même salon, Macron et les cheminots, et leur procurer le même effet : joie et bonheur. Et le bonheur n’est-ce pas pour les philosophes le but ultime de la vie ? Alors, que demander de plus, puisque le le football permet d’atteindre cet état unique qu'est de bonheur? Ça c’est l’effet magique du football, fini la lutte de Classes. On est tous Français, tous supporter, comment ne le sentez-vous pas? On arrête de se prendre la tête sur la privatisation du pays, priorité à la victoire de l’équipe nationale… l’équipe pour tous.

Si le mot « collectif » ne caractérise que l’allégresse des (télé) spectateurs, s’il ne caractérise que l'entente et le jeu de onze joueurs, s’il ne caractérise que la stratégie d’une équipe contre une autre, dans le but de marquer des buts, sans que ces derniers aient grand-chose à voir avec l’Humanité dans son ensemble, alors il faut signaler que le football est un "jeu" ….qui se fiche fondamentalement de la collectivité. C’est le sport le plus individualiste, égoiste, capitaliste qu'il soit. Il éclipse tout….

Ainsi, oubliera t-on la crise politique qui travaille l’Italie en ce moment, et son gouvernement hostile aux migrants, pour s’émerveiller de l’actualité d’un Cristiano Ronaldo transféré du Réal de Madrid (Espagne) à la Juventus de Turin (Italie), pour un montant qui dépasse les 100 millions d’euros. Salaire du joueur par an : 30 millions d’euros. Sans compter les droits divers et variés, les primes et autres retombées publicitaires.Inutile de rappeler que le transfert de ce même joueur du Manchester United au Réal de Madrid a également coûté une belle fortune. Une accumulation de sommes astronomiques qui ne pose aucun problème « politique » à personne. Les souverainistes se taisent.

Songeons à l’Aquarius et son lot de prolétaires, refusé par l’Italie, boudé par la France, et enfin toléré par l’Espagne. Croyez-vous que ces différents pays auraient rechigné à accueillir un Ronaldo?

Ce qui fait peur à nos innocents « peuples » d’Europe c’est de voir débarquer sur leurs côtes, des enfants, des femmes, des hommes démunis, mal habillés, mal famés et qui aspirent à vivre. Les populismes, comme on les appelle, se retournent uniquement contre les plus faibles, les plus démunis. Pourquoi ? Egoïsme, racisme, nationalisme, capitalisme… s’entremêlent.

Les « populistes » font mine d’être préoccupés par leur identité, et de chrétien et de je ne sais pas quoi ; or, ce qui préoccupe les « peuples » européens, c’est le débarquement des  prolétaires, des pauvres. Ils ont peur de s’unir à ce prolétariat-là, et ensemble, de conquérir ce qu’il faut conquérir : l’égalité. Ce qui supposerait donc, de déchoir les Cristiano Ronaldo et tout le reste de leur nuage social. Le sport doit rester sport... une activité sociale parmi tant d’autres. Il doit cesser d'être une niche pour quelques-uns: les "meilleurs". Il doit arrêter d'être une dope sociale vertigineuse, sous prétexte de talent. C'est là une injustice grandiose.

Dois-je préciser que je ne parle pas du football qui se pratique dans une cour de récréation. J’ai suffisamment pratiqué ce sport dans mon adolescence, je sais donc que le problème est moins le football, en tant qu’activité, que le football, en tant que Système, en tant que Compétition, en tant qu’Entreprise capitalistique. Je n’ai rien contre les jeunes gens qui tapent la balle pour s’amuser. Et s’amuser est un plaisir gratuit. Je l'ai fait.

Panem et circensem

Depuis la Rome antique,  les gouvernants comptent beaucoup sur les « jeux » pour éloigner le peuple des réels enjeux de la Cité. Nous ne sommes donc pas devant un phénomène nouveau. La nouveauté ce sont les écrans… et donc démultiplication de lieux orgiaques, accélération de la jouissance.

Nous assistons à une réalité sociale, à échelle mondiale, déplorable voir catastrophique. Nous assistons à une rapacité incroyable d’une minorité qui s’accapare de tout, et d’une majorité qui s’effraie du peu qu’elle a.  Mais, le football exige de tous les joueurs et spectateurs, un fair-play… le football exige allégresse…le football exige que nous soutenions la patrie… le football exige l’union des cœurs, des races, des religions au nom du But. Mais quel But ? Le ballon au fond des filets.

Appauvrissement par ci, guerres interminables par-là, inégalités monstres partout, et quand il s’agit de football, le monde est invité à faire abstraction de la « vraie vie ». Les mêmes bonhommes qui manifestaient contre Macron, en l’appelant Président des riches, vont autour d’une bière, d’un stade chanter et crier pour un « collectif de travailleurs millionnaires », lequel ne s’intéresse nullement aux autres luttes sociales.

Macron, le dernier Sauveur de la France en date, quant à lui, s’est emporté récemment,  sur le « pognon de dingue » qui serait déversé dans les aides sociales. Son pognon bien sûr. Celui travaillé par lui et sa famille... Il s’agace qu’on le dilapide dans des aides qui aggravent la pauvreté. Bordel, faut laisser respirer les pauvres un peu… ils ont du potentiel… ils vont entreprendre. Surtout que la fin des tracasseries administratives est proche. Quel bonhomme !

Sotidarité

Va-t-on voir ces joueurs s’élever contre le gouvernement d’En Marche qui veut s’attaquer à la SECU ? Le monde se réjouir pour les joueurs…et les joueurs se réjouissant-ils du monde tel qu’il est ? Oui, je n’ignore pas que tous ces bons joueurs ont des Associations …Je sais, ce sont de très grand Humanitaires…Voyez Mbappe, n- a-t-il pas promis que ses primes du Mondial serait reversé aux enfants malades de Bondy ?

 Nous ne saurions collectivement nous satisfaire d’une société qui avance sur le principe de l’humanitaire, du don….dépendante de la charité des plus fortunés. 

Mieux qu’une victoire de la France, en phase finale de coupe du Monde, contre la Croatie,  il y a donc la lutte du personnel de santé, par exemple, contre les politiques du gouvernement. Cette lutte concerne la vie de tout le monde… Elle est réellement collective. Or, la victoire des Bleus, franchement, qu’est-ce qu’elle est ? Qu’est-ce qu’elle a de collective ? L’émotion ! Et après ?

                                          Victoire ? Soit ! Mais pour quoi et pour qui ? 

Mais, qu’est-ce qu’une victoire pour la « collectivité » ? Qu’est-ce une victoire sportive ? Que vaut-elle ? Pourquoi semble t-elle peser davantage que les échecs sociaux qui s’accumulent dans le monde ? Faut-il continuer à regarder le foot en dehors de la société, ou disons avec cette neutralité criminelle?

En 1998, après la victoire de la France Black, Blanc, Beur, quatre ans après, J.M Le pen était au second tour. C’est dire à quel point une victoire sportive peut cacher un désastre politique.

En 2017, la fille Le Pen a réitéré l’exploit de son père, elle était au 2nd tour de la présidentielle. En 2018, elle est député tricolore, se faisant interviewer, démocratie oblige, à chaque fois qu’il est question de migrants ou de terrorisme.

Questions nationales

Où sont donc les Matuidi, les Pogba, les N’golo Kanté, les Evra, les Thuram de la politique, de la littérature, de la presse, de la pensée en France ?

Sauf à soutenir que les gens de cette couleur ne sont pas vraiment aptes à s’exprimer politiquement, éditorialement, littérrairement. Sauf à soutenir que les races, mot proscrit dans la Constitution, après tout, n’ont pas les mêmes aptitudes. Et qu’on aura beau chercher, on ne trouvera pas de Zemmour Black ou Beur… capable d’intellectualiser les choses à RTL, Figaro, Paris Première ou que sais-je… capable d’occuper autant le terrain médiatique, de façon si brillante et solide.

On ne peut pas dissocier l’Equipe de France et la France. On ne peut pas dissocier l’équipe du Cameroun et le Cameroun. Et non, le Football n’est pas qu’un jeu. Lorsqu’on commence à transférer des gens d’un endroit à un autre pour des millions, faut arrêter de se raconter les sornettes.

Et que les transférés fassent comme si de rien n’était, comme si tout cela relevait de la « vraie vie » c’est là une « idéologie » de notre monde actuel qui consiste à conforter les jeunes à vivre sans penser. Il faut jouir, et les footballeurs, lorsqu’ils ne travaillent pas leur muscle, lorsqu’il ne poussent pas le ballon, jouissent avec leur « fric mérité »… Effectivement, on n’a pas besoin des joueurs qui sont là pour repenser le monde. Ce monde va terriblement bien, la preuve, ils n’ont qu’à voir leur parcours.

Le football, contrairement à ce qu’on aime vendre aux téléspectateurs, n’est porteur d’aucune valeur. C’est notre aveuglement collectif. Notre défouloir. Notre miroir déformant. Notre confusion. Notre triste réalité. 

Vive les Champions du monde !

Malheurs aux Losers du monde : « migrants et Cie » ! « étrangers méprisés » !

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