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Billet de blog 14 avr. 2020

Confinement et propriété privée.

Après cette pandémie, la preuve que rien de fondamental ne changera dans le monde, que le capitalisme n'aura qu'à revoir que quelques contours est déjà là. Car, en dehors de vielles indignations morales à l'égard des pauvres, en dehors de bienveillantes péroraisons au sujet des dettes publiques, la question de la propriété privée n'est abordée par personne: angle mort de tous nos velléitaires.

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Les prolétaires ont été pris au dépourvu. Ils ont accepté le "confinement" de trop. Certains ont accepté le confinement dans leur espace de mort ou dans leur enfer (mal-logement, etc). D'autres ont accepté de se sacrifier (travailler) davantage, sans la moindre contre-partie digne de ce nom.

Puis, ici en France, on leur a fait croire qu'il y a une guerre. Nous sommes en guerre....Nous sommes en guerre...On est en guerre...On est en guerre contre le virus... Avec ça, on a pu mobiliser les personnels soignants comme on mobiliserait un régiment d'infanterie.

Les prolétaires sont au front, mais où sont passés les premiers de cordée? Où sont passés les milliardaires de cette planète? Ils télé-travaillent. Ils voyagent comme toujours en jet privé. Et pour les plus consciencieux, ils profitent de leur villa. Le confinement pour eux est l'occasion de découvrir des villas, châteaux achetés, mais qu'ils n'avaient  jamais eu le temps d'habiter. Le confinement, pour les milliardaires, est donc un moment de narcissisme. De l'évasion fiscale à l'évasion tout court.

Le confinement, tel qu'il s'est imposé à l'échelle de l'humanité, en épousant les réalités de chaque pays ou Etat, de chaque classe, de chaque famille, de chaque individu, est un acte de torture pour des milliards d'individus dans le monde. Pensons ici à ces millions de prolétaires indiens quittant New Dehli en toute catastrophe pour regagner leurs villages natales. Pensons à ces millions de jeunes africains privés d'éducation. Pensons même ici en France, à ces familles coincées (immigrées pour la plupart) depuis toujours dans leurs logements insalubres. Pensons aux foyers de travailleurs africains....Peut-on vraiment présenter le confinement de ces populations comme une marque d'attention (sanitaire) et d'humanité?

Sauver des vies (quelles qu'elles soient)? Trêve de plaisanteries!

Si le SARS-cov-2 ne pouvait que survivre en Afrique, dans les bidonvilles de quelques pays émergents, dans les marchés insalubres et ruraux de la province chinoise de Hubei, en Seine-Saint-Denis, dans les foyers de travailleurs immigrés, chez les afro-américains... il est fort à parier que le "monde" aurait continué à vaquer à ses occupations. L'on aurait attendu dix millions, voire plus, avant de regarder un tant soit peu pourquoi les misérables du "tiers-monde" s'amusent à périr comme des mouches.

Cependant, le SARS-cov-2 peut épargner une caissière londonienne pour aller frapper le Boris Johnson. C'est donc une maladie redoutable qui fait peur aux bourgeois. Ces derniers se sentent vulnérables. Étrange sentiment qu'ils redécouvrent. Grosse panique! Les bourgeois lancent le mot d'ordre : restez chez  vous! Ça franchement, ça ne peut pas être une ordonnance médicale, un traitement pour une guérison.

Le restez chez vous! (même si vous n'avez pas de chez vous) est une ordonnance politique. Une accommodation des honnêtes gens! Puisque nous n'avons pas un système hospitalier capable de faire face à l'épidémie, faute de moyens, faute de politiques publiques, nous vous prions de Rester chez vous! Puisque quelques intérêts financiers non encore éclaircis vont devoir se mêler au traitement  de cette maladie, en attendant que les choses soient assez claires  pour nos amis scientifiques et industriels de la santé, nous vous ordonnons de restez chez vous et d'admirer comment une poignée d'hommes et de femmes se débattent pour vous.

La médecine peut-elle ordonner ce genre de "confinement" à la planète ou à tout un pays , au nom de la santé publique? Si oui, à quand le confinement (l'interdiction de sortie) de l'industrie du tabac, de la pornographie, de l'industrie de l'armement...Ou alors, à quand le confinement pour cause de tabagisme, pornographie, guerre? Nous découvrons, avec le confinement de la planète, que la santé publique tient à cœur nos dirigeants. Mais pourquoi ces gens ont-ils travaillé à transformer les hôpitaux en entreprises devant faire du chiffre d'affaires ou faire des économies? Pourquoi la santé mondiale n'est-elle pas un sanctuaire? Un domaine qui échappe à l'économie capitaliste, aux lois de la concurrence et du profit? Et si on expropriait,ne serait-ce que, les multinationales pharmaceutiques?

C'est bien beau ces querelles médiatiques entre médecins sur les plateaux de télévision, cependant, en  l'absence d'une véritable transparence sur les réseaux d'activité, les revenus de tous ces différents médecins, scientifiques, les débats qui nous ont été proposé depuis le début de confinement sont passés à côté de l'essentiel. S'il y a des gens à tracer, ce sont les dirigeants dont Macron, les firmes pharmaceutiques, et les scientifiques. Nous nous abandons à leurs savoirs et décisions, faut bien aussi qu'ils nous abandonnent quelque chose.  Le tracking, oui, uniquement s'il s'agit de tracer les capitalistes. Pas les citoyens!

 Et si, on démontrait à l'humanité, que ce confinement était une véritable tournant humaniste et une préoccupation sanitaire de premier ordre en déclarant dès maintenant les médicaments et matériel médical biens publics mondiaux. Car, tant qu'on reste au seul confinement des populations, sans prendre des décisions phares, qui à l'avenir, bouleverseront la réalité sanitaire des masses, tout ceci (le confinement actuel), il faut le voir d'un mauvais œil. Même en s'y conformant.

Tout comme, il faut également voir d'un mauvais œil ces bons confinés qui trouvent enfin du temps, chaque jour, à chaque vingt heures, pour applaudir  les personnels soignants. Esbroufe, quand tu nous tiens! « On veut que les malheureux soient parfaits. »  Helvetius.

Depuis que les uns et les autres rêvent et ont commencé à nous promettre un après confinement débarrassé du capitalisme, une humanité retrouvée, la question de la propriété privée des moyens de production n'est nullement posée. Pourquoi donc? 

Hier, dans son laïus, Macron le banquier nous a fait un petit numéro de prise de conscience. Le grand sermonneur bouffi de petites phrases qu'il est, a découvert que dans sa France, des millions de braves travailleurs gagnent un salaire de misère. A demi mot, on a cru entendre que certains de ses métiers seront revalorisés. Merci Jupiter! Mais voilà une manière assez bourgeoise et opportuniste de s'attaquer à la mécanique ou philosophie des  salaires dans une économie capitaliste. Toutefois, évoquer sensuellement les travailleurs qui gagnent peu, c'est sympathique...mais il ne pose pas de manière fondamentale la question du travail, du prix (salaire), et du profit. On voit déjà venir cette soi-disant revalorisation qui sera au détriment d'autres travailleurs et pas au détriment du capital.

Il faut s'attaquer, dans les termes de Marx, non pas de Piketty, à la propriété privée

. Et donc constater avec Lénine que: "Les moyens de production restent la propriété privée d’un petit nombre d’individus. Le cadre général de la libre concurrence nominalement reconnue subsiste, et le joug exercé par une poignée de monopolistes sur le reste de la population devient cent fois plus lourd, plus tangible, plus intolérable."

Le joug exercé par une poignée de monopolistes sur le reste de la population...Nous y sommes! Hélas, on est passé de cent fois plus lourd, plus tangible, plus intolérable à cinq cent. L'on sait que 26 milliardaires possèdent autant d'argent que la moitié de l'humanité. Extravagant, n'est-ce pas?

Oui donc à l'abolition de la propriété privée. Et comme écrivaient Marx et  Engels:

"Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais dans votre société la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de la propriété qui ne peut se constituer qu’à la condition de priver l’immense majorité de la société de toute propriété."

Aujourd'hui, des milliards d'individus à travers le monde sont privés du moindre patrimoine, de la moindre propriété, de soins, d'éducation....Et l'air (même pollué) qu'ils respiraient librement jusqu'ici, vient de leur être symboliquement interdit. 

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