Dj Arafat: mort et vif.

Un an après sa mort, l’artiste ivoirien Dj Arafat reste toujours vivant dans le cœur de la jeunesse ivoirienne et même d’une certaine jeunesse africaine. Cette survivance est inédite et symptomatique d’un mal: le vide politique. Brûlons le présent!

La question ne peut plus être de savoir si Dj Arafat était un exemple pour la jeunesse de son pays ou africaine. Il est manifestement dans le cœur des millions de jeunes africains. 

Depuis les spectaculaires funérailles, il y a un an, la Côte d’Ivoire n’a pas encore tourné la page Arafat. Et elle n’est pas prête de tourner. Le cadavre d’Arafat hantera encore pour un bon pour le pays.

Le pays a pourtant tourné la page d’un Ggagbo... Une fois que ce dernier a été conduit à la CPI, elle s’est abandonnée dans les mains d’un Ouattara.

Dj Arafat symbolise quelque chose qui va au-delà de la musique. C’est le corps politique de la Côte d’Ivoire. Il incarne, ou incarnait, mieux que quiconque cette Côte d’Ivoire, dont la principale caractéristique est sa jeune population. Trait commun qu’elle partage avec tous  les pays africains subsahariens.  

Une jeunesse, hélas, sans orientation, sans éducation, lésée, qui semble n’arriver qu’à se hisser au prix de sa destruction...Une jeunesse débrouillarde en somme. Un Dj c’est un débrouillard...Une jeunesse qui tente elle-même de se prendre en charge comme elle peut. Mais les limites d’une telle aventure ne cesse de nous frapper. 


Dj Arafat a trop bien senti son pays, et en un certain l’Afrique. En cela, il ne pouvait qu’être un « artiste » à succès. Un « artiste » populaire. 

L’existence de Dj Arafat donne enfin un « sens » à la vie de ces  jeunes. Spontanément, ils sont parvenus à ritualiser avec un franc succès l’an de son décès. Du jamais vu! Là où il est, Dj Arafat n’a plus rien à envier à un Mandela.

Cependant, l’existence de Dj Arafat  est symptomatique du vide dans lequel la jeunesse africaine aujourd’hui doit foncer si elle veut espérer  gloire, argent, enfin une reconnaissance, une dignité ....Si elle veut, en quelque sorte se détacher de l’oubli collectif.

Aujourd’hui, un jeune africain qui n’a ni gloire, ni argent, ni travail n’existe pas. Il ne sert à rien et la « société » est là pour le lui rappeler.

Arafat a pu vaincre l’oubli ....mais n’était-il pas déjà mort ou mourant comme une bonne partie de la jeunesse africaine ? Ne luttait-il pas tout simplement contre l’oubli ....Avec ses codes, ses tripes,  et son langage. D’où cet excès de vie, vie à toute allure,  qui a peu à voir avec le courage, mais plutôt un instinct morbide ou une déchirure interne que la société se montre incapable de guérir, et contribue plutôt à l’élargir ?

Dj Arafat est  devenu en Côte d’Ivoire un fétichisme.  Aucune autorité n’a eu le cran d’informer l’opinion sur les conditions et les raisons de son accident. On suppose un excès de vitesse, mais conduisait-il en état d’ébriété ou l’emprise de quelques drogues ? Mystère ! Et cette femme qu’il a percuté avec sa moto, est-elle encore en vie ? Nul ne songe à prendre de ses nouvelles... C’est pourtant la victime par excellence dans cette histoire.

Il y a pire que la mort de Dj Arafat, c’est l’oubli de cette femme. C’est l’oubli de la jeunesse africaine, qui s’oublie elle-même, paradoxalement, en célébrant de manière excessive Dj Arafat. L’excès nuit....

Ayant déjà écrit sur Dj Arafat, lors de ses obsèques, ici même sur mediapart, je voudrais ne pas m’étonner sur le fait qu’aucun intellectuel ivoirien ou africain n’a cru bon consacré sa plume pour tenter d’analyser le phénomène Arafat...C’est le signe que la jeunesse africaine est la grande oubliée, méprisée  de l’humanité...oubliée et méprisée par ses élites politiques et intellectuelles.

Cette article n’est donc pas un crachat à la mémoire de Dj Arafat, mais un coup de gueule à l’endroit des élites politiques et intellectuelles africaines qui ne sont pas à la mesure des transformations démographiques que le continent est en train de subir.  Ils ne sont pas d’un très secours pour la jeunesse africaine: coeur malade de l’Afrique. Donc du monde.

 

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