Covid-19: Quand les Etats africains se paient le luxe...

Dans les réseaux sociaux et médias nationaux, les Etats africains rivalisent de communiqués sur le nombre de cas de Covid-19 à l'endroit des populations. Pourquoi les Etats africains sont si alertes et alertés en ce qui concerne cette pandémie qu'est le coronavirus? Est-ce un effet de mode ou une volonté réelle de lutter contre la propagation du virus?

1. Cameroun

Dans un communiqué de presse signé du 6 mars 2020, le ministre de la Santé publique du Cameroun, Manaouda Malachie , a annoncé la confirmation d’un premier cas de Coronavirus sur le territoire camerounais. "Il s’agit d’un citoyen français âgé de 58 ans, arrivé à Yaoundé le 24 février 2020", précise le communiqué officiel. Le ministre rajoute dans son communiqué que ce sont les mesures de « surveillance active » mise en place « par le pays depuis la survenue de l’épidémie de Civid-19 », qui ont permis de détecter ce cas.  "L’intéressé a été mis en isolement dans le centre de prise en charge de l’hôpital central de Yaoundé, pour une prise en charge appropriée".  Et au ministre de conclure sur sur l’efficacité des mesures prises par le gouvernement pour « contenir les risques éventuels de propagation du virus », et « appelle à la vigilance de tous et au respect des règles d’hygiène ».

Communiqué qui aura suffit à faire paniquer le Gabon voisin, qui, sur le champ, a communiqué pour annoncer la fermeture de sa frontière avec le Cameroun, tout en continuant d'accueillir sur son sol les avions et bateaux d'Europe, d'Asie, d'Amérique et d'ailleurs. Vive la cohérence!

Ce 14 mars, sur twitter, le ministre reprend du service en twettant dans un pays en proie aux coupures incessantes d'électricité: " Le Cameroun vient malheureusement d'enregistrer un nouveau cas positif au coronavirus. Il s'agit d'un camerounais résidant en Italie ayant transité par Paris et arrivé au Cameroun le 07 mars. Les formalités de sa prise en charge sont en cours. Redoublons de vigilance."

2. Côte d'Ivoire

Mercredi le 11 mars, c'est l'Etat ivoirien qui, dans un communiqué du Ministre de la santé, fait savoir au pays son premier cas de Coronavirus. le mardi 10 mars 2020, le district sanitaire d’Adjamé-Plateau-Attécoubé, a notifié un cas suspect de maladie à coronavirus (COVID-19) Il s’agit d’un sujet ivoirien de sexe masculin âgé de 45 ans rentré d’Italie. L’analyse, au laboratoire, du prélèvement rhino-pharyngé a permis de confirmer le diagnostique de la maladie à coronavirus”, a précisé M. Aka Aouélé,ministre ivoirien de la Santé et de l’Hygiène publique .

3. Sénégal

Au Sénégal, la communication gouvernementale a commencé avant les cas. Le 2 mars, dans un Communiqué de Presse  du Ministère de la Santé et de l'Action sociale, on peut lire: " Notre pays a été informé de l’apparition d’un nouveau type de coronavirus responsable
d’infections pulmonaires sévères chez l’homme.", en fin de communiqué on peut lire: "Aucun cas n’a été signalé à ce jour. Le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale suit de près l’évolution de la situation et en informera régulièrement l’opinion."

Le 3 mars, un autre communiqué du Ministère de la santé survient pour informer les populations que : "- L’état de santé du patient de nationalité française confirmé positif, actuellement hospitalisé au Service des Maladies Infectieuses de Fann, continue de s’améliorer.
- Le second patient cas suspect, de nationalité Gambienne,venant d’Espagne et mis en quarantaine au service des Maladies Infectieuses et tropicales de Fann, a été libéré ce 02/03/2020 après les résultats des tests qui se sont révélés négatifs.
- Ce jour, 03 mars 2020, à 16h10, l’Institut Pasteur de Dakar nous a notifié un second cas positif au COVID 19. Il s’agit d’un résident français âgé de 80 ans, résident à Sarcelles, dans la banlieue parisienne en France. Il est arrivé au Sénégal le 29 février 2020. Il a été consulté le 02 Mars 2020 à l’hôpital Roi Baudoin, où il a été pris en charge, puis transféré au service des maladies infectieuses de l’Hôpital de Fann. Son état clinique est stable et toutes les dispositions ont été prises pour identifier les personnes contacts et assurer leur prise en charge."

Aujourd'hui, avec ses 19 cas de coronavirus, le Sénégal n'en finit plus avec ces communiqués bien détaillés à l'endroit de ses populations.

4. Gabon

Après avoir fermé sa précieuse frontière avec le Cameroun, le cher Gabon, lui aussi, a annoncé son premier cas. Il ne venait pas du Cameroun. Le communiqué officiel indique qu'il s'agit d’un Gabonais âgé de 27 ans arrivé dans le pays le 8 mars en provenance de Bordeaux, en France, où il a séjourné quelque temps et dont "l’état de santé s’améliore progressivement".

Etc.

Statistiques primaires et statistiques infernales

L'Afrique est donc capable de produire des statistiques utiles à sa propre gestion. Bien! Très bien même! Mais rappelons que cette Afrique est la région du monde où  les données démographiques et sanitaires font le plus défaut. La mesure des évolutions de mortalité et de santé et des
inégalités se heurte à l’absence de production régulière de données statistiques fiables. Que se passe t-il donc avec ce coronavirus? une révolution? Non, juste un effet de mode. 

L'Afrique semble très inquiète de perdre quelques vies supplémentaires dues au très méchant coronavirus. Mais rappelons aux subalternes dirigeants africains quelques réalités sanitaires sur le continent.

La première cause de mortalité en Afrique : le paludisme. En 2017, l'OMS estimait à 219 millions de cas de paludisme dans le monde. 92% de ces cas se trouvaient en Afrique. Il a causé la mort de mort de 435 000 personnes. Rien à voir avec les 137 cas confirmés de coronavirus en Afrique à ce jour et annoncés à grande pompe: proprement insignifiant!

Deuxième cause de mortalité: le Sida. Ici, il faut surtout avoir en tête les ravages de cette épidémie en Afrique du Sud et sa gestion internationale dénuée de toute humanité. 

Les diarrhées chroniques détiennent  quant à elles la troisième place du classement des maladies les plus mortelles en Afrique. Elles sont également la deuxième cause de décès d’enfants de moins de cinq ans.  88% des décès causés par la diarrhée sont dus à des eaux usées, à un manque d'assainissement et à une hygiène insuffisante, note l’OMS.

Et pour qui vit à Abidjan, à Yaoundé, à Dakar, à Ouagadougou....nul besoin d'une épidémie ou pandémie, pour compter les morts dans les hôpitaux. Pourquoi donc les dirigeants africains se ne montrent-ils pas si bavards  et commentateurs à chaque nouveau cas de Sida, de palu, d'AVC, de diabète, de choléra, de dysenterie,etc? 

Avant d'angoisser tout un continent sur une maladie "lontaine" et sans "victime réelle" dans son environnement immédiat, L'Afrique ne doit-elle pas prendre en compte son seul réel, sa seule réalité et non les bruits et humeurs de l’extérieur?  Les gouvernements africains ne devraient-ils pas, eux, mieux que quiconque, investir de manière permanente et massive sur les campagnes d'hygiène? 

Hélas, une bonne hygiène est-elle possible sans eau? Sans eau potable? 319 millions de personnes sont privées d’eau potable en Afrique subsaharienne. Sans parler du problème du traitement de l'eau et de son prix. Autant dire que les règles de prévention minimale pour stopper la propagation du coronavirus relèvent pour l'Afrique, du moins dans certaines contrées, d'un véritable complexe, problème. Communiquer sur l'état de santé de quelques touristes, ou quelques nationaux vivant à l'étranger ça n'a aucun sens. Ce n'est pas ainsi que l'Afrique peut se prévenir...

Les gouvernements se sur-excitent à propos de cette pandémie. Pour une fois, ils ont l'impression, en comptant ces rares cas, de maîtriser leur destin, de maîtriser quelque chose. Ils ne maîtrisent rien du tout. Ils se soumettent à la folie occidentale.

Une folie qui prouve que cet Occident ne regarde que son nombril. Et ne croit, ou n'appelle que, fin du monde, sa fin à elle. Car, il suffit d'avoir un peu les yeux ouverts au monde, non pour négliger la pandémie coronavirus....mais pour raison garder.

Les citoyens occidentaux ont perdu le Nord. Ils sont plus inquiets du coronavirus que de la course aux armements à laquelle s'adonne leurs Etats.... Plus préoccupés à se laver les mains du gel hydroalcoolique toutes les cinq minutes...Plus préoccupés à voter pour des gens qui leur assurent la protection et le confort sans fin...et les rassure. 

Le coronavirus n'est donc rien à côté de la maladie mentale qui frappe le monde entier. Cette maladie mentale: le capitalisme ou le désir du capitalisme. Le profit sans fin. Les intérêts égoïstes ou nationaux.

Le rapatriements de ses seuls ressortissants, les annonces de fermeture de frontières, puis les confinements dans les conditions suicidaires à gauche et à droite, comme moyen de lutte contre le coronavirus en dit long sur l'état d'esprit qui anime ce monde.

Le monde, en se soignant, se rend autrement malade.

Où allons-nous ainsi?

 

 

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