Macron et ses 8 milliards. la France et ses 8 millions de pauvres

"Voici un millionnaire qui détient, inutilement pour lui, ou qui dépense en une minute, pour une fantaisie vaine, ce qui, durant cinquante ou soixante ans, a été l’objet des vœux désespérés d’un pauvre homme. Rien qu’en France, il y en a des centaines de mille, car il n’est pas nécessaire qu’ils aient des millions." Léon Bloy

Des chiffres officiels

 

Faisons avec. Prenons ces chiffres comme on nous les donne.Que la bourgeoisie s'extasie elle-même devant sa propre production (la pauvreté) n'est pas une nouveauté. Sa manière de présenter la pauvreté, par le truchement de ses intellectuels ou de ses organes caritatifs, ne traduit pas véritablement la vie d'une personne pauvre dans un monde foncièrement soumis aux lois du Marché.

En 2016, selon l'Insee, le seuil de pauvreté monétaire en France s'élevait à 1026 euros par mois en 2016. Il y aurait donc 8,8 millions vivant avec moins de 1026 euros.  Soit un taux de pauvreté de 14%. Et plus de la moitié de ces 8 millions, sont des étudiants, ce qu'on appelle "chômeurs" et des "inactifs". Avec 1026 euros, le seul patrimoine qu'on peut espérer c'est bien souvent un crédit chez son banquier. 

 

Que propose Emmanuel Macron dans son Plan pauvreté?

L'idéologie de la séparation radicale entre richesse et pauvreté se porte à merveille sous Macron.

Ce jeudi, au Musée de l'Homme, dans son discours sur le Plan pauvreté, le chef de l'Etat n'a, à aucun moment, évoqué les chiffres records de 93 milliards d'euros de bénéfices et de 1.300 milliards de chiffres d'affaires des entreprises du CAC 40. Tout comme, il n'a pas cru devoir s'expliquer sur le cadeau fiscal fait aux ménages les plus fortunés en supprimant l'ISF. Rien sur la fraude fiscal : 100 milliards d’euro.

Et lorsqu'il s'attaque à la pauvreté de ces 8,8 millions de compatriotes, Macron met sur la table 8 milliards en 4 ans. C'est dire même pas la moitié de ce qu'a rapporté l'ISF en 2015. C’est avec ça qu’il va « éradiquer la pauvreté » et qu’il a réussi à séduire Claire Hédon, la présidente d’ATD-Quart Monde. Quelle foi !

Le président des riches veut un "accès à la cantine plus universel" avec "des repas à un euro" et des petits-déjeuners gratuits proposés dans les écoles des réseaux prioritaires. Révolution, pour reprendre le titre de son ouvrage.

En voilà un qui sait prendre le problème de la pauvreté à la racine. Chez les tous petits. N'est-ce pas là un crachat à la gueule de la progéniture des sans-dents?

Il n'y a que des éternels pauvres qui peuvent se réjouir de nourrir leur enfant à 1 euro. Parce que, lorsqu'on gagne plus de 7000 euros hors primes comme Benalla, et qu'on a pas de loyer à payer, franchement, même en ayant l'esprit Fillon, on n'a pas envie de voir son enfant manger à 1 euro le midi. Malédiction!

L'alimentation est un droit fondamental, a soufflé Macron. C'est correct. Mais sans agriculteurs, son droit fondamental, il pourra se le cuisiner tout seul dans sa vaisselle en or.

La mortalité par suicide chez les agriculteurs est à 20 à 30% supérieure au reste de la population. Ceux-ci font partie des catégories socio-professionnelles, les plus touchés par la pauvreté, avec les artisans, commerçants et chefs d'entreprise (pas ceux du CAC 40).

Les enfants pauvres, les enfants de pauvres, mangeront donc à 1 euros. Soit! Mais ça sera le prix de la sueur et du sang des agriculteurs. Symbolique!

Emmanuel Macron veut "prévenir" la pauvreté dès le plus jeune âge. Et on a même entendu des journalistes croire à cette blague.

Prévenir  la pauvreté. C'est à dire que la pauvreté est une maladie. Ce n'est nullement la conséquence d'une forme d'organisation sociale, économique et politique de nos sociétés. Si on est pauvre, c'est qu'on n’a pas pris des mesures de sécurité. C'est entendu!

Que va faire Jupiter pour arracher ces enfants de la pauvreté? Création de 30.000 places supplémentaires de crèche. Qu’on crée des places de crèche, car il y a des besoins, ça me semble normal…mais que l’on crée des crèches avec la croyance qu’on contribue à l’émancipation des gens, est une escroquerie.

Certes, Macron n'est pas parent, mais il a au moins été un enfant, fils de sa mère et de son père, qu'est-ce qu'il le prend à raisonner ainsi? Il raisonne en capitaliste. En saigneur de petits plats. Ce qui l'occupe, c'est les premiers de cordée ...ces braves types qui, Dieu merci, sont allés à la crèche à temps.

Emmanuel Macron fustigeait en juin dernier le "pognon de dingue" mis dans les aides sociales qui seraient inefficaces à faire sortir les gens de la pauvreté. Son pognon bien sûr. Macron fait mine de rien comprendre à la pauvreté.

Les aides sociales, tout comme l’aide au développement destiné aux pays du Sud, sont une puissante ingénierie dont l'objectif n'est pas d'éradiquer la pauvreté. D’ailleurs un journaliste du figaro a carrément dit que c’est impossible.

Le mot "aide"  (sociale)  est un vaste sujet de plaisanterie....sauf lorsqu'on s'aperçoit son étrange paronymie avec le mot anglais "aids".

En matière d'aides sociales, c'est toujours assez étrange de faire comme si les premiers bénéficiaires étaient les paresseux chômeurs et autres inactifs et pas les serviteurs de l'Etat et autres élus. Pas une seule année ne passe en République française, où on n'apprend que telle personne qui gagne plus de 5000 euros bénéficie d'un logement social ....Pas une seule année, on ne découvre les avantages géniaux des élus et autres fonctionnaires. Il s'agit là bien d'aides sociales.....qu'on appelle, pour la circonstance, prime.

 

La pauvreté n'est pas une erreur de calcul

Parmi les pauvres, il y en a une masse considérable capable de travailler, à condition qu'on partage le temps de travail de ces messieurs qui gagne en 1 journée, ce que d'autres ont en un mois. 

Mais, hors de question pour le capitalisme de raisonner ainsi. De partager le temps du travail. Au contraire, on le rallonge...

La pensée économique qui prévaut dans ses logiques et calculs a intégré les inégalités, la pauvreté une réalité indépassable.

Comme Giscard d'Estaing, il y a quelques jours, il ne reste plus qu'à se surprendre du fait que personne ne "proteste" sur l'enrichissement des plus riches.

Hélas ! Comment "protester" avec une gauche préoccupée à faire du tri dans les poubelles et parmi les migrants?

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.