L’acquittement de Gbagbo? Non, la libération d'un otage.

Je ne comprends rien à ce bas-monde. Enfin,qu'est-ce que je raconte, bien sûr que je comprends. Voilà un Chef d'Etat qu'on est allé capturer dans sa chambre au palais présidentiel, en Avril 2011, sous l'énorme prétexte qu'il aurait commis un "crime contre l'humanité". Huit ans après, on nous parle d'acquittement comme si son arrestation avait relevé d'une quelconque justice.

Parlons peu. Parlons vrai.

Laurent Gbagbo et son compagnon Blé Goudé ont été les otages de la Cour Pénale Internationale pendant huit bonnes années. Parler d'acquittement, en ce qui concerne ces deux hommes, est une incongruité.

Tout comme, ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire après les élections de 2010 relève d'une part, de la médiocrité de la classe dirigeante africaine, et d'autre part, de la réelle criminalité de la communauté internationale. Communauté internationale, qui au gré des circonstances, des têtes et terres, des pays et des sous-sols, décide si oui ou non, telle ou telle élection s'est bien déroulée. Elle est réputée la communauté pour sa légendaire objectivité, n'est-ce pas?

Il y a quelques jours encore, Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Vérité des Urnes en Afrique et des Affaires Etrangères en France, n'est pas allé par quatre chemin pour déclarer que les résultats annoncés par les autorités constitutionnelles en RDC n'étaient pas crédibles, "conformes". Pour lui, le gagnant était l'opposant qui contestait le résultat....Mais enfin, quelques mois auparavant, au Cameroun, un opposant lui-aussi criait que c'était lui qui avait gagné les élections. Hélas, Le Drian, n'a pas daigné voler à son secours. L'opposant camerounais en question n'étant pas Martin Fayulu, candidat soutenu par un ex-chef de guerre, Jean-Pierre Mbemba et un sérieux mafieux, Moïse Katumbi, à quoi bon le soutenir quand on déjà un Paul Biya, vieux sage qui a su conduire son peuple inexorablement vers la dérive? En tout cas, je vous passe l'histoire de Mbemba et Katumbi. Ces deux caïmans bénéficient donc d'une parfaite et nette crédibilité au yeux de son Excellence Le Drian. 

En 2011, on n'avait pas affaire à Le Drian, mais à Sarkozy, à DSK  au FMI, et au lamentable Jean Ping à l'Union Africaine. Ce sont eux qui ont décidé et jugé que Dramane Alassane Ouattara avait gagné les élections en Côte d'Ivoire. Ça leur sautait tellement aux yeux qu'ils n'ont pas trouvé utile de recompter les voix du scrutin comme le suggérait celui qu'ils ont accusé plus tard de "crime contre l'Humanité", à savoir Laurent Gbagbo. La milice de Ouattara ou de Sorro Guillaume (ce n'était pas l'armée ivoirienn) aidée par l'armée française, toujours en poste là où il faut, a alors capturé le président en exercice ou même contesté, avec sa vaillante épouse Simone, et son brave compagnon Blé Goudé.

Il y a eu des morts en Côte d'Ivoire. C'est un fait épouvantable. Cependant, ce n'est pas Gbagbo et son armée qui sont descendus dans les rues et se sont mis à tirer comme des "islamistes",sans distinction aucune, sur la population par le plaisir, en criant Allah akbar

Il y a eu en Côte d'Ivoire une bataille pour le pouvoir entre deux chefs. Deux camps s'affrontaient donc. Une Armée précaire et une milice survitaminée et bénie par l'Occident. Des militants de Gbagbo et de Ouattara sont morts. Des citoyens qui ne demandaient rien à personne aussi. La Côte d'Ivoire aurait du faire son propre procès avant toute chose. Au lieu de quoi, hélas! les puissants ont jugé qu'un seul camp méritait d'être traîné en justice. L'autre camp, ayant absolument gagné les élections, ne saurait être accusé de crime contre l'Humanité

Bref! Inutile de refaire l’histoire. C'est fou ce qui s'était passé. C'est fou ce qui continue de se passer dans ce continent.

Bush père est mort sans recevoir le moindre coup d'appel de la CPI. Bien au contraire, il a eu les honneurs, et de son pays et de la communauté internationale. Or, si Gbagbo a du sang sur les mains, le seul père Bush, lui, a du sang dans son bain. Et qui mousse!

Pourquoi cette CPI, si soucieuse de l'Humanité, des crimes, ne s’intéresse pas à des gens comme Nicolas Sarkozy ou Tony Blair? Quel dirigeant africain ces soixante dernières années peut se targuer de concurrencer en nombres de crimes ces deux missionnaires démocrates? 

Bien vouloir surveiller son langage. Bien vouloir desservir la propagande. Ne surtout pas parler d'un acquittement .... Laurent Gbagbo n'a pas été acquité. Il a été libéré par ses ravisseurs. Ce fut un otage et rien qu'un otage. Je ne parle pas d'innocent, mais d'otage. Nous nous réjouissons qu'il soit enfin libre...mais non, Justice n'a pas été rendue. Justice ne pouvait pas être rendue.

 

 

 

 

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