Sur le sort de l'opposant Maurice Kamto: contre les médias "occidentaux"

Le néo-opposant Maurice Kamto a été inculpé, dans la nuit du mardi 12 au mercredi 13 février, de « rébellion, d’insurrection » et d’« hostilité contre la patrie » par le tribunal militaire de Yaoundé. Condamnation largement relayée par les médias "occidentaux" (Le Monde, RFI, Libération, Jeune Afrique, France 24...) comme par hasard.

Mes accusations contre Maurice Kamto et sa bande ne relèvent pas de la même terminologie creuse que celle du régime en place au Cameroun. Les griefs retenus contre cet opposant sont vides de sens et n'ont aucun intérêt pour la majorité des camerounais qui se doivent d'observer, d'analyser, de penser de très près tout ce qui se passe dans leur pays et au-delà de manière indépendante. Les griefs retenus contre monsieur Kamto témoignent du caractère servile et corrompu de nos institutions, nos lois. Aujourd’hui, tous les yeux sont rivés vers le Franc Cfa, monnaie coloniale dit-on, et c'est le cas. Mais qu'est-ce qui ne relève pas du colonial, de la colonialité dans les pays "africains"?  Rien. Si des Etats ont été rendus possible dans ce continent c'est en tant qu'Etats coloniaux ou colonisés.

L'une des choses qui saute aux yeux, à la conscience, lorsqu'on observe ces Etats coloniaux d'Afrique en tant qu'Etat, c'est l'esprit de mimétisme fort répandu en lieu et place de l'esprit de critique. On ne critique pas véritablement la Métropole, ce qu'elle incarne... on la mime à n'en plus finir. On mime son pouvoir militaire, on mime son pouvoir exécutif, on mime son autorité judiciaire, on mime ses programmes télés, on mime ses éléments de langage, on mime son style. Et plus affreux encore, on mime sa "démocratie", laquelle relève déjà d'un mime assez déroutant, et c'est là où tout se complique. 

Lorsque le régime en place au Cameroun accuse donc cet ancien ministre de rébellion, d'insurrection et d’hostilité contre la patrie, il ne fait rien d'autres que mimer la rhétorique, le texte de l'Etat Bourgeois, Conservateur, occidental. D'ailleurs, la loi fondamentale de nombre d'Etats africains est une photocopie en noir (sur blanc) de la Constitution de 1958 de la France. Le vrai souverain dans ces Etats-là c'est donc l'Etat français, dans ce qu'il a de plus abstrait: sa philosophie.

Si on veut sortir du mimétisme, de l’enfantillage, de l'illusion, c'est le régime lui-même qu'il faudra accuser  d'hostilité contre les populations. Et donc contre la patrie. Le bilan de ce régime en matière de santé, d'éducation, de sécurité, d’infrastructures et autres n'a rien de patriotique, rien de cordial.  Au Cameroun, les rapports entre les gouvernants et les gouvernés, entre les administrateurs et les administrés, entre les forces de l'ordre et les populations (potentielle forces du désordre) sont d'une hostilité quasi naturelle. Les inégalités, les injustices, les pillages, voilà des réalités qui sont hostiles envers la patrie, la vraie patrie. Ces réalités qui détruisent pour toujours la vie de millions de femmes, d'hommes, qui peuplent cette terre nommée Cameroun. 

Accuser cet opposant de la dernière pluie de rébellion, alors qu'à son tour, il essaie de mimer les ''libertés publiques''  de la Métropole, mimer l' "émancipation démocratique", en refusant de se coltiner au réel du Cameroun,  ne vaut pas grand chose. Pour autant, la mise en détention de Maurice Kamto et de sa bande ne nous affecte point. Bien au contraire, la sanction, bien qu'elle repose sur de faux griefs, est largement mérité.

 

 L'irresponsable et calculateur Maurice Kamto

Il est vrai, dans les temps qui courent, un responsable publique peut tout  dire et contraire. La parole ne vaut rien, et l'écrit, même quand il en reste, compte pour du beurre. Avant donc de nous pencher sur le sort de cet opposant, je voudrais le citer. En 2004, ce même Maurice Kamto avait rédigé une tribune dans la presse camerounaise, aux lendemains des élections présidentielles, où on pouvait lire :

"La Cour Suprême statuant comme Conseil Constitutionnel du 11 octobre 2004. On en connait le vainqueur. Exit donc la bataille des chiffres. Car pour ceux qui sont attachés à la légalité républicaine, les décisions de cette auguste juridiction sont comme des dogmes. Non pas qu’on y puisse déceler parfois quelques scories : mais notre système juridique pose pour principe immaculé qu’en disant le droit, la haute juridiction, tel le Pape, est habitée par la grâce de l’infaillibilité. C’est pourquoi elle parle ne varietur, une fois pour toutes. Et ce qu’elle « arrête et proclame » est sans recours.

Il n’entre pas dans mes intentions de questionner ici les raisons de la défaite des unes et de la victoire de l’autre. Je ne voudrais pas ajouter au concert des diagnostics parfois lumineux, par- fois sommaires, ni à la vague des récriminations quelques fois désarmants de candeur qui parcourent les médias depuis le 12 octobre. J’ai pris le parti de l’avenir."

Le mimétisme ici prenait des allures savantes. Pour justifier des élections sans grand intérêt, notre docteur en droit avait usé de toute sa con-science juridico-coloniale pour démontrer aux pauvres citoyens camerounais que rien n'est au dessus de  la légalité républicaine. Qui l'avait forcé à rédiger pareille homélie pour le culte de l'Etat? Pour le culte de monsieur Biya? Pourquoi nous avait-il sorti des concepts tout mielleux mais infectés pour légitimer un pouvoir qu'il accuse maintenant de tous les maux insupportables?

C'est Kamto, du haut de ses chaires, qui avait parlé d'infaillibilité, de pape, de constitution et patati...En 2004, à ses yeux, l'opposition camerounaise qui parlait  de fraude délirait tout simplement .Hé bien, il a rejoint les rangs de ces délirants. Lui aussi s'est mis à délirer. Il a, comme on dit vulgairement, pété un plomb. Pourquoi? Il a de plus en plus faim du pouvoir.....Et comme la plupart des élites politiques du Cameroun qui ont des idées ultra courtes, mais l'appétit très grande, il s'est mis à croire le président Paul Biya, du fait de son âge, allait démissionner ou mourir au cours ou à la fin de son septennat de 2011 que tout le monde présentait comme le dernier. C'est dans cette logique, que l'opposant créa  le MRC (Mouvement pour la Renaissance du Cameroun), véritable coque vide, après sa sortie du gouvernement.

De 2004 en 2011, Maurice Kamto, que cette presse occidentale présente désormais comme l'opposant principal de Biya (pure délire), était ministre délégué auprès du ministre d'Etat en charge de la justice. Il a donc accompagné, participé, cautionné, loué le régime qu'il nous présente maintenant comme le régime le plus terrible de l'univers. Alors, il faudrait que les camerounais descendent dans les rues, sans réel projet pour leur pays, et permette à lui Kamto de prendre le pouvoir. Autrement dit, après avoir été "esclaves" du régime en place, les camerounais doivent se rendre "esclaves" de ce nouveau illuminé qui promet monts et merveilles. Mais voyons!

Durant cette période, plusieurs manifestations avaient été également interdites. Le Cameroun n'était pas un paradis égalitaire, de la justice...dès cette époque, on pouvait formuler les mêmes jugements sévères qu'on peut formuler à ce régime aujourd'hui, mais Maurice Kamto était aveuglé par on ne sait trop quoi. En 2010, il était encore sous ministre de Biya, et il faut se rappeler qu'un certain journaliste, connu sous le nom de Bibi Ngota, est mort tel un rat d’égout, à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé.  On n'a pas vu la presse occidentale s'exciter autour de ce cas. On ne l'a pas senti outrée, elle n'a pas ressenti le besoin enquêter sur l'univers carcérale et judiciaire du Cameroun? 

Kamto incarne l'opposant camerounais dans sa parfaite détresse : On commence dans l'opposition, puis on va dans la mangeoire, on coopère avec le régime qu'on dénonçait, on le loue, on torche son cul, et puis, dès qu'on a fait  quelques calculs dans sa tête, on se déclare opposant à nouveau .Mais opposant de quoi au juste?  

Inutile de demander à la presse occidentale de se poser un minimum de questions, de revoir ses clichés, d'oser penser même quand il s'agit de l'Afrique. Celle-ci s'active toujours sous couvert de droits de l'homme, de  démocratie....d'alternance.  

L'arrestation de Maurice Kamto c'est la moindre des choses dans tout Etat normal. Oui, le Cameroun n'est pas un Etat normale, mais colonial....Et c'est à ce titre que la presse occidentale ou la presse locale s'épanche sur le sort de ce bon prisonnier.  Maurice Kamto et ses partisans, dont la plupart sont malades de tribalisme, ont "boxé" les institutions du Cameroun (Voir le viol et le pillage de l'ambassade du Cameroun à Paris et à Berlin). Osons ici, à ce niveau, un parallèle avec le boxeur des "gilets jaune".  N'a t-il pas écopé d'un an ferme pour avoir frappé sur le casque d'un gendarme? Nous avons très peu entendu  Libération, TV5, France 24, Le Monde.... s'étonner, dénoncer cet état de chose. L'Etat impérial français se protège c'est normal. L'Etat colonial camerounais se protège, il y a un problème.

 Les médias étrangers, dans une large majorité, jouent un rôle extrêmement pernicieux et négatif en Afrique. Alors qu'en Occident, ils protègent le vieux système politique, ils veillent à l'ordre, ce sont les chiens de garde...En Afrique, ils se sont spécialisés dans la promotion du désordre, du chaos, de la démocratie pour les nuls ou pour les indigènes. Ce sont des agents de l'impérialisme. Ils travaillent à la non-émancipation du continent. 

En ce XXIe siècle, la question de l'information, de son traitement, de sa mise en perspective est pour la jeunesse africaine, une affaire de vie ou de mort. Pour l'heure, cette jeunesse est plutôt dans un état végétatif dans les rues de Kinshasa, Douala, Lomé, Lagos (oui Lagos)  finira t-elle pas rendre l'âme? J'espère que non.

Quant au régime en place, je n'insisterai jamais assez sur sa responsabilité première dans la situation catastrophique de ce pays. Mais le défi du Cameroun n'est pas tant de mettre fin à ce piteux régime que de tracer un horizon pour ses enfant. Mais, avant de pouvoir tracer quoique ce soit,  la situation présente exige de limiter intelligemment les dégâts. 

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