Charles Kabango (avatar)

Charles Kabango

Citoyen

Abonné·e de Mediapart

223 Billets

0 Édition

Billet de blog 15 novembre 2018

Charles Kabango (avatar)

Charles Kabango

Citoyen

Abonné·e de Mediapart

La France des colériques

On ne sait plus. On ne sait plus si c'est une manifestation contre la hausse du prix des carburants en particulier ou contre la politique fiscale de Macron en général. On ne sait plus si c'est une manifestation écologique populaire (cf Libération) ou bien une manifestation concrète de la fameuse théorie des convergences de luttes de nos distingués amis The Lordon and The Ruffin.

Charles Kabango (avatar)

Charles Kabango

Citoyen

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

"Le mouvement contre la hausse des carburants est une occasion pour affirmer clairement que l’écologie doit être une cause commune", proclame une tribune signée par un collectif d'âmes perdues à Gauche, parue dans Libération. Je vous invite à observer une minute de silence en regardant  ce graphique: 

Illustration 1
Cantoni Roberto, Musso Marta, « L’énergie en Afrique : les faits et les chiffres. Introduction », Afrique contemporaine, 2017/1 (N° 261-262), p. 9-23. DOI : 10.3917/afco.261.0009. URL : https://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2017-1-page-9.htm

 Je rappelle que la principale source d’émission de gaz à effet de serre en France est le  déplacement en voiture (32 % des émissions totales). Un français en moyenne envoie dans l'air 7,5 tonnes de CO2 par an. Oui, comparé à un japonais, un américain, un canadien, un allemand, un chinois, il y a une réelle différence. Mais quand même, 7,5 tonnes de CO2/an, à échelle mondiale, ce n'est pas rien, ça fait des particules dans l'air. 

La France, l'Italie, et l'Allemagne rejettent à eux trois, autant, voire plus de CO2 qu'un continent de plus de 1,1 milliard d’habitants. Ajoutez à ça, Salvini et compagnie, Le Pen et ses amis, il y a de quoi réellement  sauver cette pauvre planète des seuls écologistes. 

Quant au Japon, il se suffit à lui-même, avec une population neuf fois moins importante que l'Afrique, il participe bien plus à la pollution de la planète. Il pèse 3,5% des émissions mondiales, quand l'Afrique se contente honteusement de produire 3,3%. Dans ces minables trois pour cent, une bonne part viendrait de la destruction des forêts, de leur transformation en terre agricole par des géants mondiaux. Or, l'Onu nous enseigne  que dix-huit pays africains, dont le Cameroun et le Ghana, comptent parmi les 24 pays dont les économies dépendent à 10 % ou plus de leurs forêts.

Pour éviter que le climat ne se dérègle davantage, les hautes instances nous disent qu'il faudrait diviser par 4 nos émissions de CO2 d'ici à 2050, qu'il importe de réduire les émissions individuelles de gaz à effet de serre par des gestes simples. Bien sûr, ce n'est pas au Mali, au Burkina, au Niger, au Vanuatu qu'on va aller chercher, exiger des gestes simples,c'est en Occident. C'est là où il est possible de faire fortune en voulant sauver la planète. Clin d’œil amical à son excellence Nicolas Hulot.

J'entends la colère des automobilistes. Je sens l'opportunisme des écolo populaires de Libération. Je perçois les orientations de gestion publique (le climat n'y est pour rien) de l'Etat lorsqu'il augmente la taxe du carburant. Me situant à échelle du monde, des trois attitudes, aucune ne me parait durablement responsable, saine, viable. Il s'agit là du triangle de la mort. Des gens aveuglés par leur propre mode de vie, les privilèges de toute sorte, qu'ils en oublient précisément qu'à côté de l'Arabie Saoudite, paradis du pétrole, des gens meurent de famine.

La taxe du carburant: l'arme des pollués

Si l'économie était fondée sur des principes de Justice, il va sans dire que ce serait l'Afrique et certains pays d'Asie qui auraient le monopole, l'initiative absolue des taxes liées au carbone, au carburant. Dans un monde où, un individu pèse en CO2 un jour ce que deux cent autres individus pèsent en un mois, ou un an, la taxe carbone, la hausse du carburant ne paraîtrait pas une mesure attentatoire contre le pouvoir d'achat des français. On ne peut pas être à la fois grand pollueur historique et grand gendarme de la pollution. 

Car, parler d'aides financières à vocation climatique, comme ce fut le cas à la COP22, à Marrakech, en 2017, où les pays s'engageaient  à transférer aux pays pauvres une enveloppe de 100 milliards de dollars par an pour lutter contre le dérèglement climatique d’ici 2020, relève de l'injure.  De la rigolade! Maudite et modique somme!  L'armée américaine peut-elle se satisfaire de cette somme? 

On ne saurait aider des pays qu'on pille, exploite systématiquement, légalement et illégalement. Ce n'est pas d’une aide dont il peut s'agir, mais d'une amende à vie, ou encore d'un remboursement de la dette extérieure (du Nord au Sud, et non plus du Sud au FMI). L'aide, dans le jargon international, est ce qui a remplacé l'antique mission civilisatrice. On peut alors parler d'une escroquerie mentale, d'un excrément de justice qu'on réserve aux pays pauvres. 

Une organisation mondiale de la Taxe, ayant pour siège Ndjamena ou Dacca devrait pouvoir voir le jour. Ainsi, avec cette Organisation Mondiale de la Taxe Populaire, nos concitoyens automobilistes français devraient se faire à l'idée que l’augmentation du prix du carburant serait une décision des populations (sans électricité, sans voiture) habitant autour du lac Tchad, (qui ont vu sa superficie diminuer de 90% en 40 ans) Et que vaut la contribution du Tchad et des pays limitrophes dans la pollution mondiale? Rien.

Les populations touchées par la misère et les intempéries ne  taxeraient plus en fonction du cours obscur du pétrole. Elles taxeraient les pays riches en fonction de leur pauvreté. N'a t-on pas d'ailleurs appris la bonne  santé des millionnaires dans le monde, notamment en France?

La gauche veut taxer les riches, les grandes fortunes, les GAFA. Soit!  Il ne serait donc pas idiot, que les pays pauvres taxent les pays riches. Pour des tas de raisons: morales, écologiques, historiques, économiques, et financières.

Aujourd'hui, c'est l'inverse. Ce sont les grandes banques qui taxent les petits Etats, les Etats impérialistes qui suçotent les précaires Etats d'Afrique. Et l'Etat qui suçote ses masses laborieuses.Qu'est-ce que le Franc Cfa par exemple? Une suçoterie, une taxe d'exploitation...

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.