L’Union européenne, facteur de guerre : du Cameroun au Yémen .

Les Kurdes sont chanceux. Ce n’est pas tous les jours que la vielle Europe manifeste sa solidarité à l'égard des peuples dominés et agressés en tentant de se montrer intransigeante contre l’agresseur. Les Yéménites, eux, n’ont pas eu cette chance. Quid des Palestiniens, des Congolais? Dans la tragédie camerounaise, le nocivité de l’Union européenne n'est vraiment plus à démontrer.

Le Cameroun, comme l’Espagne, traverse une crise sécessionniste. Mais, tandis que l’Espagne dispose du droit souverain d’emprisonner et de pourchasser ses pacifistes et démocrates sécessionnistes, le Cameroun, pour sa part, est sommé par la « communauté internationale », par l’Union européenne, de ne point lever le petit doigt face à des sécessionnistes sans légitimité "démocratique" ou populaire, de surcroît armés, et qui découpent des têtes façon Daesh. Sans que cette Union européenne et "communauté internationale" ne s'en émeuvent....ne proclament haut et fort leurs droits de l’homme. 

L’Union européenne laisse l’Espagne gérer sa question catalane, mais elle s’invite  dans les affaires internes du Cameroun. Au nom de quoi? De l’impérialisme. De Bismarck. L’Afrique, depuis 1884, n’a retenu la moindre leçon politique. 

Suite au fameux grand dialogue national organisé par le président du Cameroun, après bien sûr, quelques coups de pression extérieure, le Conseil européen, s’est cru obligé d’adopter quelques conclusions sur le Cameroun. L’élève a rendu la copie. Place à la correction.

Dans un communiqué datant du 14 ocotobre 2019, on peut lire les conclusions du Conseil européen:

1) L'UE salue l'arrêt des poursuites judiciaires devant les tribunaux militaires contre M. Maurice Kamto et des sympathisants de son parti, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, ainsi que contre des personnes arrêtées et détenues dans le cadre de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Ces décisions représentent un geste d'apaisement important.

Laissons le cas Kamto qui relève d'une autre pathologie propre à l'Afrique, et sur lequel je me suis déjà penché ici, et restons sur la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le Conseil européen a oublié de nommer cette crise. La crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest au Cameroun est-elle une crise écologique, financière, d'épilepsie...? Les personnes arrêtées, qui sont-elles au fait? Ont-elles été arrêtées dans le cadre des revendications corporatistes ou dans le cadre de la guéguerre avec les sécessionnistes? Car, on ne saurait saluer la libération des sécessionnistes (véritable mercenaires), qui ont du sang jusqu'aux narines et qui doivent répondre de leurs actes....Par contre, s'il s'agit de manifestants arrêtés et emprisonnés sans motif sérieux, l'Etat camerounais ne peut et ne doit pas s'en sortir de cette façon. Il faut qu'il soit lui-même jugé, devant ses propres tribunaux. C'est déjà arrivé au Cameroun, et l'Etat a perdu.

Pendant que l'UE parle de geste d'apaisement important, il faut aller lire l'interview du prétendu leader de cette crise paru à Jeune Afrique. Que dit Ayuk Tabe ? A la question du journaliste, pourquoi rejeter le dialogue voulu par Paul Biya alors qu'il visait à créer les conditions du retour à la paix, le président autoproclamé de l'imaginaire République d'Ambazonie répond: " Ce dialogue n'a réuni que des membres du RDPC (parti au pouvoir) et quelques autres Camerounais. Pour nous, il est un non événement. Le conflit qui nous oppose à la République du Cameroun est d'ordre international et ne peut être résolu par un dialogue national. La libération de 333 de nos compatriotes n' a rien d'exceptionnel, puisque rien ne justifiait leur incarcération...''

Si, à ces propos complètement délirants, on rajoute ceux de l’autre président autoproclamé (Maurice Kamto), qui a fait savoir sur les antennes de RFI, après sa libération, que "La résistance nationale va se poursuivre dans les formes et les modalités que nous indiquerons le moment venu...", on peut très vite comprendre qu'au Cameroun rien n'est apaisé. La lutte sanglante pour le pouvoir d’Etat n’est qu’à son aurore. C'est chacun qui s'autoproclame...C'est chacun qui invente sa République... C'est chacun qui fantasme sa Résistance nationale contre d'autres nationaux, cela porte un nom: la guerre civile. Mais ceci, n’intéresse pas officiellement l'UE....Il faut bien qu'elle occulte une certaine réalité pour après pondre sa deuxième conclusion.

2) Trois ans après le déclenchement de la crise, la récente tenue à Yaoundé d'un dialogue national a offert une première opportunité pour ouvrir des perspectives de sortie durable de la crise. L'UE appelle à la poursuite de ce processus afin de dégager des réponses aux attentes légitimes des populations, tout en renforçant l'inclusivité de tous les acteurs concernés tant à l’intérieur que de la diaspora, y compris les femmes, les jeunes et la société civile.

L'UE parle de crise sans jamais la nommer. Or, la vérité est qu'il y a trois ans, le pouvoir de Yaoundé avait en face de lui des revendications corporatistes bien précises des avocats et enseignants des régions du NOSO. Les syndicats d'avocats et enseignants qui revendiquaient ne sont plus sur la scène, ne restent plus que les sécessionnistes coupeurs de tête, et les opportunistes opposants qui souhaitent changer la forme de l'Etat. Mais laissons les opposants camerounais dans leur morgue, et revenons aux sécessionnistes. L'UE parle d'une sortie durable de la crise (avec les sécessionniste) via la poursuite d'un dialogue national. Bien, pourquoi ne recommande-t-elle pas ce même dialogue à l'Espagne qui bénéficie au moins de sécessionnistes pacifistes, disposant d'un socle électoral et populaire non négligeable? 

L'UE demande de renforcer "l'inclusivité de tous les acteurs concernés tant à l’intérieur que de la diaspora, y compris les femmes, les jeunes et la société civile."...L'UE a t-elle reçu le mandat de s'exprimer aux nom des diasporas camerounaises, des femmes camerounaises, des jeunes camerounais, de la société civile camerounaiseD'où lui provient cette légitimité? Cette légalité? Quels acteurs de la scène internationale, exception faite des USA,  osent dire à cette UE ce qu'elle devrait faire, et vite, dans le cadre du Brexit? 

Le monde entier s'effraie trop souvent du comportement agressif et impérial de Trump, il oublie néanmoins ce qu'incarne cette Union européenne: la guerre.

 3)(...) L'UE continuera d'appeler les autorités et institutions camerounaises à agir de manière proportionnée, en respectant les obligations découlant de la Constitution camerounaise...En particulier, le principe d'accès à la justice et le droit à un procès équitable devant une juridiction indépendante doivent être respectés. Face à une restriction préoccupante de l'espace politique, l'UE considère que le respect de la liberté de rassemblement, de la liberté d'expression, et de la participation de la société civile dans le débat public sont essentiels pour tout État démocratique et pluraliste.

L'UE se contredit ici. Elle salue la libération des prisonniers camerounais qui, précisément, n'ont pas eu droit à un procès. Ils ont pourtant été arrêtés et accusés de faits graves. Ne devait-on pas leur garantir un procès équitable plutôt qu'une libération de cette nature? Et si les uns et les autres remettent en question les institutions judiciaires du Cameroun, leur fiabilité, il faudra donc être juste pour tout le monde et exiger la libération de tous les prisonniers du Cameroun, exiger la fermeture des prisons camerounaises. Tous les prisonniers camerounais ne sont probablement que de pures victimes de l'Etat du Cameroun. Alors, il faut tout fermer, et que chacun se proclame innocent.

L'UE, elle-même ne respecte pas la constitution du Cameroun, la souveraineté du peuple, et elle se taille le luxe de sermonner les institutions camerounaise. Elle se taille d'écrire l'histoire des camerounais à leur place. 

Les libertés aux Cameroun sont largement supérieures aux libertés qu'on peut rencontrer dans un pays comme l'Arabie Saoudite. Mais, avec l'Arabie Saoudite, l'UE se garde de toute prétention morale, de toute recommandation. Les Etats de cette institution impérialiste préfèrent vendre des armes à un pays esclavagiste, islamiste, obscurantiste. Le nombre de victimes civiles de l'Arabie Saoudite est outrageusement supérieur aux victimes de l'Etat camerounais, dont l'intégrité territoriale est pourtant menacée. Le Conseil de sécurité des Nations unies du 17 juin 2019 avait déclaré que la guerre au Yemen a plongé plus de 24 millions de personnes, 80 % de la population, dans une demande d’assistance humanitaire. 24 millions c'est à peu près la population du Cameroun. 

La société camerounaise est pluraliste. C'est un fait sur lequel l'Etat camerounais lui-même a trop peu d'emprise. Il existe une diversité dans la presse. Une presse qui acclame le pouvoir, une autre qui l'accable. Une presse qui mange dans la gamelle de gauche, une autre dans celle de droite. La "liberté"  n'est pas le concept qui pourrait faire défaut à une société comme le Cameroun. Le sermon de l'UE au Cameroun à ce sujet manque de pertinence. Il est déplacé et hypocrite. On est ici dans ce que certains appellent l'idéologie terroriste des droits de l'homme". Se complaire devant les saoudiens pour aller gesticuler chez les camerounais, il y a de quoi avoir peur. 

 4) L'UE reste préoccupée et condamne avec vigueur la persistance de la violence et le niveau d'insécurité dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, notamment à l'encontre des populations civiles. De nombreuses et graves violations des droits de l'homme continuent d'être rapportées et une criminalité prédatrice s'est développée. Tel que relevé par la Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, de sévères exactions ont été commises, comme des arrestations et détentions arbitraires, incendies d'habitations, usage excessif de la force contre des civils et violences sexuelles. La crise humanitaire s'en trouve aggravée, poussant davantage de personnes à l'exil, avec près de 42 000 réfugiés au Nigéria et 530 000 déplacés internes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. La situation économique en est également fortement affectée.

Qu'est-ce que l'Union européenne condamne exactement?  Quelle violence? La violence de l'armée camerounaise contre les sécessionnistes ou la violence des sécessionnistes contre les civils et l'armée camerounaise? L'imprécision de l'UE démontre sa complicité ou son irresponsabilité dans cette affaire de sécession, sur fonds de pétrole, qui frappe le Cameroun.

L'insécurité dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest , il faut bien la décrire. Ce sont les sécessionnistes -mercenaires qui ont rendu ces deux régions inhabitables, infréquentables. L’Union européenne peut-elle nous dire qui finance ces voyous?

Les 530 000 déplacés internes originaires du NOSO se réfugient  principalement dans les deux capitales du Cameroun, Yaoundé et Douala, tenues par le pouvoir en place. C'est bien la preuve que les populations ne fuient pas la violence de l'Etat camerounais, mais la violence des mercenaires-sécessionnistes. Alors s’il y a du matériel militaire à livrer quelque part, c’est à l’armée camerounaise qui, ma foi, peut même prétendre au prix Nobel de la paix, loin devant Greta Thunberg. Hélas ! C’est cette UE qui a obtenu le Nobel de la paix en 2012. 

Comment peut-on appeler un Etat qui fait face à une telle agression, une telle contestation de son autorité politique , de son intégrité territoriale , à respecter les libertés des uns et des autres?  Au fond, c'est qu'on veut détruire cet Etat, le faire éclater, le « zoner ». Et pendant qu'on a une "communauté internationale" qui se comporte de la sorte, au plan interne, on a une classe politique dont la seule ambition est d'arriver ou de rester au pouvoir par tous les moyens. Une classe politique sans idées ou avec pour seule idée la réforme du code électoral.

 5) L'UE rappelle la responsabilité première des autorités camerounaises dans la protection des populations et la sécurité. L'accès des acteurs humanitaires et du personnel de santé aux populations affectées doit être assuré. La lutte contre l'impunité et la réparation pour toutes les victimes doivent également être garantis.

Nous avons déjà déconstruit ce type de rappel plus haut. On ne peut pas demander une chose et son contraire.

6) Le recours à la violence dans ces régions n'apportera pas de solution. L'UE réaffirme la nécessité pour l'ensemble des acteurs camerounais de respecter l'état de droit et de résoudre cette crise de manière pacifique, dans le cadre d'un dialogue inclusif. En coordination avec ses partenaires internationaux et de la région, l'UE continuera à soutenir tous les efforts, à l'instar de la facilitation menée par les autorités suisses, pouvant renforcer cette dynamique.

Ah bon? L'Etat du Cameroun doit donc céder une partie de son territoire aux mercenaires ? Si la violence n'apporte aucune solution, il faudra que l'UE nous explique ses propres projets de militarisation. L'UE a t-elle recommandé à ses Etats de résoudre le terrorisme de manière pacifique? Pourquoi va t-elle demander à l'Etat camerounais d'envisager la paix à un groupuscule qui a semé la terreur et l'effroi dans deux de ses régions? 

7 et 8) (...) L'UE forme le vœux que le Cameroun trouvera les voies et moyens d'un sursaut national qui apportera la réconciliation durable dont le pays a tant besoin. L'UE restera engagée pour répondre aux besoins humanitaires des populations touchées et réitère l'importance de garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave à l'ensemble du territoire.

Sans entrave à l'ensemble du territoire....rien que ça! On demande d'abord à l'Etat de cajoler les mercenaires, ensuite on suggère à des humanitaires de pénétrer cet État sous calmant.

Du viol international! 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.