Bagatelles pour un massacre.

Il y a le crime obscène de ce jeune homme de 18 ans qui a arraché la vie à un enseignant. Il y a l’obscénité tout court de la classe politico-mediatique française.

Actualité oblige.

Les épidémiologistes et leurs courbes sont priés de  céder leur place sur les plateaux télés aux spécialistes du terrorisme,  de l’Islam, de l’immigration, des « valeurs » françaises. Eux, n’ont pas de courbes mais des chiffres.Quant aux hommes et femmes politiques, ils continuent d’assurer la permanence de l’Obscénité contemporaine ou de l’Obscénité française dans tout ce qu’elle peut comporter d’universel et de spécifique.

Tout le monde pourra donc noter, à la faveur de cette triste actualité, que la fameuse épidémie n’a rien d’absolu. Qu’on peut ne pas parler de covid...Hélas, nos politiques ne savent plus que surfer sur les morts. Ils ne savent que rassembler la nation autour d’événements malheureux. Plus il y a de malheurs, et plus nos gouvernants bandent de colère, d’indignation. Ils en appellent à l’unité.

Macron appelle la nation à se ranger derrière les enseignants. N’est-ce pas là une plaisanterie de mauvais goût?  Macron et compagnie ont-ils été du côté de ces enseignants lors des grèves qui ont émaillé l’année 2019? Au nom de quoi, aujourd’hui, nous somme-t-on de nous ranger derrière les enseignants ? Allons!

Je constate que le débat s’envole déjà  dans tous les sens : liberté d’expression, islam, etc... Comme d’habitude. 

Nul besoin d’être un inspecteur de l’Education Nationale  pour se rendre à l’évidence que le problème fondamental des enseignants en France est leur extrême clochardisation.

Ce qui me permet d’affirmer qu’il y a deux manières radicales de porter atteinte à la dignité et à la vie de ce corps professoral:

- En les égorgeant (mais ici on est dans un crime individualiste), comme avec ce jeune Tchétchène de 18 ans.

- En les clochardisant (là, comme diraient les sociologues, c’est systémique. Crime systémique! Crime de masse quoi! Génocide! )

Les conditions de travail des enseignants sont déplorables. Les concernés ne cessent de le crier. Et je me range derrière eux.

Dans une société qui fait la part belle à l’argent, clochardiser le métier d’enseignant est loin d’être anodin. Et lorsqu’on voit le détestable Blanquer faire ses comptes d’apothicaire à chaque fois qu’il parle des enseignants, l’on a envie de pleurer. 

Le professeur d’Histoire-Géographie a été abattu tel un clochard.  Un errant. Un sans domicile fixe. En pleine route.  L’horrible assassin, ignorant par dessus tout,  n’a aucunement porté atteinte à l’institution scolaire, mais à la vie humaine. Il n’a guère pénétré l’enseigne du collège.

Par contre, on sait depuis des décennies, les belles âmes qui  portent atteinte à cette institution. Ces belles âmes se sont engagées à réduire les « dépenses publiques  » qui ne servent à rien, dans les hôpitaux et dans les écoles. BRAVO !

Dans cette sordide histoire, celle du massacre de Samuel Paty,  ce qui ajoute encore à notre malaise, ce sont les déclarations politiques, les postures médiatiques,  les  polémiques frelatées sans cesse remises sur le marché. Et dans tout ça, la larme du bon public désespéré. 

Pitié pour la France! 

PS: Terminons ce billet en formulant nos sincères condoléances à la famille et aux proches de ce vaillant enseignant.

 

 

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