Notre-Dame:Tout s'écroule rien ne demeure.

Peut-on ne pas s'émouvoir du spectacle de ces gens qui jouissent sur le feu de Notre-Dame? Je suis ô combien sensible à l'art, à la beauté, aux formes....et même, en tant qu'ex séminariste, aux vêpres, au Pater Noster, etc, etc. Mais la vulgarité de l'époque, quand bien même elle croit sauver l'Ancien, me fait doucement sourire.

L'ex président de la République, Nicolas Sarkozy, conseiller en exercice de l'actuel président, Emmanuel Macron, a, comme l'ensemble de la classe politique française réagit suite à l'incendie qui a failli coûté la vie à Notre-Dame de Paris. Il a dit:

"La France est touchée dans sa chair, dans son cœur, dans son identité, dans son histoire. Je veux partager ma peine avec les catholiques et avec tous les Français pour qui Notre Dame est un symbole". L'ancien président appelle enfin: "Que chacun se mobilise d'ores et déjà pour aider à la reconstruction".

 

L'enjeu de Notre-Dame est clairement posé, l'enjeu de ce surinvestissement médiatique, moral et financier est là, il s'agit de l'identité française. L'identité nationale....et, dans une certaine mesure, si l'on prend en compte le surinvestissement planétaire observé,  l'enjeu ici était l'affirmation  de sa civilisation  "judéo-chrétienne". Une civilisation, ô mon Dieu, inviolable, éternelle, qui mérite un traitement évidement très très spéciale. Car, si cette histoire de Notre-Dame,  n'était pas une histoire de "civilisation",  de réactionnaires en chaleur, d'identitaires nuageux, de catho-décadents, ces émus de circonstance auraient versé les mêmes larmes,  depuis fort longtemps, en Irak. Nul besoin de prendre mille exemples ou de remonter au temps du partage du monde en 1884, ou des Conquistadors avec Cortès. 

Nous pouvons nous réjouir, on peut même remercier l’éternel Tout-Puissant, jusqu'à preuve du contraire, ce qui s'est passé à Paris, n'est pas un acte criminel. N'en déplaise à monsieur Dupont-Saignant! Il s'agit d'un incident transformé en événement. Et comme Personne (Dieu exclu) ne vit dans cette cathédrale, on peut même dire que cet incident, en vérité, est moins grave qu'un appartement mal isolé, où vivent cinq gamins et leurs parents, où vivent cinq, six, sept, huit étrangers sans papiers. Moins grave que l'explosion d'une boulangerie, dans le 9e arrondissement de Paris, qui a fait cinq morts et une cinquantaine de blessés.

Nous avons assisté en France, en mondovision, à un tour de magie. Avec comme prestidigitateur principal, Emmanuel Macron. D'un triste et banal incident, on en fait un évènement national, international. Incident banal, ai-je dit, oui, je le soutiens mordicus....Puisque dans cinq ans, selon Macron lui-même, cette Cathédrale sera comme neuf, "plus belle". Alors, pourquoi tant de larmes? Même le démoniaque Paul Biya, président du Cameroun,  dont le peuple jouit de tous les malheurs de la terre, a tenu à réconforter Macron et la France. Ses compatriotes donc? Des bêtes sauvages qui ne méritent aucune considération. Aucun réconfort.

 Dans d'autres régions du monde, la plupart du temps, il ne s'agit pas d'incidents....mais d'agressions impérialistes, où on réduit à néant des pays, des peuples, et donc des histoires, des arts, des cultures. Et ça, tout le monde bien sûr s'en fout. Tout le monde trouve ça dans l'ordre naturel des choses

Mais ici,  puisque Victor Hugo a célébré ce lieu de catholique, on convoque la sensibilité artistique du monde entier, on convoque l'histoire universelle (Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi !), en faisant croire, qu'au fond, la religion compte pour du beurre: mensonge! Mensonge qui ne gêne pas beaucoup le théâtreux et athée Mélenchon. L'ex socialiste nous parle d'une Cathédrale commune à tous, il nous dit que Notre-Dame n'appartient à personne, mais à tout le monde: branlette intellectuelle. Impossible de neutraliser  le mot Cathédrale, d'en faire un don à l'humanité. Une Cathédrale reste d'abord une Cathédrale: un lieu de culte. Hier, inondés par les croyants, aujourd'hui par les touristes. Le credo ne change pas.

Sarkozy: Je veux partager ma peine avec les catholiques...Doux Jésus, mais quelle peine? Ont-ils été attaqués? N'ont-ils plus où dormir? Combien étaient-ils à aller à Notre Dame? 

Mélenchon: Athées ou croyants, Notre-Dame est notre cathédrale commune... Poétique, mais vaporeux. Cette phrase de Mélenchon ne veut évidemment rien dire. Au nom de quoi Athées et Croyants auraient pour en-commun: la Cathédrale? De l'art gothique? Des pages de Victor Hugo? Qu'est-ce que ce cirque? Un athée peut évidemment apprécier la beauté de la Cathédrale, ce qui n'autorise en rien monsieur Mélenchon, à proclamer, de cette façon détournée,la non-mort de Dieu. Le mot Cathédrale a une connotation essentiellement religieuse. Athées et Croyants ont bien de choses en commun, mais ce n'est pas la Cathédrale.

On voit ici le petit jeu auquel se livre un homme de gauche, alors qu'à droite ne passe pas par quatre chemin.  Mélenchon, pour soutenir son athéisme catholique ou son amour d'on ne sait quoi, avance que: "Bien sûr, Notre-Dame accueille tout le monde, et la foi catholique l’anime. Mais elle n’appartient à personne ou bien seulement à tout le monde, comme les pyramides du plateau de Gizeh."

Le parallèle est trompeur. Méluche avance masqué. Une pyramide, rien que par son nom, n'appartient déjà à personne. Il s'agit d'une figure géométrique. Or une Cathédrale, on n'en connait pas qui ne soit guère d'essence religieuse, c'est le lieu où siège les évêques.  Mélenchon doit faire son parallèle avec la mosquée Al-Harâm.

Les pyramides sont des tombeaux. Et un tombeau, bien plus que le bon sens cartésien, malheureusement, est la chose du monde la mieux partagée.

Mélenchon, l'inguérissable chauviniste devenu écolo avant sa fin, déclare: "Notre-Dame est un message universel." Oui, le catholicisme lui-même se déclare universel.  Mais la Libye, comme ça n'était pas assez universel, monsieur Mélenchon a soutenu l'action de l'OTAN dans ce pays. Aujourd'hui, c'est une jungle....Mélenchon, lui, continue de parlementer et de faire son petit malheureux, son petit universaliste.

Le mot "universel", chez les républicains et autres socialistes en perdition,  c'est un peu comme le concept des "droits de l'homme". Le puissant, par des considérations globales, totales, voire totalitaires pour le coup, impose ses visions, ses "valeurs", ses normes, ses goûts, ses religions..Alors, l'universalisme de Notre-Dame, franchement, il n'y a pas de quoi s'enthousiasmer. C'est un universalisme dont on connait depuis longtemps les tenants et les aboutissants.

 

 

 

                                                                            

 

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