Franc cfa: un débat surréaliste.

Il n'y a qu'en Afrique, ou du moins, au sujet de l'Afrique, qu’une monnaie du type franc Cfa, puisse exister pendant plus d'un demi-siècle, et donner lieu par la suite, à des débats sur ses avantages et ses inconvénients. Le débat sur le franc Cfa, en plein 21e siècle, est symptomatique d'une Afrique maintenue en cage, mais qui se croit en pleine libération. Place aux psychiatres.

Kako Nubukpo, économiste et ex ministre togolais et Lionel Zinsou, franco-béninois et ex premier ministre béninois ont débattu sur le franc CFA à Sc Po Paris. Entre ces deux figures de l'intellectuel-type du continent Africain, Rebecca Enonchong, une entrepreneure camerounaise dont la présence aura au moins contribué à donner un peu d'humour à ce débat d'un arriérisme et d'un ennui terrifiant.

La servitude de l'Afrique ne commence pas avec l'invention du franc CFA.  Lorsqu'on observe un tantinet l'évolution de l'économie mondiale, sa nerveuse concentration, ses monopoles (Afrique du Sud par exemple ), le marché des matières premières, le marché des terres arables...Il est évident que la question du franc CFA est en réalité largement dépassée. Et l'Afrique ne l'a pas réglé. L'équation aujourd'hui doit donc se poser autrement. Et non en termes d'avantages ou inconvénients.

Lorsque les libérateurs de l'Afrique ont donc posé la question du franc CFA sur la table de Sc Po, nous avons eu droit à des gesticulations de techniciens qui plaident  pour une réforme d’une monnaie qui a le mérite, à leurs  yeux, de garantir la stabilité des taux de change (Lionel Zinsou), ou qui soutiennent que  le franc CFA contribue à « asservir » l’Afrique parce que cette devise est, pour lui, « une taxe sur les exportations et une subvention aux importations ». (Kako Nubukpo). Le simple bon sens, nous emmène à dévaluer la position presque courageuse de Kako Nubukpo. Car, c'est parce que certains pays ont été asservis, foncièrement, militairement,  qu'on a pu les "gratifié" du franc CFA. Le franc CFA ne contribue donc pas à asservir, il existe parce que l'Afrique est asservie. Il n'est qu'une une preuve supplémentaire que l'Afrique est dans les clous des impérialistes. 

De telles réflexions et échanges sont plus utiles à Bercy, au FMI, aux Etats-coloniaux qu'aux ouvriers-négriers qui cultivent la canne à sucre et travaillent dans les usines du côté de Mbandjock au Cameroun, aux cacaoculteurs ivoriens, aux paysans burkinabé. D'ailleurs, est-ce un hasard si l'ex directeur du FMI, Dominique Strauss Kahn, est personnellement très investi dans cette histoire de réforme du franc CFA. Why? 

En parlant du FMI, ses techniciens se sont d'ailleurs invité dans le débat sur l'éco, future monnaie de la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest), pour indiquer que les ambitieux d'Afrique de l'Ouest devront d'abord respecter des "préconditions" avant de songer à tourner la page du franc CFA. C'est dire! 

De toute évidence, les « intellectuels africains » ne visent pas à révolutionner le système capitaliste mondial. Ils ne cherchent pas non plus à s'adresser aux masses locales, à les former, à travailler à la transformation des conditions de vie  travail. Les pays de la zone franc sont réduits à penser, à s'aligner derrière les modèles monétaires nigérians, ghanéens, marocains, sud-africains..... prétendument indépendants, non asservis. Les peuples nigérians, ghanéens, marocains n'ont pas plus de souveraineté sur leurs monnaies que les peuples ivoiriens, gabonais, tchadiens. Or, si le naïra servait en priorité les intérêts de la population, le Nigéria ne serait pas le premier producteur de misérables en Afrique.

 

 

 

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