La République a mal à sa devise

Eh bien, qu'ils aillent marcher contre l'antisémitisme. Nous n'y voyons aucun mal. Bien au contraire, nous nous rassurons de voir que ces républicains ont encore un peu d'humanité qui traîne. Hémiplégiques, mais résolument anti-antisémites,anti-antisionistes, nous n'allons pas faire la fine bouche, nous pouvons dire en chœur, et avec extrême force non à l'antisémitisme.

Une grande marche à Paris aura lieu ce mardi pour dénoncer les actes antisémites. D'après le ministère de l'intérieur, les chiffres sont affolants:

- 48 % des actes racistes ont été dirigés vers la communauté juive en 2018, soit 541 sur 1137. Musulmans, Noirs, Blancs (dont certains juifs), Asiatiques, Roux, Animaux (si on prend en compte la thèse des antispecistes)...se disputent farouchement la seconde, troisième, quatrième, cinquième, sixième...place, avec une bataille spéciale pour occuper la seconde place entre Afro-descendants d'obédience décolonialiste et Islamo-Indigénistes. L'unité des damnés ne tenant que sur un fil.

Première question : pourquoi parle t-on d'actes racistes et non de racisme tout simplement? Pourquoi parle t-on d'actes antisémites et non d'antisémitisme tout simplement? Peut-on, doit-on résumer le racisme (donc l'antisémitisme) aux actes? aux extravagances?  Comment combattre résolument  l'antisémitisme si on ne réagit qu'aux seuls actes? aux seules provocations? Voulons-nous transformer simplement l'antisémitisme en un certain racisme naturel (de type anti-noir)? C'est à dire capable de s'exprimer, d'agir aussi efficacement même sans "actes"publics, sans "manifestes", sans insultes, sans référence à Hitler?

Considération. Ce n'est pas parce qu'un demandeur d'emploi subsaharien ne se prend pas un "sale noir" en pleine face (acte raciste), au cours d'un entretien d'embauche, qu'au demeurant, il ne peut y avoir de racisme. Il peut y avoir "racisme", donc crime, sans parole ou acte manifestement raciste.

La vulgate. Ose t-on considérer certaines productions intellectuelles (OBERTONE, Zemmour, Finkielkraut) comme des actes ou des pensées racistes ? Non. Ici, on convoque la liberté d'opinion, la liberté de nier aux autres le droit à la vie, le droit de vaquer librement à ses occupations, le droit de s'habiller, et de se nommer comme ils le souhaitent. Le statut de "sans-papiers" ne relève t-il pas d'une politique de ségrégation légale, de racisme officiel, accepté par tous?  L'augmentation des frais pour une partie d'étudiants étrangers est-il un acte égalitaire ou à portée raciste? Nous pouvons multiplier à l'infini ce genre d'attrape-nigauds. 

Science sans conscience ou avec « trop de conscience ». Lorsque les producteurs de statistiques nous tendent des chiffres, ils nous tendent moins une vérité établie qu'une idéologie "scientifique", une construction stricte et mesurée de la réalité. Et lorsque c'est l’État qui produit les statistiques, qui plus est un Etat aussi expérimenté que l’État français, c'est pire.

Si ceux que l’on appelle, non sans gêne, racialement, les "migrants", avaient leur Haut-Conseil de Représentation, ils auraient également pu renseigner le Ministère de l'Intérieur sur le nombre d’actes, administratifs ou pas, qu'on pourrait justement qualifier de racistes. Hélas...Il est souverainement admis que ces gens, les "migrants", sont des hors-la-loi plutôt que des victimes d'un racisme d'Etat, d'un racisme ordinaire et que sais-je encore.

Point à retenir. L’antisémitisme est un crime absolu. Qu'il soit à 1%, à 48% ou à 100% dans la société, qu'il soit en haut ou bas de l'échelle du ministère de l'Intèrieur ou de la LICRA, toute conscience soucieuse d'un ordre juste, égalitaire et pacifié doit s'y opposer sans sourciller. C'est pourquoi, ici, ce n'est donc pas la marche contre les actes antisémites que nous jugeons...mais les Marcheurs Célèbres, les Faiseurs de Discours à la noix, les Républicains drôlement épris de Justice. Ce qui qui nous frappe, c'est l'hypocrisie de ces officiels, leur irresponsabilité notoire. Ils savent marcher contre l'antisémitisme , et en même temps, ils savent pérenniser un système parfait d'inégalités sociales. Ils savent inventer des lois non plus antisémites, comme jadis avec Pétain, que Macron a failli célébrer, mais islamophobes, racistes, ségrégatives.  Il suffit de lire le CESEDA (Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile) pour s’en convaincre.

Deuxième question: Peut-on  mesurer les racismes?  Les victimes d'actes racistes ou disons de racisme sont-ils toujours conscients de subir le racisme? Sont-ils toujours en capacité de le dénoncer?  Alors que pour certains, toute critique de la politique de l’État d'Israël relève également de l'antisémitisme, il faut noter que pour d'autres, rien ne relève du racisme, mais de la loi, de la liberté d'expression. Nicolas Sarkozy peut tranquillement dire ses vérités sur l'Afrique, dérouler sa politique étrangère, personne ne voit le moindre signe de l'impérialisme, du racisme et que sais-je.....Mais il suffit de dire un mot sur Israël et les Raphaël Enthoven  nous enseignent librement que l'antisionisme (mot obscur) serait le paravent de l’antisémitisme (mot qui peut tout dire). Ça, c'est de la terreur intellectuelle qui nous semble aussi grave que la terreur islamiste. Puisque dans un cas comme dans l'autre, on ne peut pas penser, on ne peut plus critiquer, on ne peut pas avoir un avis contraire.

Walking dead. L'organisateur de la marche de ce soir n'est autre qu'Olivier Faure. Ce social-malheureux qui avait soutenu à France Inter, il y a quelques mois, qu'on pouvait parler, dans certains endroits en France, d'une colonisation à l'envers. Colonisation, le bafouilleur  n'a pas mâché ses mots. Nul n'a accusé ce monsieur d'anti-quoi que ce soit. Même pas les amusants décolonialistes. Nul n'a fait remarquer à ce monsieur que les mots ont un sens et qu'il ne faut pas raconter n'importe quoi. Il y a sans doute une désagrégation, à laquelle a largement contribué son parti cadavérique, mais on ne saurait parler de colonisation.

Colonisation à l'envers par ci, antisémitisme montant par là....

Troisième question donc: A qui profitent ces crimes? 

 

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