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Billet de blog 20 mai 2020

Fermeture des écoles en Afrique: Un fléau pire que le covid-19.

Pandémie ou pas pandémie, l'école en Afrique est en voie de disparition. Rien qu'en 2019, 9 272 écoles ont dû fermer au Burkina Faso, au Cameroun, au Mali, au Niger, au Nigéria, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo et au Tchad en raison des conflits et de l’insécurité. Que d'enfants ainsi lâchés en pleine jungle....

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Ne pouvant confiner, en dépit de leur réputation d'être des "dictatures", la plupart des Etats africains ont, eux aussi, pris des mesures exceptionnelles pour faire face au Covid-19. Parmi ces mesures, il y avait la fermeture des écoles, lycées et universités. L'UNICEF évoque le chiffre de 104 millions d'enfants impactés par la fermeture des écoles en Afrique. 

Bien sûr, cela ne change rien pour les 89 millions de jeunes âgés de 12 à 24 ans  qui étaient déjà exclus du système scolaire en Afrique subsaharienne, si l'on s'en tient aux modestes chiffres de la fameuse Banque Mondiale. 

Bien que le prétexte sanitaire soit à la mode, et arrange un peu tout le monde aujourd'hui, y compris empoisonneurs et irresponsables notoires, la situation de la jeunesse africaine sur son propre continent est une catastrophe. Catastrophe continentale. Catastrophe planétaire. En vérité, même le dérèglement climatique, à côté du dérèglement (provoqué) de la jeunesse africaine, est une affaire qui passe pour secondaire.

Or, cette jeunesse africaine n'est évoquée nulle part. Qu'elle meure de famine, de Sida ou qu'elle vive dans la misère, sans éducation, sans soins, cela ne provoque aucune espèce de prise de conscience à échelle de l'humanité. Aucune révolte panafricaine. Aucun désir de renverser la table.

Mais, il aura suffit que l'Occident perde quelques personnes âgées, pour que l'humanité, y compris l'Afrique elle-même, décide de s'arrêter. Principe de quoi? Précaution. Sourions!

Ce ne sera pas une injure faite aux élites africaines (intellectuelles et politiques), si l'on déclare qu'elles s'en foutent, s'en contre-fichent, s'en contre balancent de leur jeunesse. Les occasions, hors covid-19, pour jouer les précautionneux à l'égard de cette jeunesse, sont suffisamment légions sur le continent. Cependant, on le voit,  rien ne perturbe le sommeil de ces élites. Une certaine jeunesse africaine l'a d’ailleurs trop bien intégrée. Elle a compris qu'elle ne pouvait nullement compter sur ses élites. Elle ne peut compter sur personne: personne ne compte sur elle. Elle préfère alors se déporter et se vendre (sa force de travail) en Occident ou ailleurs plutôt que de périr gratuitement sur place. 

La fermeture des écoles dans la quasi totalité des pays africains, en particulier subsahariens, a été une mesure spectaculaire, extravagante, si terrible, qu'elle confine au danger atomique: ça explosera! ça explose même déjà, mais nul ne veut ne faire gaffe aux radiations. Nul ne souhaite véritablement ouvrir les yeux sur certaines réalités.

Nul besoin d'avoir une thèse en sociologie ou en géographie urbaine dans une Université Africaine pour savoir que la fermeture des écoles au Cameroun, en Côte d'Ivoire, au Mali n'a pas pour effet la distanciation physique. Les enfants ont continué de se fréquenter et de se mêler dans les quartiers et sous-quartiers.

La fermeture des écoles a été sur le continent, tout simplement, une fermeture aux savoirs. Ni plus, ni moins. Une barrière au devenir. Un renoncement ou un doigt d'honneur à l'avenir au nom du présent.

Aucun enfant, sauf peut-être les enfants de quelques fortunés, n'est resté enfermer dans son domicile. Enfants (et adultes) erraient et se croisaient dans les quartiers, et certains, ont même repris le chemin de la rue, c'est à dire du travail...Ce n’est pas un cliché, une vue de l’esprit, l’image de petites filles, vendeuses à la sauvette, avec des plateaux sur la tête. 

L'Afrique a sacrifié encore un peu plus sa jeunesse. Elle a aligné les intérêts et nécessités de sa jeunesse qui peine à vivre aux intérêts d'une population occidentale vieillissante et hyper protégée. Si protégée qu'au moindre risque, elle perd le Nord et se retrouve dans un état mental digne du Sud.

L’urgence sur le continent africain aujourd'hui c'est l'éducation. Hélas, celle-ci s'avère impossible ou insupportable. Nous n'ignorons pas les dures contraintes auxquelles font face les gouvernements africains, mais, on n’a pas l’impression, ne serait-ce que dans les discours et postures, qu’ils considèrent l’éducation des masses comme un impératif absolu. 

L’on se contente de se réjouir de quelques parcours scolaires ou académiques achevés, au dessus du lot, qu’on observe  ça et là, sur le continent ou non.  Or, pour la masse des citoyens l’école est un champ impossible, ou même, paradoxe saisissant, inutile. 

Quelle folie donc de fermer une école dans un coin reculé du Burkina Faso ou du Cameroun, qui n’a ni électricité, ni eau, ni routes?  Pourquoi les États africains n’ont pas épargné les populations les plus éloignées de leur "modernité occidentale"  de leurs mesures spectaculairement déconnectées ou trop connectées au World Wide Web? N’était-ce pas une occasion pour ces États d’investir les terrains désertés, les ruralités abandonnées, sous-scolarisées au lieu de tout fermer?

Il fallait, au pire des cas, décentrer l’éducation...transformer certaines localités rurales, où l’on arbore déjà des masques malgré ses mains sales, en de véritables capitales de l'éducation nationale. Il fallait s’adapter, se réorganiser, au pire ne rien changer ...que de fermer les écoles, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest. Qu'on ne me dise pas qu'il fallait agir vite...et mieux!

La fermeture des écoles, lycées, et universités, est la pire des protections qu’il soit.

On prive la jeunesse africaine d'éducation, on la malmène, on la protège pompeusement  contre un virus qui lui est pourtant sympathique, favorable. Chose rare! Presque magique! Par contre, on demeure inactif, atone, et impuissant face aux terribles maux, ultra-visibles, qui minent véritablement cette jeunesse. 

L’OMS porte évidemment une grosse responsabilité dans cette affaire. Puisqu’elle n’a rien trouvé de mieux que de demander à l’Afrique de se préparer au pire. Un message qui ne pouvait que contribuer à l’affolement collectif. 

Or, faut-il informer l’OMS et compagnie que le pire en Afrique c’est l’état d’abandon et de misère dans lequel se trouve la jeunesse africaine?  Rien ne surpasse et ne peut surpasser cet état de choses. 

L’éducation (reste à débattre sur ce qu’on entend par là) est l’urgence des urgences.  

Et dans tous les plans de relance que l’humanité est en train de s’inventer, aucun dollar sur l’éducation en Afrique. Aucun Franc CFA  supplémentaire pour ses pauvres et braves enseignants. ...le FMI et le trésor français veillent. Faut pas dépenser plus qu’on ne rapporte, amis africains!

Il ne reste plus à cette jeunesse qu'à sortir elle-même de l'enfer que l'humanité lui a réservé. En misant sur la science (l'école), la discipline, l'auto-organisation, le temps long....Ce combat lui appartient. Nul ne le fera à sa place!

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