Luigi Di Mario, le messi d'Afrique.

A la guerre comme à la guerre. Et oui, même entre "civilisateurs" on ne s'épargne plus. Tous les coups sont autorisés et l'ennemi d'un "ennemi" peut devenir un ami de passage. Qui l'eût cru, l'Italie de Salvini est panafricaniste.

Gare à ceux et celles qui prendraient des "frustrés" pour des révolutionnaires. Des réactionnaires chevronnés pour les amis inconditionnels de l'émancipation.

Oui, gare à ces "africains" que tout console, et la moindre parole d'un Jéhovah, et les terribles déclarations d'un Luigi Di Maio, vice-président du Conseil italien.

Oui, gare à ces stricts "anti-français",  ces citoyens dans le monde qui sont en recherche permanente de la moindre déclaration contre la vielle France, du moindre discours prétendument anti-colonialistedécolonialiste, décomplexé....  que ce discours-là soit opportuniste, systématique, caricaturiste, véridique...au fond, ils n'en ont rien à cirer, pourvu que le discours soit empreint d'un nerveux sentiment anti français, pourvu que le discours respire la rage contre la France.

Lors d’un déplacement dans la région des Abruzzes (centre de l’Italie),Luigi Di Maio a accusé la France d’être à l’origine de l’immigration et a demandé des sanctions de l’Union européenne contre cette France qui “colonise l’Afrique” et qui “appauvrit” ses États. Très bien. 

Mais puisque Luigi Di Mario est proche du Vatican, et donc de la Parole d'Evangile, demandons-lui :"Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ! "  Et ajoutons pour boucler la parabole: " Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l'œil de ton frère."

L'aventure coloniale italienne a été un "échec". L'Italie a essayé de coloniser....mais ce fut un échec cuisant à Adoua. Après la Grande Guerre, après avoir combattu auprès des forces de l'Entente, elle escomptait des compensations coloniales comme l'article 13 de l'Accord secret de Londres du 26 avril 1915, le laissait subrepticement entendre. Hélas, en 1919, les négociations lors de la Conférence de la Paix, n'ont nullement tourné en sa faveur. Ses intérêts stratégiques, impérialistes ont été minorés, voire ignorés par ses alliés. 

Aussi, Di Mario n'ignore pas tout le trafic de certains industriels et de la mafia italienne sur les côtes somaliennes. Il n'ignore pas non plus, le rôle éminent et déterminant qu'a joué l'Italie dans la chute et l'assassinat gratuit du colonel Mouammar  Kadhafi. Conséquence une jungle libyenne en lieu et place d'un "dictateur" qui tenait tête. L'Italie a participé aux côtés de la France à cette manœuvre impérialiste des temps présents, elle a contribué à déstabiliser un pays tout entier. 

L'Italie a donc aussi une responsabilité notable dans ce que l'Union Européenne a baptisé la "crise des migrants". Pourquoi dénoncer la seule France quand on est déjà incapable d'assumer ses propres fautes? L'Italie est davantage un partenaire considéré et considérable de la France que l'Afrique. La sortie de Di Mario ne peut donc qu'être opportuniste. 

Ainsi, quand il déclare: "Si aujourd’hui les gens partent d’Afrique, c’est parce que certains pays européens avec la France en tête n’ont jamais cessé de coloniser des dizaines d’États africains."

Mais voyons, l'Italie était bel et bien présente en 1885 lors du partage de ce continent à Berlin. Certes, elle n'a pas bénéficié comme la Belgique d'un sacré don...mais quand même, sa seule présence à ce rendez-vous historique, fait d'elle une complice à vie pour la suite des événements. 

Par ailleurs, n'est-ce par grotesque que ce monsieur fasse appel à l'Union Européenne pour sanctionner la France? L'Union Européenne, est-elle au dessus de tout soupçon? Nein. Des contrats léonins signés avec les pays d'Afrique à l'ingérence lors des élections nationales, l'Union Européenne a démontré qu'elle avait autant d'ambition, de capacité de nuisance, si ce n'est plus, que la France. La politique de l'Union Européenne en "Afrique noire " peut être valablement qualifiée de très impérialiste.  On peut se pencher sur le traitement différencié de certains pays africains, et on constatera qu'il y a là une intention délibérée de "diviser" pour mieux régner. Alors, ce n'est pas cette Union Européenne qui pourra sanctionner la France.Dénoncer la "colonisation éternelle" de la France, pour s'en remettre au verdict de l'Union Européenne, est une extravagance digne des opportunistes et autres lamentables manipulateurs.

La France ne "colonise" plus l'Afrique. Mission terminée et "réussie". Il faut revoir à zéro le concept de décolonisation et de postcolonisation. L'Afrique maintenant, est assez grande, elle se colonise elle-même, grâce à l'action de ses propres "élites intellectuelles et politiques" exilées ou assignées à résidence.

Maintenant, si on parle de pillage ou de façon plus générale de l'impérialisme occidentale, il est plus qu'évident que la France pille l'Afrique....Sauf que le pillage de la France est un vieux sujet. 

La nouveauté du siècle, pas si nouvelle que ça d'ailleurs, est que l'Afrique n'est plus simplement pillée par la seule France, la seule Europe. Les pilleurs et les saccageurs se sont multipliés, diversifiés, multinationalisés, multilatéralisés, nationalisés numérisés, démocratisés...La France n'a plus le monopole sur ce continent. Ce qui ne voudrait pas dire que ce continent ce soit libéré d'une quelconque manière. S'émanciper de la France est une chose, s'émanciper tout court, un autre problème, et le véritable problème de l'Afrique est bien là, dans l'émancipation tout court. De quoi l'Afrique doit s'émanciper ? D'abord d'elle-même. Elle doit se débarrasser de toutes ses vielles "idées", "traditions" et "sagesses" qu'elle se plait à magnifier pour se prouver on ne sait trop quoi et aux yeux d'on ne sait trop qui. L'Afrique en un certain sens doit cesser d'être "l'Afrique". Elle doit travailler à émanciper ses masses des cages (ethnies par exemple) dans lesquelles, elles périssent par bande désorganisée la conscience tranquille et assurée. Au lieu de s'accrocher derrière les propos, même partiellement véridiques, d'un Di Mario du Mouvement 5 étoiles.

Qu'on se comprenne, il faut garder à l'esprit le rôle des puissances impérialistes dans l'histoire et dans notre monde actuel, mais l'enjeu politique  aujourd'hui en Afrique n'est pas tant la dénonciation infantile de la France que l'éducation, l'organisation et la discipline des masses, aujourd'hui abandonnées, délaissées, perdues dans la nature, perdues dans le développement sauvage anarchiste et capitaliste de leur continent.

 

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