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Billet de blog 22 avr. 2020

Relance économique mondiale ou Relance des inégalités planétaires?

Le FMI présente le « Grand confinement » comme étant la pire récession depuis la Grande dépression, et bien plus grave encore que la crise financière mondiale.

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Dans son Capital et Idéologie, Thomas Piketty renforce avec un ton magistral une vérité qui nous est donnée de constater tous les jours, toutes les heures, toutes les secondes: "Chaque société humaine doit justifier ses inégalités: il faut leur trouver des raisons, faute de quoi c'est l'ensemble de l'édifice politique et social qui menace de s’effondrer.

Après avoir surpris les travailleurs et chômeurs du monde entier avec des "confinements" dans des conditions d'inégalités affreuses, voici qu'on prépare les mêmes travailleurs et chômeurs a accepté une crise économique et sociale d'ampleur dont eux seuls paieraient les frais plus que médicaux.  Il y a quelque chose de "totalitaire" dans cette histoire.

Une économiste du FMI, l'indienne Gita Gopinath, a produit une note sur le site du FMI dans laquelle on peut lire que: "Une catastrophe rare, une pandémie de coronavirus, a malheureusement causé la mort de nombreuses personnes. Les pays instaurent les mises en quarantaine et les pratiques de distanciation sociale qui s'imposent pour endiguer la pandémie : le monde est placé en « Grand confinement ». L’effondrement de l’activité qui s'en est suivi, par son ampleur et sa soudaineté, ne ressemblent à rien de ce que nous avons connu de notre vivant."

Sauf que, dans cette histoire, il n'y a rien de "rare". La grandiloquence de l'économiste ici n'est que mystification. Ni le virus, responsable du covid-19, ni le nombre de morts ne relèvent vraiment de l'inédit. Il n'y a rien de rare ici. Tout le monde citant le Pr Didier Raoult, pourquoi ne pas ici convoquer ce découvreur de virus. Le monde connaît le SARS-cov depuis 2002. Il est vrai que le directeur de l'OMS, personnage tout aussi grandiloquent, a affirmé en parlant de la pandémie que : " Ce n’est pas le SRAS, ni le MERS, ni la grippe. C’est un virus unique, aux caractéristiques uniques". Raison pour laquelle il a participé à affoler son Afrique natale, continent où l'espérance de vie est le plus bas, et où une épidémie, celle du SIDA, a durablement contribué à impacter cette espérance de vie. Et pour l'heure, le pire qu'il a promis à l'Afrique, se limite à mille et poussière de morts de covid-19. 

Quant à la mort qui semble susciter l'émotion des gens du FMI et actionner leur raison, le taux de mortalité du covid-19 se situe entre 3 et 4% selon l'OMS. Dans les drôles de statistiques dont on nous assomme, on compte dans tout le monde entier 2.604.147 cas confirmés, 700.000 guéris et  180.784 décès. Des chiffres insignifiants si on ose les comparer à d'autres pathologies bien connues.  L'on sait aussi que l'âge moyen des personnes décédés est supérieur à 70 ans. Un âge que ne pourront atteindre des millions voire de milliards de pauvres sur la planète terre. 

Les "morts" du covid-19 sont donc évidemment moins terrifiants que les 83.000 enfants qui seraient morts de faim ou de maladie en trois ans au Yémen. Oublions l'Afrique deux secondes, quelle fut l'attitude de la planète à l'égard de la guerre au Yémen?  Les morts du covid-19 sont des morts d'exception, des morts exceptionnels devant lesquels on a imposé  aux travailleurs un arrêt de travail, une suspension au droit à la vie, une fenêtre au suicide.

Dans son billet, pas une seule fois l'économiste du FMI ne mentionne le mot "inégalité". Ce sont pourtant les "inégalités monstres" qui font de ces confinements subits une véritable arme de destruction (sociale) massive. 

L'économiste du FMI, qui réduit sans doute le monde a l'Occident et sa rivale Chinoise, soutient que : "Les dirigeants prennent des mesures sans précédent pour aider les ménages, les entreprises et les marchés financiers, et bien que cela soit fondamental pour favoriser une forte reprise, il existe une grande incertitude quant à la manière dont le paysage économique aura évolué au sortir de ce confinement."

Ménages, entreprises, marchés financiers...tous dans le même panier? Nul mention des travailleurs, on parle des ménages. Qui produit la richesse? Ce sont les dirigeants ou les travailleurs? Les travailleurs bien sûr. On ne saurait donc parler d'"aide". Ce sont les "confinés" qui aident ici médecins et personnels soignants ....on devrait leur dédommager, et non pas les aider. Des gens qui travaillent, et donc produisent la richesse, depuis des années, un seul mois aura suffi à faire d'eux des chômeurs à temps partiel. C'est extravagant...mais c'est un privilège des classes moyennes occidentales. Mais, tout de même, cela illustre un propos de Marx:

"Le travail est donc une marchandise que son possesseur, le salarié,vend au capital. Pourquoi le vend-il? Pour vivre. Mais le travail est aussi l'activité vitale propre au travailleur, l'expression personnelle de sa vie. Et cette activité vitale, il la vend à un tiers pour s'assurer les moyens nécessaires à son existence. Si bien que son activité vitale n'est rien sinon l'unique moyen de subsistance. Il travaille pour vivre."

Elle est là l'aliénation. Et demain, les travailleurs, du moins ceux qui auront à travailler, devront rembourser intégralement toutes ces journées qu'ils ont dépensé à ne "rien faire". Il suffit d'écouter le patron du MEDEF sur le travailler plus. Dans un autre texte, Marx dit:

L'ouvrier s'appauvrit d'autant plus qu'il produit plus de richesse [....]Cela revient à dire que le produit du travail vient s'opposer au travail comme un être étranger, comme une puissance indépendante du producteur. [...] ...il est évident que plus l'ouvrier se dépense dans son travail, plus le monde étranger, le monde des objets qu'il crée en face de lui devient puissant, et que plus il s'appauvrit lui-même, plus son monde intérieur devient pauvre, moins il possède en propre. C'est exactement comme dans la religion. Plus l'homme place en Dieu, moins il conserve en lui-même. L'ouvrier met sa vie dans l'objet, et voilà qu'elle ne lui appartient plus, elle est à l'objet. [...] La dépossession de l'ouvrier  au profit de son produit signifie non seulement que son travail devient un objet, une existence extérieure, mais que son travail existe en dehors de lui, indépendamment de lui, étranger à lui, et qu'il devient une puissance autonome face à lui. ", in Manuscrits de 1844. Voilà une part du réel de la crise socio-économique qu'on nous annonce. Voilà, entre autres, la vérité sur la pauvreté sans nom des agriculteurs par exemple. Tout comme, on a rien trouvé de mieux,  pour les personnels soignants, qu'une prime exceptionnelle et les applaudissements à 20 heures le temps du confinement. 

On a beaucoup parlé de solidarité ces temps-ci, quoi de mieux à la sortie que de réfléchir sur le partage du temps de travail et non son augmentation comme le laissait froidement entendre Geoffroy Roux de Bézieux. Pourquoi serait-il plus tolérable de se tuer au travail que de laisser faire un virus assez amical avec les enfants ? Ne se bat-on pour les laisser un monde plus juste et égalitaire?  

Comme dirait valls, il faut qu'ils ( les capitalistes et leurs chargés de mission aux affaires politiques [Valls compris] rendent gorge! Le sang des pauvres ne fait que trop coulé!

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