De quoi le "confinement" est-il le symptôme?

Le "confinement" est au capitalisme mondialisé ce que la couronne est au roi : sa marque ! On nous dit dans la presse qu'un milliard de personnes sont ''confinées' dans le monde. S'agirait-il de "nouveaux venus"? Car, bien avant cette crise sanitaire, la fameuse crise migratoire mettait au devant de la scène d'autres "confinés", hélas irrésolus.

 Qu'est-ce le "confinement"?

Dans son acception littérale, ou littéraire, confinement veut dire isolement dans un espace réduit. Confinement d'un prisonnier par exemple, même si en droit pénal, on n'utilise plus vraiment ce terme. En revanche, le terme est utilisé en biologie, en médecine, notamment dans le cadre des maladies infectieuses. Sur le site de la Fondation Infectiopôle Sud, on peut lire par exemple que : "les dernières grandes épidémies d'infections respiratoires recensées sur la planète, notamment le SARS ont remis en question le problème de la gestion de la contagion." C'est ainsi que le service des Maladies Infectieuses et Tropicales de l'hôpital Nord "a fait réaliser ces dernières années un secteur d'hospitalisation innovant et unique en Europe de confinement de niveau 3 pour les patients contagieux."

Le confinement s'adresse donc aux patients. Qu'est-ce qu'un patient? Un individu diagnostiqué, qui suit un traitement pour une maladie bien définie. Or, dans la situation qui prévaut, ce ne sont pas les "patients" qui sont "confinés". Eux, ne sont plus comptés que comme des êtres-numériques que l’on brandit à la face du monde. A côté de cela, on « confine » des populations entières, non pas dans des lieux spécialisés, aménagés, médicalisés...mais à domicile. Là où certains télétravaillent. Peu importe la surface, peu importe la composition du foyer, peu importe la situation économique....

Ce mot de "confinement" appliqué à des millions, voire des milliards de gens à travers le monde, dans des conditions extrêmement diverses et variées, d'un point de vue médical, est un abus de langage. Et donc un abus du réel lui-même. Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur....On ne traite plus les cas, on veut sauver le tout : confinez-vous donc! Et pour convaincre les uns et les autres que ce "confinement" est la seule ordonnance qui vaille, on assiste chaque jour au décompte des morts et des nouveaux cas contaminés. On nous les bombarde dans le crâne, ceux qui guérissent ne faisant pas partie du jeu en cours.

L'Italie, nous dit-on, serait en train de payer le non-respect de la consigne « politico-médicale ou politico-scientifique » qu'est le confinement. Nous voici terrorisés avec le cas Italien: 600 morts le jeudi, 800 morts le vendredi, 700 morts le samedi. Restez chez-vous! Restez chez-vous! Y'aura des morts! crie t-on.  Des morts! des injonctions! Des médecins qui balancent des coups de gueule sur les réseaux sociaux...l'indiscipline des français leur est insupportable.

                                                        "Confinement": l'étranglement des révoltes

D'un point de vue politique, on ne saurait plus parler de "confinement". Le terme qui convient le mieux est, enfin, celui de "totalitarisme". Nous y sommes! Il suffit de relire Hanah Arendt:

"On a souvent fait observer que la terreur ne peut régner absolument que sur des hommes qui sont isolés les uns des autres et qu’en conséquence, un des premiers soucis de tous les régimes tyranniques est de provoquer cet isolement. L’isolement peut être le début de la terreur ; il est certainement son terrain le plus fertile ; il est toujours son résultat. L’isolement est, pour ainsi dire, prétotalitaire ; il est marqué au coin de l’impuissance dans la mesure où le pouvoir provient toujours d’hommes qui agissent ensemble, « qui agissent de concert » ; les hommes isolés n’ont par définition aucun pouvoir (…) Ce que nous nommons isolement dans la sphère politique, se nomme désolation dans la sphère des relations humaines(...)  Le régime totalitaire comme toutes les tyrannies ne pourrait exister sans détruire le domaine public de la vie, c’est-à-dire sans détruire, en isolant les hommes, leurs capacités politiques. Mais la domination totalitaire est un nouveau type de régime en cela qu’elle ne se contente pas de cet isolement et détruit également la vie privée. Elle se fonde sur la désolation, sur l’expérience d’absolue non-appartenance au monde, qui est l’une des expériences les plus radicales et les plus désespérées de l’homme." in des Origines du totalitarisme.

Bien sûr, il conviendrait de différencier le plus finement possible "le confinement" asiatique et le "confinement" en Europe ( ou Occident). On a perpétuellement traité et moqué le régime chinois comme un État autoritaire de privations des libertés publiques. Le régime n’a donc pas eu besoin de se cacher derrière son petit doigt pour « confiner ». Dans les démocraties occidentales, y compris le pays des droits de l’homme, le protocole a été différent. Il a d'abord fallu bourrer le crâne du citoyen, lui dire que c'est la guerre, même s'il pouvait aller faire du footing ou promener son chien, puis prendre une décision « dictatoriale », « anti-démocratique ». Le « confinement » dans les démocraties occidentales procèdent donc d’un autre tour d’adresse étranger au régime Chinois. Ce tour d’adresse n’est rien donc que de l’hypocrisie. Que fera encore cet Occident avec ses leçons de droits de l'Homme?

Par ailleurs, le "confinement" à la sauce africaine, fantasmagorique évidemment, sera le terreau d'une misère bordélique encore plus foudroyante que n'importe quel virus de la terre. Ce « confinement-là », lui-aussi, n'a rien à voir avec les « confinements » d'Asie et d'Europe. 

Le capitalisme est l'idéologie par excellence du "confinement". Il "confine" les esclaves, les serfs, les prolétaires....Et quelle est la réponse de Marx face à cette idéologie "du confinement" et de l'ensauvagement: "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous".  Prolétaires, ne vous isolez pas comme l'imposerait le Capital....Unissez-vous! "Que les classes régnantes tremblent à l'idée d'une révolution communiste"!

Or, les classes dirigeantes actuelles ne tremblent pas....Eles balancent des milliards on ne sait pour quoi faire exactement. Pas un seul principe de leur vieux monde qui organise la vie sociale et économique n'a été reconnu comme criminel. Et pourtant! Le processus de privatisation des hôpitaux publics relève du crime pur.

Nous connaissons donc les criminels qui travaillent depuis plus de vingt ans, dans le monde, à la destruction de la notion du "service public", des hôpitaux publics. Ce sont eux, leurs héritiers, qui aujourd'hui "confinent" les populations, asphyxient pour de bon ceux et celles qui étaient déjà "confinés" dans l'organisation sociale, asphyxient le personnel soignant... avec la prétention toute trouvée d'être en guerre contre un virus

Ils doivent pourtant répondre de leurs discours et de leurs actes criminels. Les gens comme Fillon, il faut les "déconfiner", qu'ils aillent bosser à l'hôpital aux côtés des aide-soignants. Puisqu'ils connaissent tant de choses, dans ce milieu, qu'ils aillent donc montrer de quoi ils sont capables.

Hormis  les patients, ceux qui doivent être confinés par un bouleversement de type "communiste", ce sont les dirigeants capitalistes actuels. Le "confinement", sous prétexte de Covid-19, de millions de gens à travers le monde est le symptôme de la barbarie du capitalisme mondialisé. 

Nous sommes "confinés", ce sont là nos dernières vacances (pour les prolétaires, bien sûr), car demain, nous ne serons que des bêtes de somme....en soldes.

 

 

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