L'homélie de Greta Thunberg à l'Assemblée Nationale

Nous avons, religieusement, écouté la jeune militante écologiste suédoise Greta Thunberg qui s'est exprimée mardi 23 juillet à Paris à l'Assemblée Nationale, à l’occasion d’une réunion parlementaire sur le climat.

Greta Thunberg n'est pas une scientifique : elle est une personne avec un trouble autistique (Asperger). Son impressionnante culture au sujet du réchauffement climatique, son militantisme précoce ne peuvent être séparés de son trouble. C´est sa lubie. Ceci explique bien cela. Mais bon,Greta Thunberg peut reprendre à son compte la fameuse phrase de  Nietzsche : "Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort".

Serait-elle même une scientifique, que ses manies dogmatiques ne seraient pas plus tolérables et ne lui donneraient pas le droit de balancer des certitudes du tyou : "Ces chiffres sont incontestables...''. Car, ce qui distingue la science de la métaphysique par exemple, le philosophe des sciences Karl Popper nous l’a appris,  c'est le principe de la réfutabilité. Ce qui veut dire que le critère de la scientificité d'une théorie réside dans la possibilité de l'invalider, de la réfuter, de la contester, de la tester. 

Que la docte Gruta Thunberg veuille bien autoriser d’autres chercheurs qui le désirent à (re)calculer ...Dans un monde où les intérêts économiques et politiques sont si divergents et radicalement opposés, on ne saurait se contenter d’une seule voix scientifique. Par le passé, la "science", la "vérité scientifique" a très souvent été  la thuriféraire des puissances pour asseoir leur domination, leurs crimes. Et on trouvait toujours des gens pour affirmer : ceci est incontestable, c'est la science, c'est l'évidence même, c'est la nature des choses, c'est la seule vérité possible... Et ça, ce n’est pas fini. Le passé continue de gouverner.  La science, aussi majestueuse soit-elle, reste aux mains des financiers privés. Que Thunberg garde ses injonctions. 

Alors, dans une démarche toujours empreinte de rationalité, oui, il faut sans cesse remettre en question ce qui nous est présenté par la propagande dont l'ado Gruta Thunberg est désormais la tête d'affiche. Il eût été intéressant que la conscienceuse Greta Thunberg calcule elle-même, en prenant en compte ses innombrables déplacements professionnels et/ou militants, son bilan carbone. Puisqu'on nous vante sa jeunesse, sa haute conscience écologique, hé bien qu'on nous prouve qu'elle pollue moins cette planète qu'un bamakois soixantenaire? 

Même ici en Occident, par ses nombreux voyages, nous parions qu'elle est l'une des ados qui pollue le plus cette planète. Qu'on ne nous dise pas qu'elle se déplace pour la bonne cause! Mademoiselle Thunberg n'est porteuse d'aucune information nouvelle, d'aucune solution miraculeuse...

La jeune militante suédoise pourrait très bien rester dans sa chambre pour nous inonder de ses discours écologistes, urgentistes, de faits scientifiques. Grâce aux nouvelles technologies, cela serait tout à fait possible. Ses multiples déplacements sont, pour la planète, non nécessaires, inutiles, voire préjudiciables. Il n'y a pas d'urgence à ce que la jeune suédoise fasse le tour des Cathédrales européennes! A qui profite son tourisme messianique, ou, restons courtois, ses expéditions de sauvetage de la planète ? 

Franchement, inutile de prendre l'avion pour répéter tout ce que Nicolas Hulot a déjà eu à dire...D'ailleurs, lui aussi nous aura pas mal coûté en budget carbone...tout ça pour finir dans un gouvernement macronien! 

Le discours de Gruta Thunberg à l'Assemblée Nationale était stupéfiant. La jeune felle avait évidemment des accents de "gourou" et de "prophétesse". Elle a eu le génie de prononcer un discours terriblement engagé sur la planète sans prononcer une seule fois le mot capitalisme, c'est à dire la recherche sans fin du profit et la concurrence guerrière qui va avec. Tout au long de son discours, elle a passé son temps à vouloir répondre à ses détracteurs anonymes. Comme si c'était eux les responsables du dérèglement climatique.   

La prophétesse nous informe qu'il "nous" reste 420 gigatonnes de CO2 à émettre. Très bien! Comme elle n'a osé s'attaquer au capitalisme, au partage du monde, à son pillage, au mode de production, nous allons respecter son silence complice. Nous nous bornerons à sa stricte individualité, et nous lui demandons qui est ce "nous" dont elle parle? Retrouve t-on dans ce "nous" le paysan nigérien qui vit sans électricité, le parlementaire français, le milliardaire Buffet, l'industriel Mittal, et la citoyenne Greta?  Ce "nous" brasse le prolétariat et les détenteurs de capitaux? ...

Que fait la militante suédoise concrètement?  Elle prend des avions encore et encore.Sa propre existence est en contradiction absolue avec ses "valeurs écologistes" ...Et si l'ensemble des ados de la planète vivaient au rythme de Gruta Thunberg? Pendant qu'elle fait son tour pacifique dans l'UE, qu'elle n'oublie pas que ses égaux, mineurs au katanga, ouvriers au Bangladesh, paient le lourd tribut. Qu’elle n’oublie pas que , changement climatique ou pas, l’avenir de millions d’ados est d’ores et déjà compromis. Les siècles passées, alors que son continent était préoccupé à  se partager le monde, la question de notre espace commun pouvait se poser avec une rare pertinence? Aujourd’hui, leur agitation rime avec perdition. 

Nous vivons quand même dans une planète où  26 milliardaires disposent d'autant d'argent que la moitié la plus pauvre de l'humanité. Et les paisibles vivants à la Greta Thunberg, évidemment, sont davantage préoccupés par la santé de la planète qui leur permettra de jouir encore un plus de cet état de chose, qu'à bâtir un ordre nouveau, un ordre désoccidentalisé, un ordre égalitaire.

Soucieuse de la planète, mademoiselle Thunberg aurait pu au moins se soucier des ados qui habitent dans les environs de ce qu'on considère comme étant le deuxième poumon vert de la planète : la forêt du Bassin du Congo. Hélas non! Elle est le fer de lance de "son monde" qui a définitivement décrété l'inégalité entre les nations, entre les hommes, entre les femmes, entre les hommes et les femmes, entre les enfants, entre les "races" (dont on a enfin appris l'inexistence, et pourtant les inégalités fondées sur ce mensonge scientifique persiste).

"...J'aimerais également vous dire autre chose. Il est impossible de résoudre une crise sans la traiter comme une véritable crise et sans comprendre toutes ses dimensions. Vous ne pouvez laisser les responsabilités aux personnes, aux politiques, au marché. Tout le monde doit être inclus et doit lutter en même temps."  a prêché Greta devant un parterre de godillots. Une certaine opposition parlementaire s'est d'ailleurs étonnée du fait qu'on puisse à la fois applaudir Greta Thunberg et, cinq minutes plus tard,voter l'accord économique et commercial global, ou Comprehensive Economic and Trade Agreement, établi entre le Canada et l'Union européenne.

Eh bien, nous autres, ne voyons aucune contradiction entre les deux événements. On peut très bien ovationner l'écolo-militante Greta Thunberg et voter le CETA. Tout comme on peut être Nicolas Hulot et entrer dans le gouvernement de Macron. On peut être Pascal Canfin et rejoindre la liste En Marche lors des Européennes. C'est bel et bien Macron et pas Hamon ou Mélenchon qui a été élu Champion de la terre. Alors, quoi d'étonnant? 

 

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