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Billet de blog 25 mai 2021

L'obscénité du Bien

Pendant que Macron sauvait les économies africaines lors d'un Sommet à Paris, un photographe bien inspiré immortalisait les larmes d'un "migrant'' sur l'épaule d'une bénévole de la Croix-Rouge dans l'enclave de la Ceuta. Les commentaires vont bon train. Mais, entre la xénophobie des extrêmes droites et le racisme positif, nous autres, savons où donner de la tête.

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Luna Reyes, une bénévole espagnole à la Croix-Rouge, a consolé un migrant débarquant dans l'enclave de Ceuta. − CROIX-ROUGE ESPAGNOLE

"Rien n'est plus malsain, au cœur de notre modernité malsaine, que la pitié chrétienne." Nietzsche, L'antéchrist.

Une crise diplomatique éclate entre l'Espagne et le Maroc à propos du Sahara occidental. Privé de dissuasion nucléaire,  le Royaume chérifien laisse s'échapper de ses frontières plus de 8000 "mineurs" dans la Méditerranée afin qu'ils gagnent le paradis occidental via l'enclave de la Ceuta en Espagne. 

Précisons ici que le terme "mineur" utilisé par la presse est très souvent  tendancieux, pompeux ou  d'inspiration chrétienne: "Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les empêchez point; car le Royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent." Matthieu 19:14; "Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux."Matthieu  18:3.

Or, à regarder la situation en face, en iconoclaste, il faudrait parler de rebuts et non de mineurs. Arrivés à la nage dans l'enclave de la Ceuta en Espagne, les rebuts ont été secourus manu militari et les plus chanceux accueillis par les bénévoles de la Croix-Rouge. Humanitaires et Militaires travaillant toujours d'arrache-pied et de concert. 

Chaque feuilleton de la crise migratoire a son lot d'images. Dans le dernier épisode qui s'est déroulé à la Ceuta, une image a d'ores et déjà fait le tour du monde. Une image a déjà marqué les saints esprits : une bénévole de la Croix-Rouge espagnole, Luna Reyes, photographiée et filmée en train de réconforter un « migrant sénégalais ». On constate ici, en lisant n'importe quel article de presse, que la bénévole de la Croix-Rouge a un nom. Quant au migrant sénégalais, eh bien... il reste le "migrant sénégalais".  Autrement dit l'enfant que l’on n’a pas encore baptisé....ou le migrant typique. Comment expliquer que le nom de la bénévole soit connu, popularisé et pas celui du sénégalais? Pourquoi  le soi disant migrant n'est-il pas nommé, et identifié, comme l’est Luna Reyes dans la presse?   Comédie humaniste ou racisme positif? Les deux.

Racisme: héroïsation de la bénévole et dépersonnalisation ou déshumanisation du sénégalais. On  donne la parole à la bénévole alors que le silence est de mise chez le sénégalais. Positif : on célèbre le réconfort qu'apporte cette bénévole au sans-nom-sénégalais. Ce n’est pas rien....On aurait pu faire comme l'extrême-droite : réclamer que le "migrant sénégalais" rentre chez lui. 

Il est absurde de s'en prendre à la bénévole. Elle n'est pas responsable de la situation politique, ni de la situation diplomatique qui prévaut. Elle n'est pas responsable de la photo, ni de sa circulation ni de son utilisation par X ou Y. Elle n'était pas dans une posture. Elle ne faisait que son travail.  Comme des milliers d'aides à domicile, comme des milliers de femmes africaines qui s’occupent de personnes âgées dans les EPAHD occidentaux et que nos amis photographes tardent à aller immortaliser dans leur moment de grâce, de bonté, d'exception...  Il y a pourtant de quoi nourrir l'imaginaire des uns et des autres, de quoi briser quelques mythes.

 Il y a donc, pour ma part, quelque chose d'obscène dans cette image. L'intention du photographe transparaît dans ce cliché et son utilisation par la gauche moribonde ou l'extrême droite fasciste n'a rien de surprenant.

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