Charles Kabango
Citoyen
Abonné·e de Mediapart

223 Billets

0 Édition

Billet de blog 26 févr. 2022

Les sales draps de l'Occident

"Thiers a raison, comme ont raison tous les historiens qui cherchent l'explication des événements historiques dans la volonté d'un seul homme; il a raison comme ont raison les historiens russes lorsqu'ils affirment que Napoléon fut attiré à Moscou par les manœuvres habiles des chefs militaires ruses." in Guerre et Paix, Léon Tolstoi

Charles Kabango
Citoyen
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’un des problèmes des « démocraties » occidentales est qu’elles se noient dans un océan d’opinions portant la mention ronflante, bien souvent creuse: « liberté d’expression ». 

Hier, au sujet du covid-19, le président de la République française, Emmanuel Macron  s’est fendu d’une déclaration martiale: « Nous sommes en guerre », contre un virus. 

Aujourd’hui, concernant le conflit russo-ukrainien, disons, « l’attaque » militaire, frontale de la Russie contre l’Ukraine, le même Macron se fend d’une autre déclaration, aux allures pacifistes, pour « condamner fermement l’attaque militaire massive contre l’Ukraine. » En affirmant que nous ( pauvre « nous »!) sommes « à un tournant de l’histoire de l’Europe et de notre pays. » 

Jupiter à contretemps.  A contresens. Ça, c’est si on veut être euphémique avec le patron de l’ex cinquième puissance mondiale. Parce que, si on veut regarder les choses comme elles sont, décrire le personnage tel qu’il se donne à voir, Macron est un piètre chef militaire, un apprenti sorcier qui joue avec le feu et les mots.  Il soutient qu’on est en guerre, lorsqu’il y a la paix, et il se fait pacificateur lorsque la « vraie guerre » pointe son nez.

Il est spectaculairement tragi-comique de déclarer la guerre contre un virus, et de parler tout simplement de « tournant de l’histoire »,  quand un « allié », Volodymyr Zelensky, se fait bombarder, au point de  gémir, pleurer, prier ainsi: « Nous sommes seuls à défendre notre nation.Qui est prêt à combattre avec nous? Je ne vois personne » ? 

 L’autorité en perdition. Les mots n’ont plus de sens, y compris dans les fameuses  « démocraties occidentales », lesquelles traversent avant toute chose, une crise des mots, du sens des mots. Du  verbe. Du langage. Et, on sait grâce à Aristote que le langage fait de l’homme un « zôon politikon ». 

La crise politique, avant d’être économique, est une crise de la vérité des choses. De la parole vraie ou exacte. Tout le monde connait plus ou moins bien ce refrain camusien: mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde.

1.Caesar dominus et supra grammaticam.

La crise de la parole (du sens véritable des mots) qui entraine mécaniquement une altération de l’entendement n’est pas une crise qui tombe du ciel. C’est une crise nécéssaire au maintien du monde tel qu’il est, globalement injuste et corrompu. 

Les Relations internationales, depuis la chute du Mur de Berlin, sont régies sous le principe de deux mots devenus des gadgets purificateurs de nos Maîtres occidentaux: « démocratie et dictateur ». Avec ces mots-objets, ces mots-choses,  l’Occident a invité l’humanité à ne plus penser, mais à trancher. A ne plus discuter, à bannir. Fin de l’histoire!

Combien d’Etats ont été saccagés, dépecés par l’Occident sous prétexte d’éradiquer un « dictateur » ou d’instaurer la « démocratie »? Ne parlons même pas de la vieille idée de mission civilisatrice, ayant conduit au partage en bonne et due forme de certains continents.

Quel est bilan de cet impérialisme moral occidental? Silence ! Les maîtres veillent, à ce que chaque crime commis par eux, soit accompagné d’un épithète moelleux, d’un langage châtié, d’une douce justification: mission civilisatrice, droit d’ingérence, guerre humanitaire,  droits de l’homme, « démocratie »…C’est toujours pour le Bien souverain de la planète que nos Maîtres frappent, s’arment, tuent, agressent, pillent, torpillent, détruisent. Et c’est toujours pour le Mal souverain de l’Humanité que ceux qui ne sont pas dans le cercle de nos Maîtres frappent, s’arment, tuent, agressent, pillent, torpillent. 

Ainsi, l’usage du mot « dictateur » par la communauté internationale, par l’Occident, par nos Maîtres, est un usage qui n’a strictement rien à voir avec le réel.  L’usage de ce mot n’est plus que de l’ordre de la propagande capitalo-parlementariste. Il est, à la fois mot d’ordre et chef d’accusation.

Lorsque les Maîtres vous désignent comme « Dictateur », à défaut de pouvoir prononcer sur vous la sentence de la peine de mort: Saddam Hussein, M.Kadhafi, c’est une indication au monde entier que vos actes et paroles ne sont qu’au service du Mal souverain de l’Humanité. Et que l’humanité ferait bien, tôt ou pas trop tard, de vous mettre en quarantaine, de vous confiner.

Il n’y a rien en commun entre le Cameroun et la Russie, entre la réalité du pouvoir russe et la réalité du pouvoir camerounais, entre la société camerounaise, son ordre ou son désordre et la société russe, son armature. Or, les dirigeants de ces deux pays sont qualifiés par un même in-signifiant : « dictateur ». Dire que Paul Biya n’est pas un « dictateur » ce n’est pas lui faire un compliment. Ca ne veut pas dire qu’il soit « démocrate »: La réalité est plus complexe…Mais nos Maîtres et leurs chiens de garde n’ont guère besoin de s’embarrasser de la complexité. Ils n’ont guère besoin de véracité, des faits.  Le très sérieux Colin Powel l’a démontré aux Nations Unies. 

2. Ne noyons pas le poisson  

Qui domine le monde ? 

Officiellement: ONU, Banque Mondiale, FMI, OMC, Dollar…Officieusement : compagnies d’exploitations des gisements de matières premières, vendeurs d’armes, puissances ayant des bases militaires à travers le monde, GAFAM, Banques). En gros, ce sont des Etats « démocratiques », les « démocraties » occidentales qui tiennent les manettes. Leur facilité, leur propension à sanctionner les Etats « dictatoriaux », paradoxe absolu, n’est un secret pour personne et signifie bien quelque chose.  

Et malgré cette domination occidentale, les inégalités ont pris des proportions monstrueuses à travers le monde, des Etats détruits, des populations délaissées, des guerres enclenchées, des famines orchestrées, des épidémies nullement traitées (le cas du Sida en Afrique dans les années 1994).  Le terrorisme a pris ses marques, il se sent à l’aise, il est considéré, médiatisé, vivifié. Il a même été déclaré comme ennemi mondial numéro un, loin devant la misère, laquelle on vous dira a toujours existé (et va toujours exister). 

Si ce monde va mal, selon les propres aveux des « démocraties occidentales », ce n’est pas à cause des « Etats dictatoriaux ». Ce n’est pas à cause du seul Poutine, ou du  seul Xi Xiping ou même des seules organisations terroristes. Ou encore de leurs seules combinaisons.

Les « démocraties occidentales détiennent tout : puissance militaire, financière, économique, médiatique. Certes, cette hégémonie est aujourd’hui discutée par les pays présentés comme « émergents », mais il demeure qu’aucun pays « émergent » ne peut se targuer de l’attrait, du charme qu’a l’Occident. Les pays « émergents » viennent contester l’ordre économique, et peut-être militaire, mais leur population entière est frappée d’une envie irrésistible de se soumettre au mode de vie occidental. 

Sauf qu'il n’y a plus rien à attendre, excepté le pire, de ces « démocraties » dominantes où la pensée réactionnaire trouve ses lettres de noblesse.

Pour l’instant, le bilan à échelle mondiale de ces « démocraties impériales » se résume presque ainsi: 

  • Deux guerres mondiales, 
  • D’innombrables guerres civiles, 
  • Tueries de masses, tueries ciblées (aveu de François Hollande lui-même)
  • Et caetera     

Ceci est la vraie figure des « démocraties occidentales ». Peut-on attendre quelque chose de neuf, de résolument émancipateur, de cet Occident? Non, il n’y a qu’à écouter l’ensemble de ceux et celles qui veulent prendre les commandes de l’Etat. Tous sans exception, dans des styles et des croyances différents, proposent aux citoyens de rester dans cette configuration du monde, cette naturalité : « consomme et vote !» 

Le modèle occidental n’est préoccupé que par par ses « intérêts », et donc par la soumission de l’autre. Tout projet politique, toute pensée politique qui a pour seule vocation la satisfaction et la défense des intérêts de sa population, de son territoire, est d’une certaine manière, un projet, une pensée de perpétuation du monde tel qu’il est et tel qu’il se donne à voir. Et donc, les indignations ponctuelles ne sont que de très laides hypocrisies ou de sérieuses naïvetés. 

Définir ses intérêts en tant qu’Etat entraîne inéluctablement une non prise en compte de l’Autre. On se préoccupe de sa survie, de son confort, on calcule rationnellement son avantage. Les autres n’ont qu’à en faire autant. Cependant, un monde régi par la défense des intérêts nationaux, en vérité, nous condamne à une guerre permanente. On pourra me dire que, jusqu’ici, c’est ce qui a prévalu, et qu’au final, on n’est pas si mal que ça ; le calcul de ses intérêts, c’est réaliste. Soit. Mais cela ne fonctionne que parce qu’il y a d’une part, de véritables pays soumis, et d’autre part de véritables pays dominants.

3. L’espoir, cette tragédie.

Il n’y a rien à attendre de résolument neuf et émancipateur d’une politique qui consiste à parler uniquement au nom des Français, des Italiens, des Chinois, des Camerounais, des Américain des Russes… Et il faut considérer, dès à présent, la relative paix globale qui traverse le monde ou qui a traversé le monde, non comme un signe d’une maturité politique, faisant des guerres un archaïsme politique, mais comme un cycle qui finira par avoir bel et bien son sacre de sang. Et ce, avec l’usage des armements de pointe. 

Toutes ces belles technologies de guerre que l’on invente à la façon d’un Iphone sans cesse renouvelé ne serviront pas de simple décor. Ce serait mettre la raison réaliste à défaut. Les Etats, aujourd’hui lancés dans la course aux armements et dans la protection de leurs intérêts particuliers ne s’arment pas pour la paix ou pour se sécuriser comme ils le clament. Ou si on l’admet, se sécuriser de quoi ? Contre qui ? Les ennemis ? Mais qui est l’ennemi ? Celui qui va à l’encontre de nos intérêts tout simplement.

L’ennemi, c’est celui qui ne respecte pas l’ordre des choses, les intérêts des puissants, leur logique, leur conception de la vie. L’ennemi, ce n’est pas tant celui contre qui on se bat. On pourrait, en ce sens, taxer le fameux terrorisme islamiste non pas d’être l’ennemi des démocraties occidentales, mais plutôt d’être son plus grand allié objectif, dans le maintien de l’ordre tel qu’il est : réaliste, capitaliste, inégalitaire. Les terroristes ne touchent à rien de fondamental qui pourrait mettre les pays « démocratiques" et capitalistes à mal. Ce sont sont des ennemis virtuels du monde occidental. 

La triste histoire c’est que le monde occidental, pour l’heure, n’a aucun ennemi : le marché triomphe !

L’alternative politique viable et fiable, à échelle mondiale, doit tenter de rendre possible ce qui jusqu’ici ne l’a jamais été, et n’a jamais constitué un horizon politique : l’égalité de tous.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Afrique
Kenya : le pays suspendu à des élections à haut risque
Mardi 9 août se déroulent au Kenya des élections générales. Alors que la population fait face à une crise économique et à une forte hausse des prix, ce scrutin risque de déstabiliser ce pays clé de l’Afrique de l’Est. 
par Gwenaelle Lenoir
Journal — International
L’apartheid, révélateur de l’impunité d’Israël
Le débat sur l’existence ou non d’un système d’apartheid en Israël et dans les territoires palestiniens occupés est dépassé. L’apartheid israélien est un fait. Comme le confirme l’escalade des frappes et des représailles autour de la bande de Gaza, il est urgent désormais de mettre un terme à l’impunité d’Israël et de contraindre son gouvernement à reprendre les négociations.
par René Backmann
Journal — Proche-Orient
Au moins trente et un morts à Gaza depuis le début de l’offensive israélienne
Parmi les victimes des frappes visant la bande de Gaza figurent six enfants et des dirigeants du groupe armé palestinien Djihad islamique. L’armée israélienne parle d’une « attaque préventive ».
par La rédaction de Mediapart (avec AFP)
Journal
Au Pérou, l’union du président de gauche et de la droite déclenche une déferlante conservatrice
Sur fond de crise politique profonde, les femmes, les enfants et les personnes LGBT du Pérou voient leurs droits reculer, sacrifiés sur l’autel des alliances nécessaires à l’entretien d’un semblant de stabilité institutionnelle. Les féministes sont vent debout.
par Sarah Benichou

La sélection du Club

Billet de blog
Michael Rakowitz, le musée comme lieu de réparation
À Metz, Michael Rakowitz interroge le rôle du musée afin de mettre en place des dynamiques de réparation et de responsabilisation face aux pillages et destructions. Pour sa première exposition personnelle en France, l’artiste irako-américain présente un ensemble de pièces issues de la série « The invisible enemy should not exist » commencée en 2007, l’œuvre d’une vie.
par guillaume lasserre
Billet de blog
Deux expos qui refusent d'explorer les réels possibles d'une histoire judéo-arabe
[REDIFFUSION] De l’automne 2021 à l’été 2022, deux expositions se sont succédées : « Juifs d’Orient » à l’Institut du Monde Arabe et « Juifs et Musulmans – de la France coloniale à nos jours » au Musée de l’Histoire de l’Immigration. Alors que la deuxième est sur le point de se terminer, prenons le temps de revenir sur ces deux propositions nous ont particulièrement mises mal à l'aise.
par Judith Abensour et Sadia Agsous
Billet de blog
A la beauté ou la cupidité des profiteurs de crise
Alors que le débat sur l'inflation et les profiteurs de la crise fait rage et que nous assistons au grand retour de l'orthodoxie monétaire néolibérale, qui en appelle plus que jamais à la rigueur salariale et budgétaire, relire les tableaux d'Otto Dix dans le contexte de l'Allemagne années 20 invite à certains rapprochements idéologiques entre la période de Weimar et la crise en Europe aujourd'hui.
par jean noviel
Billet de blog
Réponse au billet de Pierre Daum sur l’exposition Abd el-Kader au Mucem à Marseille
Au Mucem jusqu’au 22 août une exposition porte sur l’émir Abd el-Kader. Le journaliste Pierre Daum lui a reproché sur son blog personnel hébergé par Mediapart de donner « une vision coloniale de l’Émir ». Un membre du Mrap qui milite pour la création d'un Musée national du colonialisme lui répond. Une exposition itinérante diffusée par le site histoirecoloniale.net et l’association Ancrages complète et prolonge celle du Mucem.
par Histoire coloniale et postcoloniale