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Billet de blog 30 avr. 2020

Déconfinement : la déconfiture sociale.

Le drame ce n'est pas la pandémie. Celle-ci, redisons-le, est d'une infinie clémence à l'égard de l'espèce humaine. Le drame, c'est le croisement entre cette "curieuse" pandémie et le capitalisme mondialisé. Comment un système redoutablement inégalitaire peut-il faire face, de manière sereine et ordonnée, à un virus qui frappe tout le monde?

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L'humanité n'a jamais été aussi riche. Elle n'a jamais été aussi avancée dans la technique, les sciences, y compris la médecine.

Mais, pourquoi cette humanité, principalement en Occident, aborde une maladie aussi tempérée que le covid-19 avec une conscience dérangée et surannée? Pourquoi c'est cette épidémie-ci et pas une autre, le SIDA par exemple, qui provoque ce vertige mondial au point de mettre en stand by l'économie mondiale dont dépendent, tels des saprophytes, des milliards de gens sur la terre?

Pour répondre à ces deux interrogations, ne suffit-il pas de lire Antonin Artaud dans Le Théâtre et son Double : " Et de même si nous pensons que les nègres sentent mauvais, nous ignorons que pour tout ce qui n’est pas l’Europe, c’est nous, blancs, qui sentons mauvais. Et je dirai même que nous sentons une odeur blanche, blanche comme on peut parler d’un « mal blanc ». Comme le fer rougi à blanc on peut dire que tout ce qui est excessif est blanc ; et pour un asiatique la couleur blanche est devenue l’insigne de la plus extrême décomposition."

Sacré Artaud!

Tout ce qui est excessif est blanc...

Trump qui parle de "virus chinois". Macron qui parle de "guerre". Ce sont-là deux visages typiques du "mal blanc" qui gouvernent le monde avec une arrogance inégalée. Deux démocrates. Deux élus. 

Ces deux figures archétypiques de la démocratie occidentale sont soigneusement accompagnées par les médias, qui propagent l'idée selon laquelle la Chine serait responsable de la pandémie, et qu'elle a menti sur toute la ligne. Et à  l'extravagante Australie de demander une enquête! En matière de mensonges, y a t-il un seul Etat occidental qui pourrait donner les leçons à la Chine? Aucun. Le fulgurant Nietzsche n'a pas eu besoin d'enquêter sur l'Etat chinois pour énoncer que : L'Etat est le plus froid des monstres froids : il ment froidement. Curieuse épidémie de besoin de vérités qui frappe les vieux Etats occidentaux. 

Tout aussi excessif, l'importance accordée à cette maladie dont plus de 90% de personnes atteintes guérissent sans avoir besoin de traitement et les débats autour de cette maladie.

L'occident a envahi le monde de son odeur pestilentielle. Et même avec les masques FFP2 qui nous proviennent d' ouvriers chinois que personne n'applaudit, nous respirons à pleins poumons cette odeur fatalisante. 

 Sans oublier l'excès d'inégalités: les inégalités monstrueuses. Lesquelles échappent à la bonne conscience occidentale. Rappelons quelques chiffres ou faits grotesques : 

- la richesse des 1% les plus riches de la planète correspond à plus de fois la richesse de 90 % de la population mondiale, soit 6,9 milliards de personnes

- Les milliardaires du monde entier, qui sont aujourd’hui au nombre de 2 153, possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, soit 60% de la population mondiale.

- Les deux tiers des milliardaires tirent leur richesse d’un héritage, d’une situation de monopole ou de népotisme.

- Le PDG du groupe Sanofi, groupe pharmaceutique français, gagnait en 2018 plus de 343 fois le salaire moyen d'une aide soignante. Et c'est le même grand PDG qui a fait le charitable sur quelques plateaux pour annoncer de façon très nationaliste et salvatrice que son groupe était prêt à offrir gratuitement la chloroquine aux hôpitaux de Paris

Evidemment, il serait trop facile de croire que le nœud du problème ce sont les 1% les plus riches. Le nœud du problème est ailleurs. On l'a encore vu dans les récents mouvements sociaux qui ont agité le monde. 

La santé ou l'économie?

Quelques esprits veulent nous faire croire l'humanité s'est retrouvée devant un dilemme. Face à l'épidémie, doit-on sauver des vies ou sacrifier l'économie? Santé ou économie?  Telle est la question posée par ces esprits. La question est absurde mais suffisamment révélatrice de la schizophrénie occidentale.

L'économie mondiale actuelle sacrifiait ou sacrifie bel et bien des milliards  de vie dont des millions de jeunes enfants dans le monde. Sans le moindre complexe.

N'oublions pas aussi que c'est au nom de l'économie (libérale ou capitaliste), que les dirigeants dans les pays développés ont travaillé à la transformation des  hôpitaux publics. Il fallait gérer ces institutions particulières comme n'importe quelle entreprise, avec une logique de rentabilité et de concurrence. Il fallait faire des économies au sein des hôpitaux, ce qui revenait à sacrifier quelques misérables vies, à commencer par celles des femmes. Femmes enceintes. Femmes immigrées enceintes. Le signal était donné. Mais nul ne voulait voir ces attentats contre la vie. 

Que ce soit la santé telle qu'elle est organisée à échelle de la planète ou l'économie, on peut donc affirmer que le but n'est même pas de sauver les vies. Le but est de conserver les vies ou les corps dans leur état de misère ou de grandeur respectif. La santé du riche n'a donc pas le même intérêt, la même valeur que la santé du pauvre.  Le but est de s'assurer que le pauvres survivent. Qu'ils disposent d'une santé minimale...

Déconfinement ou désastre social

Face à la pandémie, ce qu'on a observé, c'est la veille du système capitaliste ou bourgeois par les Etats. Bien qu'on nous dise ici en France, avec une fierté quasi nationale, que le confinement a évité la mort de près de 60.000 personnes. Sans doute, mais le désastre social qui vient, qui est déjà là, a un lot de millions de morts-vivants, rien que pour la seule France. Le confinement dans les conditions d'esclavage moderne est passé totalement à côté de la plaque. Pire, il a même accéléré l'hécatombe sociale.

Dans ces mêmes conditions, le déconfinement n'augure rien d'autre si ce n'est une déconfiture sociale masquée. Un déconfinement où les prolétaires ne pourront même pas aller manifester place de République pour l'expropriation des firmes pharmaceutiques (urgence vitale!). Distanciation sociale oblige.

Hélas, n'est-ce pas que Karl Marx lui-même disait : "les prolétaires n'ont rien à perdre que leurs chaînes. ils ont un monde à gagner. prolétaires de tous les pays, unissez-vous".

Ici, l'on souhaiterait que les prolétaires soient les jeunes de tous les pays, et en particulier d'Afrique. Ils n'ont aucune raison d'accepter ce monde qui est en train d'avancer. A bas la propriété privée bourgeoise! 

Les dirigeants sont bien contents aujourd'hui d'avoir affaire à une "masse d'enfants" qui vivent la peur au ventre et à qui l'on apprend comment se tenir en société, comment marcher, comment manger, comment faire du sport, comment tousser, etc. 

"Les masses sont obsédées par le désir d'échapper à la réalité, parce que dans leur déracinement essentiel, elles ne peuvent plus en supporter les aspects accidentels et incompréhensibles. […] La fuite des masses devant la réalité est une condamnation du monde dans lequel elles sont contraintes de vivre et ne peuvent subsister, puisque la coïncidence en est devenue la loi suprême et que les êtres humains ont besoin de transformer constamment les conditions chaotiques et accidentelles en un schéma humain d'une relative cohérence.", in Les Origines du totalitarisme, Annah Arendt.

Si Macron et sa bande nous sont si précieux, si incontournables, si impérieux, en temps d'épidémie ou de pandémie, cela revient à dire qu'ils sont une chance pour la France...pour le Monde. Ce qui est pure folie au regard de la stricte réalité. 

Il est vrai, dans cette folie collective, qu'il est beaucoup question de science, mais là encore, les mots d'une Annah Arendt sont d'une totale justesse:  "La scientificité de la propagande totalitaire se caractérise par l'accent qu'elle met presque exclusivement sur la prophétie scientifique, par opposition à la référence plus traditionnelle au passé."

N'a t-on pas entendu le premier ministre nous mettre en garde contre une deuxième vague (prophétie scientifique) si on ne respectait pas scrupuleusement les consignes de son gouvernement? Comment ne pas croire, comme dit l'autre, qu'il s'agit là d'une "hypothèse fantaisiste".

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