Le cas Matzneff : la meute contre un retraité.

«Il ne faut pas agir et parler comme les enfants de nos parents.» Héraclite

Vanessa Spingora, éditrice chez Julliard, publie chez Grasset son « Consentement »,  à paraître jeudi. Un récit dans lequel elle détaille sa relation avec l’écrivain Gabriel Matzneff. Elle avait quartoze ans. Il en avait cinquante. 

Après l’affaire Moix, qui fut d’un ennui presque mortel, les éditions Grasset nous servent l’affaire Matzneff. Les enfants sont à l’honneur. C’est dans l’air du temps !  Ils règlent leurs comptes...à leurs parents, à leurs amours, aux retraités, à la planète….De Thunberg à Macron, de l’enfance Moix à l’ado Spingora.

La France n’a plus que sa petite morale. Ses bondieuseries. Son hypocrisie. C’est Macron qui va en Côte d’Ivoire déclarer que la colonisation a été une erreur, et donc ? On remballe ses bases militaires et son Eco à deux balles ou bien on continue ? On continue….On ne va pas laisser nos  « amis » africains dans les filets des djihadistes. La morale, bon sang !

C’est Yann Moix, écrivain Renaudot,  qui va chez son ami Ruquier, non pour parler de son livre, de son univers artistique, mais d’une affaire nullement intéressante qui porte son nom. Il va demander pardon façon lèche-cul au seigneur BHL….le boss de Grasset, il va nous parler de son petit frère, de papa et maman,  il va nous prouver par A+B qu’il n’est pas antisémite, enfin qu’il ne l’est plus, et pendant des semaines, les autorités médiatiques vont nous massacrer les oreilles sur son "cas"….Bref, que de bondieuseries! La littérature a cessé d’exister. Elle a foutu le camp. 

Maintenant, voilà qu’on nous réchauffe une vielle histoire, qu’on la transforme en "affaire" et on convoque le vieux et pénible Matzneff à la barre….Et pour cause, les "saintes écritures" de madame Spingora, autrefois adolescente, vont bientôt sortir chez Grasset.  Décidément! Et dans ces « saintes écritures », lui, G.Matzneff, c’est le DIABLE en personne…..il n'est pas en Prada, mais a une calvitie. Si lisse, si irrésistible, si attrayante...aussi attrayante que le fric de monsieur Epstein.

Monsieur Matzneff, « homme blanc » au crâne nu et aux yeux bleus,  n’a jamais caché ses « exploits » pédérastiques. Qui, dans cette République (des Lettres), a osé, lever le petit doigt ?

On ne saurait reprocher à Matzneff de n’avoir pas été son propre procureur, son propre juge d’instruction. Matzneff jouissait et frimait auprès de certains pontes médiatico-littéraires. Il n’a pas caché à la société française le sinistre adulte qu’il était : prédateur déguisé en séducteur, ce qui ne lui a jamais valu une simple attention de la justice. Pendant ce temps, la jeunesse immigrée remplissait les prisons, et les statistiques nous démontraient comment la délinquance avait des ressorts profondément « ethniques ».

Le cas Matzneff comme a titré pornographiquement, pharisianiquement, Libération de ce lundi 30 décembre, en réalité, a cessé d’être un cas, c’est-à-dire une spécificité, c’est devenu une banalité…comme la banalité DSK. Comme la banalité du tourisme sexuel (pédophile) occidental en Afrique, en Asie,etc. 

Une de Libération, journal dirigé par le jeune et novice Laurent Joffrin Une de Libération, journal dirigé par le jeune et novice Laurent Joffrin

 

Matzneff est en accord avec lui-même. Il n’a pas eu une double vie. Un double discours. Il n'a pas porté un masque. Il ne s'est jamais pris pour le pape. Pas de calotte. C'était réellement un chauve.

La société française, elle par contre, tient un double discours sur elle-même. Elle mène une double existence. Elle porte un voile. Elle se ment et nous ment.  Certains nous parlent des temps qui ont changé…Il n’en n’est rien. C’est simplement que l’hypocrisie de la société bourgeoise est phénoménale.  Oui, la bourgeoisie. L’affaire Matzneff c’est belle et bien une affaire bourgeoise. Une affaire de Saint Germain des Près. Une indignation, comme toujours, à géométrie ultra variable. Une indignation pour se vendre encore un peu plus aux consommateurs-lecteurs....voyeurs! 

Il y a quatre ans, des militaires français ont été  accusés de viols d’enfants en Centrafrique. Evidemment, il n’y a pas eu d’affaire RCA ou affaires Militaires français en RCA. Les indignations étaient non seulement timides, mais aucune sympathie à l’égard des victimes centrafricains. L’enquête a bénéficié d’un non-lieu. Evidemment! 

Pour l’heure, Matzneff n’a violé personne. Enfin, personne ne l’accuse d’un tel crime. Mais pourquoi son « cas » fait jaser autant les médias ?  Ce n’est pas le procès médiatique de Matzneff qui est utile et important….Le mal est fait. Les « victimes » ont été abandonnées à leur triste sort.

Par ailleurs, toute cette agitation moralisante a un aspect indécent. On se sert d’un (inauthentique) scandale, pour créer un événement littéraire. Autrement dit, ce n’est pas la lecture fascinante et profonde d’un livre, celui de madame Spingora,  qui nous pousse à ressusciter une vieille affaire, à la réactualiser, à la revivre avec elle…mais c’est l’ultra médiatisation d’un faux « scandale » qui doit pousser les gens à s’intéresser, à acheter le livre de Madame Spingora. C’est la société du Consentement au spectacle…au « scandale »….La bourgeoisie nous ennuie. Outrageusement ! Avec ses héros ! Ses bourreaux ! Sa morale ! Ses pudeurs ! Ses offenses ! Quand ça l’arrange….Mais ça nous gave ! 

Meilleurs vœux!

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