Que de temps perdu !
La réélection de Paul Biya ne faisait pourtant l’ombre d’aucun doute. Elle était objectivement et parfaitement prévisible. Hélas ! L’opposition, en réalité les oppositions, a refusé de voir les choses en face.
Elle a préféré laisser libre cours à ses vœux et fantasmes. Elle n’a guère voulu censurer ses rêves. Elle a cru, et elle continue de croire que faire de la politique consiste à faire rêver les masses malheureuses, pire, à rêver soi-même.
Maintenant qu’elle est sortie de son sommeil, elle a fait le frustrant constat que son rêve n’avait rien de prémonitoire. Elle a découvert l’horreur du réel, de la dure réalité. Elle crie à la fraude. Cri désespéré ! Soupirs agoniques ! Convulsions cérébrales !
Pourquoi participer à des élections dont on n’a aucune garantie de la bonne tenue ? On dirait que, l’opposition, comme la chèvre, broute là où elle est attachée. Depuis 36 ans, elle va aux élections, depuis 36 ans elle est mise en échec, depuis 36 ans elle se plaint de fraude. Elle n’offre aucune explication rationnelle à son extrême faiblesse, elle n’offre aucune analyse consistante de la société. Son dada : Le régime au pouvoir fraude. Sans cette fraude, l’opposition se voit victorieuse. Autrement dit, l’opposition compte sur son adversaire pour l’aider à arriver au pouvoir.
Le bilan du Parti au pouvoir est une catastrophe. Il crève les yeux et les cœurs. Là-dessus, il ne saurait y avoir de débat vivifiant. Tout débat portant sur le régime en place ou sur la personne de Biya est une perte de temps, débat sans intérêt. L’enjeu du Cameroun ce n’est pas le régime de Biya.
L’enjeu immédiat du Cameroun, ce sont ces millions de camerounais, qui côtoient misère, guerre, maladies, chômage, injustice, etc. Il s’agit de faire sortir le plus grand nombre du sous-sol de l’existence. Cet enjeu nous projette tout de suite dans une foultitude de questions théoriques et pratiques. Et surtout, il met en évidence le rôle indispensable des intellectuels. Voilà un mot sur lequel il faudra un jour faire le ménage.
La politique, en Afrique plus qu’ailleurs, doit être une relation stricte et permanente entre les intellectuels et les populations. L’intellectuel doit être la figure politique par excellence. Son lieu de prédilection ne peut plus être la seule Université dans un continent où près de la moitié de la population est dans l’extrême pauvreté. Un continent, objet des prédations les plus cyniques du capitalisme.
L’Université c’est très bien, on en a besoin. Il faut des mathématiciens, des physiciens, des ingénieurs, des philosophes, des médecins… à la pelle en Afrique. Cependant, il faudra sortir des Universités, des Colloques, des Séminaires et autres pour se lier et s’organiser avec les populations, les paysans, les jeunes débrouillards. Travail titanesque, oui, travail politique. On est là très loin des préoccupations électorales chères à nos oppositions.
Jusqu’ici, l’opposition en Afrique, a cru que sa mission fondamentale devait être la conquête du pouvoir Etat. Cette vision ne mène guère loin. Pour de tas raisons endogènes et exogènes. Et même dans les démocraties les plus avancées, les plus enviées, qu’on croit les plus vertueuses, la comédie de l’alternance commence à bien faire. L’exaspération se fait ressentir. Et on voit arriver au pouvoir des fascistes, des impérialistes, des gauchistes (non plus vraiment)…
Le bilan de l’opposition au Cameroun est, elle aussi, catastrophique. Sa compréhension des enjeux est restée au stade infantile, primaire, voir primitive de la situation à échelle du Cameroun, de l’Afrique, n’en parlons pas du monde.
Quelle démocratie peut-on espérer avec des populations minées par les maladies (choléra, paludisme…), des mercenaires armées, le chômage, les injustices…Quel peut-être le sens du vote dans un tel contexte ? Ceux qui se livrent, se passionnent à des compétitions électorales espèrent prospérer sur la misère de la masse. Les populations sont maintenues dans une profonde ignorance. Au nom de quoi veut-on les faire voter ? Leur choix peut-il est fondé sur autre chose que le voisinage ethnique, la corruption des élites, le ressentiment misérabiliste, l’aveuglement occidentale ?
Portait rapide de l’Afrique démocratique
Qu’il y ait alternance dans tel ou tel pays africain est une vulgaire chose qu’on ne saurait confondre avec le « pouvoir du peuple ». C’est d’ailleurs au nom de cette impuissance, ce non-pouvoir du peuple ou des peuples que, partout dans l’Afrique subsaharienne, il y autant de misère. Il ne doit échapper à personne que la première puissance économique en Afrique est aussi le dortoir de la plus grande misère du continent : le Nigéria. Quant au Sénégal, élève très sérieux de la démocratie, on peut se pencher sur l’état des populations, et on verra quelle baigne dans le même marécage que celles du Cameroun.
La démocratie, non en tant que dérisoire alternance, mais capacité d’autodétermination, et de décision en dernière instance du plus grand nombre sur des questions stratégiques, n’existe pas sur le continent. Le FMI, les multinationales, les Etats impérialistes et leur éparpillement militaire, la finance internationale ultra sophistiquée, le mesquin droit international rendent l’enjeu de l’alternance en Afrique un brin dérisoire. Dérisoire ou dangereux. Car, on ne compte plus les conflits post-électoraux en Afrique. Conflits ayant impacté considérablement et négativement les pays concernés. Conflits n’ayant soulevé aucune réflexion fondamentale. Conflits ayant retourné les populations contre elles-mêmes.
L’opposition au Cameroun n’ambitionne que remplacer Paul Biya. Et comme argument en sa faveur : la bonne gouvernance. C’est oublier que Paul Biya lui-même est arrivé au pouvoir en 1982 sous le signe : rigueur et moralisation. 36 ans après, d’autres ambitieux veulent nous resservir la même soupe.
Ce n'est pas les 36 ans de pouvoir de Biya qui sont le problème. C'est la situation réelle du Cameroun et des Camerounais, c'est ça le problème. A t-elle un lien avec les 36 ans de pouvoir? Oui et non. Et il faut penser avec ce oui et non, cette réponse ambiguë, si on veut aller loin.
La semaine dernière, pendant que le MRC (Mouvement pour la Renaissance du Cameroun) de Maurice Kamto continuait à s’affoler des résultats électoraux, six Etats membres de la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire des Etats de l’Afrique Centrale) étaient réunis dans un sommet extraordinaire à Ndjamena au Tchad avec le FMI. Il était probablement question de dévaluation et de mise en œuvre de toutes les mesures contenues dans les programmes économiques conclus avec le FMI. Quel est donc ce programme du FMI qui échappe aux camerounais ? A leur regard critique…à leurs observations démocratiques.
Voilà la démocratie en Afrique. Entre-tuer localement, pendant que nos chers bailleurs, nos chers partenaires font le travail, décident et pensent à notre place.
Ce qu’il ne faut pas faire
Dans les crises que traversent le Cameroun, notamment celle qui sévit dans le Nord-Ouest Sud-Ouest du Cameroun, certains esprits ont le mauvais génie de penser que le fédéralisme ou la régionalisation sont des solutions. Solutions à quoi ? La grande misère intellectuelle et matériel ordinaire des gens ? Il est évident que non. Le problème fondamental du Cameroun n’est pas sur la forme de l’Etat, qu’il s’agirait de reformer. L’Etat en Afrique, quelqu’en soit ses formes est un grand malade.
Il ne sert donc à rien de se payer les mots avec ces histoires de fédéralisme. Ceux qui parlent de fédéralisme par-ci, régionalisation par-là, sont dans des constructions et considérations abstraites.
Le fédéralisme a été la forme de l’Etat du Cameroun au début de son histoire. Sur un base purement linguistique, c'est-à-dire coloniale. Faut-il s’arc-bouter derrière les différentes formes de l’Etat ou doit-on, à partir de nos expériences concrètes et quotidiennes, tenter d’inventer des trajectoires nouvelles?
L'Etat fédéral ne règle pas les problèmes parce qu'il est fédéral...et l'Etat unitaire ne résout pas les problèmes parce qu'il est unitaire. La question du bien-être n'est pas une affaire de fédération. La justice, l'égalité, l'éducation, la santé......on en a besoin, autant à Debundscha qu'à Monatélé. Le débat autour du fédéralisme ou de la régionalisation est préoccupation totalement artificielle, qui cache une véritable détresse intellectuelle.
Pire, fédéralisme et régionalisme accentueront la conscience ethnique ou les particularismes ethniques, ils mettront un point d'honneur sur le mirage des identités. Nous avons déjà un Etat central boiteux, inutile de multiplier des Etats fédéraux boiteux.
Les réformes institutionnelles sont une préoccupation de la bonne et petite société d’instruits locaux, qui inondés des sciences administratives de l’Etat moderne occidentale, croient pouvoir panser et penser les plaies africaines, camerounaises. Il faut pour voir les choses à l'envers. A partir de la base. Les humanitaires qui pullulent sur le continent font à peu près ce job. Mais la solution est POLITIQUE, non humanitaire....c'est à dire qu'il faut se lier politiquement aux misérables populations, et non pas faire oeuvre de missionnaire catholique, humaniste, capitaliste.
Rapide conclusion
Comme dans le reste de l’Afrique subsaharienne, la population camerounaise est extrêmement jeune. Plus de la moitié a moins de 25 ans. La politique au XXIe siècle en Afrique doit se résumer à instruire, discipliner, organiser cette jeunesse….Il faut l’intéresser aux questions essentielles de ce monde. Il faudra détourner son regard des terrains de football et son oreille de la parole d’évangile.
Sans cela, l’Afrique continuera sa stérile agitation dans le bain décapant du capitalisme. Elle sera à l’image du Nigéria, îlot de millionnaires, océan de pauvres. Elle sera le paradis des inégalités, le tombeau de la dignité humaine, en un mot l’enfer.
Quant à ce qui se passe dans les régions dites anglophones au Cameroun, il faudra bien un jour, que les populations tranquilles des régions du Centre, Sud, Littoral, Ouest aillent lier leur destin à leurs compatriotes qui vivotent dans le Nord-Ouest et Sud-Ouest. Il faut faire bloc. Il faut pourchasser ces criminels qui se nichent dans les brousses, disposant de moyens archaïques, mais assez nuisibles pour rendre la vie impossible dans deux régions du Cameroun. On ne peut pas regarder des compatriotes devenir des réfugiés dans leur propre pays, sans que ces attaques ne soient vécues par tous comme une attaque personnelle. Il faut infliger à ces criminels une bonne et sévère leçon. On ne peut pas regarder la situation, s’indigner, accuser l’Etat et attendre que ce même Etat résolve le problème. Il faut que les plus valeureux de la société camerounaise, sous condition d'une sérieuse organisation et de discipline, s’engagent dans la lutte armée contre ces délinquants dont on saura un jour qui les ravitaille en armes, en drogue, en argent.
Les populations au Cameroun ne vivent pas dans le même espace- temps. Pendant que d’autres fuient la violence des mercenaires, pendant que d’autres souffrent de choléra, d’autres, passent le temps à parler des élections en essayant de se mirer devant les yeux communauté internationale. C'est dommage!