Les retraites : l’hypocrisie des nantis

Les réponses opposées par les nantis à la question des retraites sont formelles et elles ne répondent pas au fond des demandes sociales : elles visent à maintenir les inégalités sociales voire à les accentuer. Les récentes élucubrations de Madame Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, sont inquiétantes.

Effectivement si l’on prend le problème des retraites par le bout de la lorgnette, l’équation est mathématiquement intenable. Il y a plus de vieux et moins de (jeunes) salariés actifs.on crée ainsi un clivage générationnel en plus du clivage traditionnel entre classes sociales (classes de revenu).

Cette approche signifierait que les plus riches, les grands actionnaires des sociétés du CAC40 n’ont aucun souci à se faire pour leurs veux jours et que les « pauvres » qui auront travaillé dur toute leur vie, enchaînant CDD et chômage imposé par le marché du travail, devront vivre une vieillesse dans la misère… et éventuellement la charité avare et parcimonieuse de l’État et des capitalistes humanistes. Cela signifie que la collectivité nationale ne supporte pas la responsabilité de la qualité de vie et de la longévité de ses anciens de faible revenu : ouvriers, employés, paysans, etc.

La réalité est tout autre : poser le problème des retraites en termes de cotisation individuelles ou de solidarité des jeunes générations envers les aînées est un biais. Un biais malhonnête. C’est une approche technique adoptée dans les années 30 pour régler le problème des retraites. La structure démographique du pays a changé, il faut revoir la question sans baisser le niveau de vie des bénéficiaires ni leur longévité (assistance médicale, prise en charge de la dépendance vieillesse).

Comment ?

Si l’on veut continuer à traiter le problème par le biais des cotisations individuelles, il faudrait alors augmenter les salaires dans un telle proportion que les gens pourront à la fois vivre décemment et en même temps cotiser suffisamment pour une retraite normale : un peu à l’image de ce qui se passe pour les citoyens les plus aisés disposant d’une garantie d’emploi toute la vie et de revenus du travail et de dividendes confortables.

Or la situation institutionnelle et juridique du marché du travail tel qu’il se présente actuellement ne permet pas de garantir ces deux conditions : travail disponible et niveau de salaires suffisants.

Il faut donc passer au financement des retraites et des emplois non plus à partir des cotisations individuelles, mais à partir des plus-values dégagées par toutes les entreprises du pays et par toutes les opérations financières.

Et j’entends déjà les spécialistes en économie crier : « mais cela va tuer la compétitivité de l’économie française ! ».

Rassurez-vous, ce n’est pas le but de cette approche. Au contraire. Mettons même que l’on réduise l’imposition des entreprises à zéro en améliorant légèrement les salaires tels qu’ils sont aujourd’hui. Là, notre économie devient totalement compétitive, n’est-ce pas ?

Mais, les plus-values dégagées par toute l’économie (en plus des réserves pour investissement-recherche-développement-croissance) seront versées à l’État. Il faut que tous les revenus des entreprises françaises soient pris en compte pour leurs établissements en France et à l’étranger (participations partielles ou filiales). Les cadres auront leur salaire de cadre, les simples salariés auront leur salaire de salarié.

Finançons l’État par un impôt sur le revenu individuel universel de solidarité nationale qui exclut TOTALEMENT la fraude fiscale au moyen d’un service administratif bien équipé en hommes et en moyens techniques. Tous les salaires et revenus doivent être publics de façon à empêcher les contournements par complicités au sein du système.

Dans ce cas de figure, l’État aura pour devoir de répartir équitablement et en toute transparence la richesse de TOUTE l’économie française entre TOUS les Français.

En effet, la solidarité nationale doit s’appuyer sur toute la richesse du pays et elle doit être répartie équitablement, en toute transparence entre toutes les catégories sociales et démographiques du pays.

Le chômage n’est pas la faute des chômeurs ; s’il y a des fraudeurs pour le chômage ou le Fisc, il faut les pourchasser et les punir aussi vigoureusement, les uns comme les autres. La baisse démographique n’est la faute de personne ; elle ne doit pas pénaliser plus spécifiquement les pauvres gens dans un pays où l’on trouve encore beaucoup trop de milliardaires fraudeurs.

Si des gens sont riches, c’est sûrement grâce à leur esprit d’entreprise, mais aussi grâce à un système juridique qui leur a permis d’accumuler ces richesses plus ou moins légalement (lire et relire Piketti). Or :

  • Qui leur a offert ces lois favorables ?
  • Le peuple me dira-t-on.
  • Alors disons que le peuple souverain a le droit de reconsidérer des lois qui ne produisent plus à la fois la vivacité de l’économie et la solidarité nationale.

En conclusion, la nécessité d’augmenter l’âge de la retraite ou de baisser la qualité des soins ou encore la prise en charge de la dépendance n’est pas une fatalité.

D’ailleurs, les plus aisés travaillent le nombre d’heures hebdomadaires qu’ils veulent, ils peuvent cesser de travailler à l’âge qu’ils veulent, ils ne sont pas astreints aux difficultés réservées aux pauvres gens qui sont le sang et l’énergie de notre société qui vivent mal, qui doivent travailler plus d’années, qui sont de plus en plus mal soignées et qui ont une fin de vie dans des conditions inhumaines.

Voilà une proposition en total accord avec notre devise – liberté égalité fraternité – et avec les lois de l’économie, mais qui fera pousser des cris d’orfraie aux nantis parce qu’elle suppose transparence et solidarité effectives.

 

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