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Billet de blog 2 avr. 2020

Confinement

Et lentement, avec une lenteur qui prendra peut être encore un temps infini, nous devinons le point d’arrivée, nous commençons à en apercevoir les contours : le jour où nous pourrons à nouveau happer le soleil à pleins poumons.

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Voici plus de deux semaines que nous avons démarré cet étrange voyage qu’est le confinement, un périple que nous n’avions jamais imaginé, dont nous ne savons pas quelle est la destination et dont nous ne connaissons pas la durée. Nous sommes des explorateurs mais qui ne savent pas réellement ce qu’ils cherchent ni ce qu’ils vont trouver.
Une traversée immobile a débuté où ce qui était habituel est devenu lointain et flou : prendre les transports, manger aux restaurant, faire une bise, flâner, rentrer dans un magasin, voir des amis.
Une traversée immobile où des gestes neufs nous saisissent à la gorge comme dans un film d’angoisse dont nous serions les acteurs : regarder longuement le mur blanc du salon, faire le tour de pâté de maison en trottinant, s’écarter précipitamment quand quelqu’un nous croise sur le trottoir, écouter des litanies de chiffres macabres en guettant des signes. Et puis cette appréhension neuve, comme une araignée tapie au fond de notre gorge, quand nous demandons « ça va ? » à nos proches, et que nous savons que la réponse ne sera pas simplement formelle.
Nous imaginons aussi de nouveaux rituels, ceux d’une tribu qui s’invente. Nous passons nos journées en tête en tête avec nos écrans, que nous chérissons et haïssons dans un même mouvement. Tous les soirs nous applaudissons des gens que nous ne connaissons pas, en espérant pourtant ne jamais les voir. Nous avons appris à nous laver les mains, frénétiquement, jusqu’à sentir notre peau rêche et labyrinthique. Nous trinquons à distance, alors que jusqu’à présent cela voulait dire nous toucher, faire tinter nos verres, sentir les éclats de rire effleurer nos visages, abolir justement les distances. Nous remplissons des formulaires absurdes pour faire nos courses, en essayant pouvoir les réutiliser au maximum. Nous perdons la notion des jours et des vacances, mais nous notons avec étonnement l’arrivée du printemps en comptant les feuilles des arbres qui sont notre horizon.
Parfois nous pensons à ceux qui n’ont pas nos chances ; ceux qui vivent dehors, encore plus délaissés qu’à l’ordinaire, et qu’on imagine silhouettes fantômes dans des villes désertées par le bruit et l’agitation ; ceux qui sont toujours enfermés et dont on saisit, pour une fois et de façon si atténuée, la difficulté à vivre entre les parois nues d’une absence de ciel ; ceux qui sont seuls, coincés dans la répétition de leurs silences et la monotonie des repas froids ; ceux qui sont malades, dont les poumons ne se contractent plus et pour lesquels la douleur est une figure familière.
A d’autres moments nous cherchons à nous évader, et les pensées se bousculent, fleurs qui éclosent dans nos boîtes crâniennes ; images d’ailleurs dont aucune carte postale ne peut rendre la beauté, amis et familles réunis dans d’immenses banquets où chacun s’étreint, brassées de fleurs qui embaument et dans lesquelles on plonge nos lèvres fatiguées par le vent salé, foules où personne n’a peur, emportées par les gigues du carnaval, les musiques des fêtes, les embrassades des nuits tièdes.
Oui le voyage se poursuit, chaque jour entraînant le suivant, où nous découvrons de nouvelles jungles intérieures et des terres fertiles, des îles sans nom et des territoires que nous baptisons. Et lentement, avec une lenteur qui prendra peut être encore un temps infini, nous devinons le point d’arrivée, nous commençons à en apercevoir les contours : le jour où nous pourrons à nouveau happer le soleil à pleins poumons.

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