Chem Assayag
Nombreuses activités d'écriture, photo...
Abonné·e de Mediapart

86 Billets

1 Éditions

Billet de blog 23 mars 2020

Un point personnel sur la situation du Covid-19

Comme beaucoup d’entre nous j’essaye de m’informer du mieux possible sur la crise du Covid-19, voilà ma vision avec de nombreux liens.

Chem Assayag
Nombreuses activités d'écriture, photo...
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Article écrit le 22 mars au soir.

Comme beaucoup d’entre nous j’essaye de m’informer du mieux possible sur la crise du Covid-19, simplement en tant que citoyen, et en tant qu’être humain inquiet pour lui et ses proches et plus largement pour nous tous. Je ne suis pas médecin, épidémiologiste ou statisticien, donc non seulement mes opinions n’engagent que moi mais elles sont bien entendu discutables. En revanche il me semble intéressant de partager des informations, lorsqu’elles sont fiables et consultables, et à partir de là d’essayer de donner un panorama de la situation telle que je la perçois.

1)    Quelques chiffres globaux

Je vais commencer par remettre en perspective les chiffres de l’épidémie (pour la France) dans le cadre général de la mortalité dans notre pays. Bien entendu à titre individuel chaque malade grave ou chaque décès est un drame, et les chiffres pourront paraître d’une aride froideur, mais ici il s’agit d’aborder les chiffres de l’épidémie au niveau collectif. Au moment où chaque soir le Professeur Salomon déroule la litanie sinistre des chiffres de l’épidémie cela me semble utile.

La plupart des chiffres que je vais utiliser ici sont tirés de l’article Wikipedia sur la mortalité en France, article qui est très précis et indique ses sources. En 2018 il y a eu 609 648 morts en France, et selon les chiffres provisoires de l’INSEE 612 000 morts en 2019. On peut constater des variations significatives au cours des dernières années puisque en 2016 le chiffre était de 593 865, donc quasiment 20 000 morts de moins qu’en 2019. Sans tenir compte des variations de mortalité au cours d’une année cela représente donc 1670 décès quotidiens. Quand on annonce 112 morts dus au Covd-19 le 22 mars cela représente donc « moins » de 7% du total quotidien. On comprend bien que la question à ce stade est donc notre capacité à gérer des pics de mortalité qui peuvent saturer nos systèmes de santé (pas assez de lits de réanimation, de ventilateurs) sur une période brève, d’où les stratégies de lissage de l’épidémie. Avec le coronavirus c’est cela pour l’instant le problème le plus critique.

Pour encore situer des ordres de grandeur, en Chine il y a 11 millions de morts par an, et si on croit les chiffres officiels fournis par les chinois on constate 3285 morts de l’épidémie à date et cela représente donc 0,0298% du total annuel. Effet paradoxal de l’épidémie des chercheurs norvégiens pensent même que la réduction de la pollution entraînée par la baisse importante de l’activité économique en Chine va sauver plusieurs dizaines de milliers de vies.

Pour revenir à la France une étude de chercheurs rouennais qui intègre l’impact du sous-équipement en lits de réanimation de nos hôpitaux, arrive dans ses projections pessimistes – R0 de 3 notamment, c’est à dire l’hypothèse haute de contagiosité du virus – à 11 000 morts mi avril. Si nous réussissons à contenir la pandémie avec les mesures qui ont été prises, notamment en matière de confinement, on peut donc « espérer » que la mortalité qu’elle provoquera restera à des niveaux correspondant à des niveaux de variation annuels « classiques ».

Ici certains penseront que je suis « optimiste », mais en ces temps où nous avons tendance à voir tout en noir, essayons aussi de distinguer les données qui peuvent inciter à être plus confiants.

2)    Le taux de létalité reste un sujet crucial

Dans un article publié ici-même j’évoquais l’importance de bien définir le taux de létalité. Il reste extrêmement variable selon les pays et dans des proportions très significatives. Au 22 mars l’Italie est à plus de 9% de taux de létalité, tandis que l’Allemagne, malgré un nombre de cas importants désormais, est à 0,3%, soit 30 fois moins. Pour les deux pays – taux extrêmement élevé en Italie et très bas en Allemagne – aucune explication définitive n’est admise. Le nombre de tests pratiqués – et l’état de santé de ceux sur lesquels on les pratique, ainsi que leur âge – est bien sûr un élément clé, de même que le nombre de lits de réanimation disponibles mais cela ne semble pas tout expliquer. Plus intrigant encore est le taux constaté en Lombardie – dont on nous a expliqué à plusieurs reprises que c’était une région avec un très bon système de santé – qui atteint des niveaux terriblement inquiétants avec 3456 morts pour 27206 cas, soit près de 13% de taux de létalité !!!

Pour rappel le cas du bateau de croisière Diamond Princess est considéré comme un modèle expérimental pour estimer le taux de létalité, puisqu’on a pu identifier tous les cas positifs sur le bateau – sur une population a priori plutôt à risque car plus âgée – et compter tous les décès. Au final le taux de létalité était de 1,2% sur le bateau. On peut penser que ce taux est une borne haute pour évaluer la dangerosité du virus. 

3)    Quelle est la bonne stratégie ? 

Alors que la France est en confinement depuis 5 jours, comme désormais de nombreux pays européens, il y a un débat sur la bonne stratégie pour éviter la propagation du virus et limiter son impact sur les systèmes de soins et les populations. Si on regarde les chiffres il semble évident que les pays asiatiques (Chine, Corée du Sud, Japon, Taiwan, Singapour) ont réussi pour l’instant à contenir l’épidémie bien mieux que les pays européens, et ce, à part pour la Chine, en évitant une stratégie de confinement.

Dans ces pays on trouve des constantes :

-      utilisation massive des masques y compris à titre individuel, ce qui permet notamment aux personnes asymptomatiques, qui sont sans doute nombreuses, de ne pas contaminer les autres,

-      traçage strict des personnes contaminées et des cas contacts, avec isolement à la clé de ces personnes,

-      plan de lutte contre l’épidémie déjà prêt avec un très bon niveau d’information des populations – on a retenu les leçons des crises du SRAS,

-      dépistage massif – notamment en Corée.

Le maitre mot semble donc la préparation, et le triste épisode des stocks de masques en France, montre a contrario combien nous n’étions pas préparés.

Dans ce tableau on peut considérer que la Chine, qui elle a pris des mesures de confinement drastiques, a perdu un temps très précieux au début de l’épidémie en voulant la minimiser et en faisant taire les lanceurs d’alerte. Il a fallu ensuite mettre en oeuvre des mesures extrêmement strictes pour endiguer l’épidémie car du temps précieux avait été perdu au démarrage.

4)    Une mortalité qui semble toucher les plus faibles

On a eu confirmation par différentes sources de la mortalité quasi-nulle du CoviD19 pour les plus jeunes (moins de 20 ans) ; c’est une bonne nouvelle.

Symétriquement il y a une surreprésentation très forte des personnes âgées (87% de plus de 70 ans en France en milieu hospitalier), même si des formes graves peuvent toucher des personnes entre 30 et 60 ans. Une étude italienne de l’ Instituto Superiore di Sanita indique même un âge moyen des personnes décédées de 80,5 ans avec une surreprésentation importante des hommes. Les causes de comorbidité sont quasiment toujours présentes : diabète, pathologie cardiaques, hypertension.

En résumé les formes les plus sévères du CoviD19 touchent surtout des hommes âgés déjà malades. Cela pourrait indiquer quelles sont les pistes pour la stratégie de test à grande échelle, notamment pour éviter un rebond de la maladie : tester massivement et en priorité les personnes âgées, par exemple à partir de 60 ans, déjà affaiblies, et leur entourage – pour éviter toute contamination. De même il faudrait appliquer des mesures strictes de protection de ces personnes (gestes barrières ET masques).

5)    Un médicament et une controverse

Depuis plusieurs jours et cette vidéo, le professeur Raoult a fait une irruption fracassante dans le débat public. Raoult n’est pas n’importe qui : il est le patron de l’Institut Mediterranée Infection, un grand équipement médical à Marseille spécialisé dans l’étude des maladies infectieuses, membre du conseil scientifique mis en place par le gouvernement, infectiologue réputé – il est grand prix de l’Inserm en 2010 – mais controversé. Il n’a manifestement pas que des amis dans le monde médical et politique.

Raoult et ses équipes prétendent que l’association de deux molécules l’hydroxychloroquine et l’azithromycin, permet de faire baisser la charge virale du Covid19 très vite et de façon spectaculaire, notamment sur des cas avec des symptômes légers, conduisant concrètement à une disparition du virus dans le corps des patients. L’hydroxychloroquine  est une molécule très bien connue car utilisée depuis longtemps dans le traitement de nombreuses maladies dont la polyarthrite et le lupus, tandis que le azithromycin  est un antibiotique utilisé pour traiter les pathologies des bronches. Par ailleurs ces deux molécules sont bon marché ce qui est important pour traiter les patients à grande échelle. Ce que propose le Pr Raoult c’est de faire du « repositioning » c’est à dire d’utiliser des molécules bien connues mais pour traiter de nouvelles pathologies. Cela économise du temps et de l’argent ! par rapport à la recherche de nouveaux traitements.

Raoult et ses équipes ont publié un article scientifique mais avec un protocole qui ne répond clairement pas aux canons habituels des études de ce type. Une bonne partie de la communauté scientifique conteste donc les résultats et parle d’effets d’annonces. Par exemple le pharmacologue Jean-François Bergmann, professeur de thérapeutique, déclare « C’est croire à quelque chose d’hypothétique. Si en médecine, on commence à croire aux hypothèses de X ou Y, tout intelligents ou géniaux qu’ils soient, on va faire des bêtises ».

Mais sous la pression d’une partie du corps médical et la stratégie médiatique habile de Raoult, le Ministre de la Santé Olivier Veran a finalement décidé de lancer immédiatement un essai plus classique et à plus grande échelle, tandis que Donald Trump y allait de son tweet habituel « YDROXYCHLOROQUINE & AZITHROMYCIN, taken together, have a real chance to be one of the biggest game changers in the history of medicine », et que des hôpitaux américains lançaient aussi des tests sur ces molécules.

Ici deux approches s’affrontent: dans une situation de crise aller plus vite et plus fort, en prenant des raccourcis et des risques – désormais l’IHU propose de traiter qui le souhaite ! – ou alors privilégier le temps de la science en validant toutes les hypothèses pour confirmer l’efficacité du traitement, définir les modes d’administration et de posologie et bien sûr identifier les effets secondaires et les contre-indications. Chacun en tout cas a les éléments pour se faire une idée.

Dans tous les cas si ce traitement confirme son efficacité ça serait la première très bonne nouvelle depuis de nombreuses semaines.

http://neotopia2017.blogspot.com/

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Défense
Néonazis dans l’armée : l’insupportable laisser-faire du ministère
Un militaire néonazi, dont le cas avait été évoqué il y a huit mois par Mediapart, a été interpellé en novembre par des douaniers. L’armée, elle, ne l’avait sanctionné que de vingt jours d’arrêts. Ce cas pose une nouvelle fois la question de la grande tolérance de l’institution vis-à-vis de militaires fascinés par le Troisième Reich. D'autant que Mediapart a encore découvert de nouveaux cas.
par Sébastien Bourdon et Matthieu Suc
Journal — Gauche(s)
Union des gauches : Hidalgo et Montebourg tentent de rebattre les cartes
La candidate du PS et le candidat de la Remontada à la présidentielle ont appelé, dans la journée, à une candidature commune à gauche, en offrant de se retirer. Les pressions en faveur de l’union ainsi que les mauvais sondages expliquent aussi ce retournement. 
par Mathieu Dejean et Pauline Graulle
Journal — Droite
À droite, mais à quel point ? Valérie Pécresse sommée de placer le curseur
La candidate LR à l’élection présidentielle est confrontée à une double injonction : retenir les électeurs d’Éric Ciotti, tentés par un basculement à l’extrême droite, sans rebuter pour de bon la droite « modérée » qu’embrasse Emmanuel Macron. Le premier défi de sa campagne. Et le principal ?
par Ilyes Ramdani
Journal
Condamné par la justice, le ministre Alain Griset quitte le gouvernement
Le ministre délégué chargé des PME a démissionné, mercredi, après avoir été condamné à six mois de prison avec sursis et trois ans d’inéligibilité avec sursis pour avoir menti dans sa déclaration de patrimoine et d’intérêts. Emmanuel Macron lui avait maintenu sa confiance, malgré des éléments accablants. Alain Griset a fait appel de cette décision.
par Sarah Brethes et Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
Abolir les mythes du capital
Ces derniers jours au sein de l'Éducation Nationale sont à l'image des précédents, mais aussi à celle du reste de la société. En continuant de subir et de croire aux mythes qui nous sont servis nous nous transformons inexorablement en monstres prêts à accepter le pire. Que pouvons-nous faire pour retrouver la puissance et l'humanité perdues ?
par Jadran Svrdlin
Billet de blog
Remettre l’école au milieu de la République
Parce qu'elle est centrale dans nos vies, l'école devrait être au centre de la campagne 2022. Pourtant les seuls qui en parlent sont les réactionnaires qui rêvent d'une éducation militarisée. Il est urgent de faire de l'école le coeur du projet de la gauche écologique et sociale. Il est urgent de remettre l'école au coeur de la Nation et de la République.
par edouard gaudot
Billet de blog
Dépense moyenne par élève et étudiant : quand un élève en « vaut » deux
Les choix de dépense publique illustrent une politique : on dépense pour un.e élève de classe prépa plus que pour une écolière et un collégien réunis. Vous avez dit « égalité des chances » ?
par Jean-Pierre Veran
Billet de blog
Au secours ! le distanciel revient…
Le spectre du distanciel hante l'Europe... Mais en a-t-on dressé le bilan ? Les voix des « experts » (en technologies numériques, plutôt qu'en pédagogie) continuent de se faire bruyamment entendre, peut-être pour couvrir la parole des enseignant-e-s... et des élèves.
par Julien Cueille