Crainte de l’islam : Voltaire répond à Onfray

Dans un tout petit article paru le 18 mai 2020 sur Causeur et qui a suscité 15 000 partages M. Onfray, qui se dit philosophe, répond à une question posée par une journaliste qui a un blog ici sur Mediapart. A une question d’Aurore Van Opstal, Onfray comparant les trois religions monothéistes affirme péremptoire : « en revanche l’islam ... est en effet plus à craindre.» (1).

Dans un tout petit article paru le 18 mai 2020 sur Causeur et qui a suscité 15 000 partages M. Onfray, qui se dit philosophe, répond à une question posée par une journaliste qui a un blog ici sur Mediapart. A une question d’Aurore Van Opstal, Onfray nous affirme péremptoire :

« Le judaïsme ne cherche pas à convertir, il me va donc très bien ; le christianisme cherchait à convertir mais il n’en a plus les moyens, donc il me convient ; en revanche l’islam revendique clairement l’universalisation de sa doctrine et, comme je suis concerné et que je ne suis pas antisémite, homophobe, misogyne, phallocrate, belliciste – des « valeurs » selon nombre de sourates du Coran, il est en effet plus à craindre.» (1). 

Non seulement l’islam n’est pas plus antisémite, homophobe ou belliciste que la Bible mais il n’est pas non plus « misogyne ou phallocrate » que les Evangiles. Voici un texte de Voltaire qui répond à Onfray sur ces derniers points. Il s’agit d’un dialogue entre Mme la maréchale de Grancey et l’abbé de Châteauneuf. On peut remplacer Mme la maréchale par Onfray car elle pose les mêmes questions que celui qui vient de lancer le 18 juin (utilisation abusive de la date de l’appel de Londres du général de Gaulle) une revue au titre mal inspiré « Front Populaire ». 

FEMMES, SOYEZ SOUMISES À VOS MARIS (Volaire)

L’abbé de Châteauneuf me contait un jour que Mme la maréchale de Grancey était fort impérieuse ; elle avait d’ailleurs de très-grandes qualités. Sa plus grande fierté consistait à se respecter soi-même, à ne rien faire dont elle pût rougir en secret ; elle ne s’abaissa jamais à dire un mensonge : elle aimait mieux avouer une vérité dangereuse que d’user d’une dissimulation utile ; elle disait que la dissimulation marque toujours de la timidité. ...

L’abbé de Châteauneuf la rencontra un jour toute rouge de colère. « Qu’avez-vous donc, madame? » lui dit-il.

— J’ai ouvert par hasard, répondit-elle, un livre qui traînait dans mon cabinet ; c’est, je crois, quelque recueil de lettres ; j’y ai vu ces paroles (2) : Femmes, soyez soumises à vos maris ; j’ai jeté le livre.

— Comment, madame ! Savez-vous bien que ce sont les Épîtres de saint Paul ?

— Il ne m’importe de qui elles sont ; l’auteur est très-impoli. Jamais Monsieur le maréchal ne m’a écrit dans ce style ; je suis persuadée que votre saint Paul était un homme très-difficile à vivre. Était-il marié ? 

— Oui, madame. 

— Il fallait que sa femme fût une bien bonne créature : si j’avais été la femme d’un pareil homme, je lui aurais fait voir du pays. Soyez soumises à vos maris ! Encore s’il s’était contenté de dire : Soyez douces, complaisantes, attentives, économes, je dirais : Voilà un homme qui sait vivre ; et pourquoi soumises, s’il vous plaît ? ...

L’abbé de Châteauneuf, qui était fort poli, n’eut garde de contredire madame la maréchale.

« À propos, dit-elle, est-il vrai que Mahomet avait pour nous tant de mépris qu’il prétendait que nous n’étions pas dignes d’entrer en paradis, et que nous ne serions admises qu’à l’entrée ?

— En ce cas, dit l’abbé, les hommes se tiendront toujours à la porte ; mais consolez-vous, il n’y a pas un mot de vrai dans tout ce qu’on dit ici de la religion mahométane. Nos moines ignorants et méchants nous ont bien trompés, comme le dit mon frère, qui a été douze ans ambassadeur à la Porte. 

— Quoi ! il n’est pas vrai, monsieur, que Mahomet ait inventé la pluralité des femmes pour mieux s’attacher les hommes ? Il n’est pas vrai que nous soyons esclaves en Turquie, et qu’il nous soit défendu de prier Dieu dans une mosquée ? 

Pas un mot de tout cela, madame ; Mahomet, loin d’avoir imaginé la polygamie, l’a réprimée et restreinte. Le sage Salomon possédait sept cents épouses. Mahomet a réduit ce nombre à quatre seulement. Mesdames iront en paradis tout comme messieurs, et sans doute on y fera l’amour, mais d’une autre manière qu’on ne le fait ici : car vous sentez bien que nous ne connaissons l’amour dans ce monde que très-imparfaitement. 

— Hélas ! vous avez raison, dit la maréchale : l’homme est bien peu de chose. Mais, dites-moi; votre Mahomet a-t-il ordonné que les femmes fussent soumises à leurs maris ? 

Non, madame, cela ne se trouve point dans l’Alcoran.

— Pourquoi donc sont-elles esclaves en Turquie? 

Elles ne sont point esclaves, elles ont leurs biens, elles peuvent tester, elles peuvent demander un divorce dans l’occasion ; elles vont à la mosquée à leurs heures, et à leurs rendez-vous à d’autres heures : on les voit dans les rues avec leurs voiles sur le nez, comme vous aviez votre masque il y a quelques années. Il est vrai qu’elles ne paraissent ni à l’Opéra ni à la comédie ; mais c’est parce qu’il n’y en a point. Doutez-vous que si jamais dans Constantinople, qui est la patrie d’Orphée, il y avait un Opéra, les dames turques ne remplissent les premières loges ? 

— Femmes, soyez soumises à vos maris ! disait toujours la maréchale entre ses dents. Ce Paul était bien brutal. 

— Il était un peu dur, repartit l’abbé, et il aimait fort à être le maître : il traita du haut en bas saint Pierre, qui était un assez bonhomme. D’ailleurs, il ne faut pas prendre au pied de la lettre tout ce qu’il dit. On lui reproche d’avoir eu beaucoup de penchant pour le jansénisme.

Je me doutais bien que c’était un hérétique, dit la maréchale ; » et elle se remit à sa toilette.

Ainsi M. Onfray devrait aussi « se remettre à sa toilette » et méditer ce texte de Voltaire. Le chantre de la tolérance considérait les 5 premiers versets du chapitre II du Coran comme « sublimes » car, selon le philosophe des Lumières, tout le credo de l’islam s’y trouverait. Les voici selon la traduction de Denise Masson :

Au nom de Dieu : celui qui fait miséricordieux, le Miséricordieux 

1- A. L. M

2- Voici le livre ! Il ne renferme aucun doute ; il est une direction pour ceux qui craignent Dieu ;

3- ceux qui croient au Mystère ; ceux qui s’acquittent de la prière ; ceux qui font l’aumône avec les biens que Nous leur avons accordés ;

4- ceux qui croient à ce qui t’a été révélé et à ce qui a été révélé avant toi ; ceux qui croient fermement à la vie future. 

5- Voilà ceux qui suivent une voie indiquée par leur Seigneur ; voilà ceux qui sont heureux !

Selon Alain Rufino « L’intelligence c’est la chance et la valeur de l’homme » mais quand elle sert l’honnêteté intellectuelle non des élucubrations fantaisistes et la surenchère de thèses extrémistes. 

  1. https://www.causeur.fr/michel-onfray-islam-atheisme-17689
  2. Aux Éphésiens, v, 22 ; aux Colossiens, iii, 18

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.