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Billet de blog 3 oct. 2020

RIMBAUD et VERLAINE : ni homosexualité, ni Panthéon

Une pétition intitulée "Pour l'entrée au Panthéon d'Arthur Rimbaud et Paul Verlaine" a été signée par d'anciens ministres de la culture ainsi que l'actuelle et par d'autres anciens membres de gouvernements, des politiques, des écrivains, des juristes, ...*. Dans le texte on lit : "Ils durent endurer « l’homophobie »...". Homosexualité ? Les deux "poètes maudits" l’ont toujours niée.

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Début septembre, est apparue une pétition intitulée "Pour l'entrée au Panthéon d'Arthur Rimbaud et Paul Verlaine". Elle a été signée par d'anciens ministres de la culture ainsi que l'actuelle et par divers autres anciens membres de gouvernements de droite ou de gauche, des politiques, des écrivains, des juristes, des gens du monde du cinéma et de la télévision, ...*. Dans le texte on lit : "Ils sont aussi deux symboles de la diversité. Ils durent endurer « l’homophobie » implacable de leur époque.". Homosexualité ? Les deux "poètes maudits" l’ont toujours niée comme on le verra plus loin aidés de nombreuses biographies qui leur sont consacrées. D’autre part, la pétition appelle à "célébrer aujourd’hui leur mémoire en les faisant entrer conjointement au Panthéon". Pourquoi "conjointement" alors que leur séparation avec pertes et fracas fut irrémédiable surtout de la part de Rimbaud qui finira par accomplir son rêve d’adolescent celui d'aller vivre en Orient « la sagesse première et éternelle ». Ce génie de la littérature passera les dix dernières années de sa vie en milieu musulman sur les bords de la Mer Rouge vêtu parfois de tuniques locales et parlant avec une facilité prodigieuse l’arabe et les dialectes locaux.  

Les signataires évoquent 4 raisons principales :

1) -littéraire : ce qui est incontestable.

2) -politique : on ne connait rien d'un engagement avéré de leur part. Leur participation à la Commune est sujette à discussion car il n'y a rien de probant sauf des relations avec les communards réfugiés à Londres ce qui fera d'ailleurs l'objet d'un fichage grâce à des indicateurs infiltrés. Que des poèmes ou des expressions furent utilisés beaucoup plus tard pour justifier des actions politiques ils n'autorisent pas cette raison.

3) -morale : c'est au sujet des conditions dans lesquelles se trouveraient leurs sépultures avec cette interrogation : "Est-ce ainsi que la France honore ses plus grands poètes ?". Pourtant, il n'y a rien de choquant. Ils sont enterrés au milieu de gens du peuple ce qui contribue bien plus à leur grandeur. Précision : en 1900 les restes de Rimbaud décédé en 1891 avaient été exhumés par sa mère pour remettre en ordre le caveau familial. 120 ans après on ne va pas recommencer !

4) -judiciaire : il est noté que lors du procès de Verlaine qui, ivre, avait tiré sur Rimbaud le 10 juillet 1873 : "les archives prouvent désormais qu’il fut lié à son rôle dans la Commune et à son homosexualité.". Son « rôle dans la Commune » fut ambigu car il se terrait chez lui selon le témoignage de sa femme Mathilde. Par contre, il a bien été trouvé par la police une lettre de Verlaine écrite à un chef communard à Londres mais pour c’était avoir des nouvelles de Rimbaud et rien d'autre. Quant à « son homosexualité » il s'agit d'une fiche de renseignement française (pas très fiable et reprise par la police belge) qui évoque « Une liaison d’une étrange nature » des deux compères sans autre précision. Là aussi rien de probant d'autant que les deux libertaires ne l'ont jamais revendiquée bien au contraire. 

On a appris que suite à cette pétition il y a eu une contre pétition qui en appelle au « Président et aux enfants des Ardennes ». De son côté la famille de Rimbaud a manifesté son opposition en la personne de Jacqueline Tessier-Rimbaud. Elle refuse de voir le nom de son arrière-grand-oncle, Arthur Rimbaud, associé à celui de Paul Verlaine et conteste la référence réductrice à l'homosexualité des deux poètes. Pour cette descendante de l'auteur du "Bateau ivre" : " Pour ma famille c’est perturbant ? Ce qui me dérange, c’est le mot homosexualité. C’est quelque chose qui n’est pas en Rimbaud lui-même.".

L'homosexualité supposée 

Il n'est pas faux pour la famille de Rimbaud de réfuter le qualificatif « homosexuel » donné souvent au poète dont on dit abusivement et sans preuve qu’il serait « l’amant » de son compagnon Verlaine. Comme en 2016 lors de la vente aux enchères chez Christie’s du « révolver » de Verlaine dont on lie injustement le coup de feu à « la passion amoureuse entre les deux poètes ». Or, nous savons très bien que cette arme avait été achetée par Verlaine en raison du chantage qu’il avait fait à sa femme de revenir au foyer sinon il se suiciderait. On détourne une réalité juste pour justifier une liaison prétendument amoureuse que rien ne confirme et toujours réfutée par les concernés.

Dans son livre « Rimbaud » Pierre Petitfils rapporte que Verlaine et Rimbaud avaient eu une réaction violente à Londres lorsqu’ils avaient appris l’existence d’une rumeur qui commençait à circuler chez les exilés de la Commune et qui se manifestait par « des ragots, sourires, sous-entendus concernant cette liaison ». Cette médisance selon les concernés rejoignait l’accusation de la famille Mauté de l’épouse de Verlaine en procès pour séparation. Refusant le « déshonneur » les deux amis vont réagir auprès de leurs relations. Verlaine en était catastrophé par rapport au procès intenté par sa femme. C'est ainsi qu'on apprend toujours par Petitfils que « selon M. Underwood, (livre Rimbaud et l’Angletrre) qui le tenait directement de Camille Barrère, il (Verlaine) alla trouver ce dernier pour se disculper. « On m’accuse d’être pédéraste, mais je ne suis pas ! ». » Les pétitionnaires en faveur du transfert au Panthéon des cendres des deux poètes évoquent la condamnation de l’écrivain irlandais Oscar Wilde né en 1854 la même année que Rimbaud. Mais c'était à la fin du XIX ème siècle dans une société puritaine qui rejetait violemment l’homosexualité vue comme « une perversion sexuelle » et « une maladie mentale ». En France la dépénalisation de l’homosexualité ne date que de 1982. 

Lors de l'enquête judiciaire en Belgique après le coup de feu de Verlaine sur Rimbaud les deux protagonistes interrogés séparément sur la nature de leur relation nieront farouchement ce que l’on qualifiait à leur époque de « vice contre nature » selon le dictionnaire le Littré de 1872. Jusqu’au procès de Bruxelles cette position de négation faite par Verlaine et Rimbaud ne changera pas. Dans sa déposition du 12 juillet 1873 devant les juges sur l’incident du coup de feu, Arthur Rimbaud, qui n'a pas encore 19 ans, fait l’historique de sa rencontre et de sa relation avec Verlaine et des déboires de ce dernier avec sa femme, plus précisément des « dissentiments ». Il faut avoir à l’esprit comme il a été rappelé plus haut que Verlaine avait acheté le pistolet pour se « suicider » si sa femme ne revenait pas vivre avec lui. Il le lui avait écrit ainsi qu’à sa propre mère qui avait accourue à Bruxelles. D’où sa présence quand son fils, fortement alcoolisé pour noyer le chagrin de la perte de Mathilde, avait tiré sur Arthur pour le dissuader de partir. La mère de Rimbaud avait aussi reçu une lettre de Verlaine sur ses intentions de mettre fin à ses jours et cette dernière lui a écrit aussitôt pour l’appeler à la raison. A la question des juges sur le grief invoqué par Mathilde Verlaine de son « intimité » avec son mari, Rimbaud répond : « Oui, elle nous accuse même de relations immorales. Mais je ne veux pas même me donner la peine de démentir de pareilles calomnies. ». »

Certes les deux compères dans leur vagabondage, ivres de liberté, ont tout fait voir à leurs pauvres mères. Les poètes d’origine ardennaise ont vécu dans une complicité d’émulation poétique mais sans stabilité. Ils sont ainsi entraînés dans un vertige autodestructeur dû à l’abus d’alcool et de drogues qui se termine souvent par de violentes bagarres entre Arthur et le « compagnon d’enfer ». C’est ce qu’écrira Rimbaud dans « Une saison en enfer » : « Plusieurs nuits, son démon me saisissant, nous nous roulions, je luttais avec lui ». (Cette violence, Verlaine l’avait aussi avec sa femme). Durant ces comportements qui frisent la folie auxquels s’ajoutent les souffrances endurées on ne peut exclure des moments de libertinage au sein de ce couple qui ne s’est jamais revendiqué « homosexuel ». Mais laissons ce débat inutile et sans fin et ses inhérentes exagérations aux rimbaldiens qui s’en soucient. 

L’entrée au Panthéon ... Verlaine n’en voulait surtout pas !

Connus comme réfractaires à tout symbole ou ordre étatique les deux poètes de là où se trouvent leurs âmes doivent bien se marrer de la proposition d’exhumer leurs restes pour les introduire au Panthéon.

D'autre part, Verlaine qui habitait à proximité de ce haut lieu de la Nation vivait dans la hantise de s’y trouver dessous. Il avait tellement cette angoisse au point d’en paniquer durant tout le mouvement insurrectionnel de la Commune de mars à mai 1871. En effet, avec sa femme ils occupaient un logement dans un immeuble mitoyen au Panthéon. Verlaine, contrairement à Mathilde qui était bien plus courageuse, craignait que les révolutionnaires dynamitent ce monument symbole et qu’il soit enseveli dans cette destruction. Bien qu’en faveur du mouvement il restait calfeutré chez lui et n’osait pas en sortir. Au point de demander à Mathilde d’aller dans la rue chercher sa mère. Ce que la brave jeune femme de 17 ans et enceinte n’a pas hésité à faire en plein milieu des pétarades. Dans leurs nombreuses disputes elle se moquait de son mari « je n’ai jamais été poltronne » (Mémoires). 

On ne va donc pas faire entrer sous le Panthéon celui qui craignait d’y être enseveli !

*Parmi les signataires (liste non exhaustive) de la pétition initiée par • Jean-Luc Barré, éditeur, directeur de la collection Bouquins, • Frédéric Martel, journaliste et écrivain et Nicolas Idier, écrivain (plume du 1er ministre, Jean Castex) : Ministres et anciens ministres de la Culture : • Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture. • Roselyne Bachelot, ministre de la Culture. • Renaud Donnedieu de Vabres, ancien ministre de la Culture. • Aurélie Filippetti, ancienne ministre de la Culture. • Jack Lang, ancien ministre de la Culture. • Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture. • Françoise Nyssen, ancienne ministre de la Culture. • Fleur Pellerin, ancienne ministre de la Culture • Catherine Tasca, ancienne ministre de la Culture • Catherine Trautmann, ancienne ministre de la Culture.  Personnalités : • Fabrice d’almeida, historien. • Michèle Cotta, journaliste, ancienne présidente de Radio France. • Michel Braudeau, écrivain, membre du jury du prix Medicis. • Boris Cyrulnik, neuropsychiatre. • Xavier Darcos, ancien ministre de l’Éducation nationale, Chancelier de l’Institut de France. • Bertrand Delanoë, ancien maire de Paris. • Laurence Engel, présidente de la Bibliothèque Nationale de France. • Laurence Ferrari, animatrice à Canal Plus. • Caroline Fourest, essayiste et journaliste. • Adrien Goetz, historien de l’art, membre de l’Académie des Beaux-arts. • Patrick Grainville, écrivain, membre de l’Académie française. • Graham Henderson, directeur Rimbaud & Verlaine Foundation, Londres. • Bernard Kouchner, co-fondateur de Médecins sans frontières, ancien ministre des Affaires étrangères. • Pierre Lescure, président du festival de Cannes, homme de télévision. • Didier Lestrade, fondateur d’Act Up-Paris, journaliste. • Pierre Lungheretti, directeur de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image. • Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d’État chargé du numérique, député de Paris. • Stéphane Martin, ancien président du musée du Quai Branly-Jacques Chirac. • Alain Minc. • Edgar Morin, directeur de recherches émérite au CNRS. • Christine Ockrent, journaliste. • Michel Onfray, essayiste et philosophe. • Line Renaud, artiste. • Oliver Py, metteur en scène, directeur du Festival d’Avignon. • Benjamin Stora, historien. • Louis-Georges Tin, fondateur de la Journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie. • Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l’Éducation nationale. • Patrick Weil, historien, président-fondateur de Bibliothèques Sans Frontières. • Edmund White, écrivain, New York. • Benny Ziffer, écrivain, rédacteur en chef du supplément littéraire d’Haaretz, Tel Aviv.

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