La question algérienne : la jeunesse et les «visages de 62»

La jeunesse qui manifeste par millions dans toute l’Algerie ne veut plus voir les «visages de 62» appartenant au clan du FLN* qui a pris le pouvoir après le retrait de la France. Elle a fini par chasser le doute et prendre confiance en elle en sortant dans les rues pour s’opposer à un 5ème mandat absurde d’un Bouteflika malade.

La jeunesse qui manifeste par millions dans toute l’Algerie ne veut plus voir les «visages de 62» appartenant au clan du FLN* qui a pris le pouvoir après le retrait de la France.

Elle a fini par chasser le doute et prendre confiance en elle en sortant dans les rues pour s’opposer à un 5ème mandat absurde d’un Bouteflika malade. 

A titre de comparaison ce dernier était déjà ministre en 1962 quand Barack Obama n’avait qu’un an. En 2009 quand Obama devient président des USA, la plus grande puissance économique et militaire au monde, il ne fera qu’un maximum de 2 mandats de 4 ans chacun jusqu’à 2017. Bouteflika lui est toujours en place à la présidence après avoir été installé en 1999 par le clan au pouvoir aidé des généraux de l’armée. Après 20 ans d’exercice «il veut» rester encore 5 ans de plus alors que victime d’un AVC en 2013 il n’a plus ni ses facultés physiques ni ses facultés mentales. 

Mais cette jeunesse rejette aussi en bloc tout un système illégitime corrompu et injuste qui va d’échec en échec depuis des décennies. Non seulement elle réclame la démocratie et la liberté mais elle montre au monde entier que malgré l’oppression d’un régime inamovible depuis 57 ans elle est animée d’un esprit de renouveau et elle aspire pacifiquement à la modernité. Elle réclame le départ des tenants du régime issus d’un clan du Fln qui s’était imposé par les armes et par la force en 1962. 

En effet, c’est après le sacrifice de milliers de moudjahidines de l’intérieur qui avaient tentés de s’y opposer que l’indépendance fut confisquée et les algériens privés de libertés. Ce clan vainqueur était à la tête de l’état major de l’ALN* et commandait une armée puissante appuyée par des blindés. Connu pour avoir éliminé des chefs historiques ce groupe était venu de l’extérieur des frontières où il était basé. Il empêcha la transition que devait assurer le GPRA* et installa un des siens comme premier président de l’Algérie et institua le parti unique du FLN. Optant pour l’orientation socialiste ce clan emprisonnait ou exécutait ses opposants issus eux aussi du mouvement de libération et les pourchassait jusqu’en Europe. Le modèle soviétique complètement étranger à l’histoire et à la culture du peuple algérien fut copié. 

Cette terreur et les erreurs politiques entraîneront un désastre économique et industriel ainsi que la destruction de l’agriculture traditionnelle d’un pays qui s’auto suffisait sur le plan alimentaire. 

D’où rapidement les vagues d’émigration surtout vers la France qui venait déjà d’accueillir sur son sol plus d’un million de Pieds Noirs et 40000 rescapés Harkis victimes d’assassinats et de massacres. Dès le cessez le feu de mars 1962 dans une situation où régnaient la confusion et l’anarchie aggravée par les exactions de l’OAS* il y eut des représailles. Les parties concernées avancent la perte de près de 3000 civils Pieds Noirs et le massacre de 150000 Harkis en violation des accords d’Evian jamais respectés qui leur garantissaient pourtant qu’ils ne seraient pas inquiétés. Selon ces accords une amnistie générale était prononcée de part et d’autre mais qui n’a pas été appliquée par le nouveau pouvoir algérien. Certains expliquent que les clans du Fln étaient préoccupés par la guerre fratricide pour le pouvoir et ils auraient ainsi laissé faire ou y auraient participé eux mêmes ou auraient incité des foules hystériques soutenues par des «révolutionnaires de la dernière heure» à la «vengeance» sans justice ni tribunal. L’armée française cantonnée dans les casernes et aux ordres n’était pas intervenue. Pire, elle avait auparavant désarmé les Harkis et les avait abandonnés à leur triste sort comme l’a reconnu officiellement François Hollande dans un discours prononcé aux Invalides le 25 septembre 2016. Terrible tragédie dont l’histoire reste encore à écrire. 

C’est donc ainsi que dès le départ l’Algerie Nouvelle partait sur de mauvaises bases et il faudra attendre un quart de siècle le soulèvement de 1988 durement réprimé et des milliers de morts (500 officiellement) pour que soit mis fin au parti unique. Un processus électoral fut néanmoins mis en place mais face à la déroute du parti du FLN les élections législatives furent interrompues au deuxième tour par un coup d’Etat des «généraux janvieristes*» soutenus par des «démocrates» en janvier 1992 ce qui donna lieu sous couvert d’une lutte contre le terrorisme à une guerre contre les civils dont les pertes sont chiffrés à plus de 250000 morts tout au long de cette décennie noire. Sans oublier les milliers de disparus, les emprisonnements arbitraires et la pratique de la torture. Aucun procès n’a eu lieu ni aucun réel bilan n’a été établi de ce désastre humain dont les auteurs restent impunis et circulent même à l’étranger sans être inquiétés sauf à une ou deux rares exceptions.

Aujourd’hui, plus d’un demi siècle d’un même pouvoir un autre soulèvement a lieu qui réclame le départ de tous les dirigeants et responsables de ce «système» qui a mené le pays à la ruine. Il en est de même des partis politiques dit «d’opposition» mais qui ont collaboré aux mascarades électorales et qui se contentaient des postes qu’on leur attribuait. 

Ces drames à répétion minent l’avenir de l’Algérie car la page de 1962 n’est toujours pas tournée. 

Pour toutes ces raisons le peuple algérien et ceux qui ont été contraints de s’installer à l’étranger fondent un grand espoir de voir disparaître le système arbitraire et totalitaire qui a remplacé 132 ans de colonialisme. Pour l’immense majorité des citoyens algériens il n’y a pas d’autre solution pour sortir le pays du malheur immérité dans lequel il est plongé depuis de trop nombreuses années. 

La jeunesse algérienne ne veut plus continuer à vivre écrasée, sans liberté et sans avenir. Dans cette entreprise elle a besoin des médias internationaux et de l’opinion publique mondiale. Qu’on se le dise aussi en haut lieux en Europe et dans le monde et dans les institutions internationales que ce soit à l’ONU ou ailleurs. 

La jeunesse algérienne est en quête d’un nouveau destin plus adapté au sens de l’histoire. En Algérie on vit ces bouleversements comme le signe d'une nouvelle révolution ... 

Espérons que cette Algérie libre se mette en place sans effusion de sang. Pour éviter une autre répression il faudrait peut être envisager une amnistie générale et désigner comme le réclament certains un gouvernement d’union sacrée. Cette transition portée par des hommes et des femmes compétents connus pour leur intégrité et qui seraient à l’écoute des aspirations des citoyens aurait pour mission de rétablir un Etat de droit qui garantirait une vraie justice et les libertés fondamentales individuelles dans tous les domaines. Ainsi la jeunesse qui manifeste massivement dans tout le pays puisera dans ses ressources et retrouvera un chemin étoilé pour lequel ont lutté plusieurs générations avant elle. 

Les richesses naturelles immenses du pays, les hydrocarbures et le gaz dont elle est le 4ème producteur mondial, sa force agricole à développer, sa côte méditerranéenne à mieux exploiter et le Sahara à mettre en valeur aux moyens des nouvelles technologies dans le respect de l’écologie et de l’environnement le permettent.  

InchaAllah

*

-FLN = Front de Libération National 

-ALN = Armée de Libération Nationale

-GPRA = Gouvernement Provisoire République Algérienne 

-OAS = Organisation Armée Secrète 

 -«généraux janvieristes» : ceux qui organisèrent l’interruption du processus électoral en janvier 1992

 

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