Conflans/Islam : réponse d’Henri Thuile au discours du mamamouchi Zemmour sur Cnews

En 1921 paraissait un livre intitulé « Littérature et Orient » d’Henri Thuile écrivain et poète chrétien qui était allé en Égypte vivre au milieu de musulmans comme l’avait fait Arthur Rimbaud à Aden. Voici des extraits de ce livre, page 60 et suivantes, en réponse aux élucubrations d’un certain nombre de personnes médiatiques autoproclamés « connaisseurs » de l’islam

En 1921 paraissait un livre intitulé « Littérature et Orient » d’Henri Thuile écrivain et poète chrétien qui était allé en Égypte vivre au milieu de musulmans comme l’avait fait Arthur Rimbaud à Aden. Voici des extraits de ce livre, page 60 et suivantes, en réponse aux élucubrations d’un certain nombre de personnes médiatiques autoproclamés « connaisseurs » de l’islam bien qu’ils en ignorent le texte coranique, les conditions et l’esprit de sa révélation. Les longs passages ci-dessous sont très importants à lire. Ils expliquent en partie l’attachement des musulmans à leur foi qui n’est pas en opposition avec celle du christianisme ou du judaïsme. Bien au contraire, elle se situe dans leur continuité. 


Parlant du Prophète de l’islam Henri Thuile écrit cette affirmation toujours valable de nos jours : « Ceux qui ont parlé mal de lui ont cette excuse que la passion ou l’ignorance les égarait ». Et encore plus vraie cette phrase : « Et puis il me semble que l’on profite trop de certains crimes isolés pour en accuser toute une race ».  

Sur Cnews, par exemple, on entend au quotidien des propos erronés sur l’islam et son Prophète. Ces contre-vérités sont prononcées sans nuances et sans contradicteurs par le grand mamamouchi Zemmour suivi dans la soirée de l’animateur partisan Pascal Praud (qui intervient aussi le matin) accompagné des mêmes invités aux thèses extrémistes comme le journaliste de droite M. Rioufol Du Figaro ou celui du Point M. Béglé ou encore Mme Lévy du site Causeur ou pire le délégué du RN le franco-égyptien M. Messiha, ...etc. Il y a aussi l’émission tard dans la soirée d’un autre animateur donneur de leçons M. Pasquet mais arrêtons là cette énumération. Toutes ces personnes, enfermées dans leur propagande stigmatisante, se permettent d’intimer avec véhémence aux citoyens musulmans d’être ceci ou cela. Ces tristes derniers jours ils les accusent de ne pas participer au rassemblement qui a eu lieu place de la République en hommage à Samuel Paty ce professeur de collège décapité à la sortie de son établissement. L’acte barbare innommable de son assassinat a horrifié tous les français y compris les citoyens musulmans dans leur immense majorité. Les tensions sont telles qu’on se trouve presque contraints de le préciser sans pouvoir éviter les accusations incessantes. 

Voici ce qu’écrivait avec objectivité Henri Thuile il y a 100 ans après s’être intéressé, comme Rimbaud, aux différentes traductions du Coran (les versets cités sont reproduits en gras et en italique) :
« Par l’éclat du matin et la nuit lorsqu’elle devient sombre, ton Seigneur ne t’a pas quitté, ton Seigneur ne t’a pas trahi. En vérité la vie qui vient sera pour toi plus douce que celle d’aujourd’hui. Car ton Seigneur te donnera la récompense qui te plaît. N’étais-tu pas un orphelin dont il a pris le soin ? N’étais-tu pas errant dans l’erreur et ne t’a-t-il pas guidé vers la vérité ? Et ne t’a-t-il pas trouvé pauvre et ne t’a-t-il pas enrichi ? C’est pourquoi n’oppresse pas l’orphelin et ne repousse pas le mendiant. Mais reconnais la bonté de Dieu ». J’ai pris dans Sale(*), l’homme qui a le mieux connu le monde musulman, ce passage au hasard, que je vous donne mot à mot, le même qu’a mis en vers anglais Richard Burton en 1866. Mais la poésie de Burton ne vaut pas la prose de G. Sale, bien préférable au chapitre correspondant de Du Ryer(*) qu’il appelle le chapitre du Soleil levé. Et, qu’est-ce, l’une et l’autre version et la mienne, auprès de cette mélopée si berceuse, de cette mélodie qui montait si pure des lèvres du vieux juge récitant des versets, sous les arbres de cet après-midi, dans l’ancien parc de mon ami le pacha musulman. Il ne faut pas le lire, il faut l’entendre le Koran. « Toute la littérature arabe, écrivait Scaliger, dans son épître à Casaubon, y est contenue ».
On me dit que tout n’est pas de la même hauteur ; et qu’importe ? N’est-ce pas pour le Prophète que Suarès a écrit dans ses « Images de la Grandeur » : « Tu n’es jamais si beau que lorsque tu déclines : car tu ne descendrais pas si tu n’étais allé si haut ».

J’ai mis, comme le veut Savary(*), « ma confiance dans le Dieu du matin ». « Il est clément et miséricordieux. Il aime ceux qui ont l’âme nette. Il ne me déçoira pas, Il ne me trompera pas. Il n’a jamais trompé personne ». « Les plus beaux noms du monde appartiennent à Dieu ; priez-Le par la beauté de son nom »...

Ici point de décor inutile, c’est le commencement du désert. La mer, la terre et le ciel : il n’y a plus que l’élément. Mais je l’aimerais moins, il me semble, s’il n’y avait pas le Koran. ...

Ces images, elles abondent dans le livre du Prophète. Sa religion est toute humaine, sa grande inspiratrice, la nature. Il nous l’a donne constamment pour modèle : « Ne soyez pas superbes, dit-il, vous ne serez jamais si longs que la terre, ni si hauts que les montagnes. » C’est pourquoi il s’est peu écarté de la raison et ne lui a pas demandé de sacrifices considérables. Il a également, dans une sage mesure, ménagé notre esprit et notre corps 

Je lui sais gré, quant à moi de m’avoir donné de jolis rêves, de m’avoir dit : « L’homme ne peut mourir avant son heure, et personne ne la peut retarder avant son heure. O vous qui croyez, honorez et adorez votre Seigneur et faites bien, peut être que vous serez heureux. »

Incertitude que j’aime, mol oreiller du doute !

Et il a dit encore dans ce chapitre de la Lumière que je voudrais vous citer entier : « Dieu éclaire le ciel et la terre comme la lampe qui est dans le fanal de crystal allumée d’huile de l’olivier béni ». 

Orient ! Porte des rêves, champ du désert illimité !

Lisez aussi dans la version de Du Rey le livre du Miséricordieux : c’est sans doute le plus beau. ...

Mais les paroles du Prophète, qui composent son Livre, on peut les entendre, ici, à chaque instant du jour, psalmodiées par le passant. Elles montent du recueillement de ces plaines comme le chant d’amour de la cigale ou le frémissement du criquet. Elles ont de plus cet enveloppement et cette grandeur qui bercent l’âme et la fortifient. L’homme qui les a composées ne pouvait pas être quelconque. Il maniait une plume de lumière. Ceux qui ont parlé mal de lui ont cette excuse que la passion ou l’ignorance les égarait. 

 Je suis heureux d’entendre ici, comme à un carrefour, une voix amie, celle du traducteur de l’ouvrage de John Lubbock « Le Bonheur de vivre : « Un ignorant ne saurait goûter le Koran ou les Védas, parce qu’il ne connaît pas les conditions ni les milieux dans lesquels ces livres sont nés ; il n’en voit que le sens littéral ; il n’en saisit pas l’esprit qui en est la vie et le charme ».

« Le style de l’Alcoran, dit Georges Sale, dans ses « Observations historiques et critiques sur le Mahométisme », est en général beau et coulant, surtout dans les endroits où il imite le langage prophétique et les phrases de l’écriture sainte. Il est concis et souvent obscur ; il est orné de figures hardies suivant le goût des Orientaux. Ce style est animé par des expressions fleuries et sentencieuses, et en plusieurs endroits, il est sublime et magnifique. Il est très pur et très élégant, étant écrit dans le dialecte de la Tribu des Koreichs qui est la plus noble de toutes les dialectes des arabes. Il est reconnu pour le modèle du langage arabe et les plus orthodoxes croient fonder sur l’Alcoran même, que ce style ne saurait être imité par aucun écrivain humain. Ils regardent cette perfection de style au-dessus des forces humaines comme un miracle permanent plus grand que ne serait la résurrection d’un mort, et qui est seul suffisant pour convaincre le monde de l’origine céleste de ce Livre ». ...

Je crois aussi qu’il a rendu les Arabes meilleurs. « Les Mahométans, en general, écrit encore George Sale, sont si enclins à faire du bien, qu’ils étendent leur charité même jusque sur les animaux ». 

Et puis il me semble que l’on profite trop de certains crimes isolés pour en accuser toute une race. Par contre, il y a des faits qu’on oublie. « Quand Omar prit Jérusalem en 636, il assura aux habitants chrétiens et juifs, le libre exercice de leur culte, la sécurité de leurs personnes et de leurs biens. Mais lorsque les Croisés prirent Jérusalem en 1099 ils massacrèrent tous les musulmans et brûlèrent vifs les juifs ; 70000 personnes, dit-on, furent ainsi exterminées moins de huit jours pour attester la supériorité morale du christianisme ». (1)

Quand en 1492 les étendards de Saint-Jacques et de Castille eurent les tours de l’Alhambra et de l’Albaycin, le cardinal archevêque Francisco Ximénès fit jeter aux bûchers de Grenade quatre vingt milles manuscrits. 

Ce sont les Arabes qui sauvèrent de la destruction les ouvrages d’Aristote qui leur parvinrent et qu’au Moyen-Age l’Eglise condamnait au feu. 

Dire, ... que sans eux et le Romain Sylla, nous n’eussions peut être jamais connu l’homme dont Kant et Hegel ont pu écrire que « depuis, la science de la pensée n’a fait ni un pas en avant ni un pas en arrière ! »

On reproche communément à Mahomet d’avoir encouragé la guerre contre les infidèles. Il est vrai qu’il en a parlé avec avantage et qu’il lui a consacré un chapitre. Mais par une sorte de scrupule qui lui fait honneur comme un remords, ce chapitre est le seul qu’il n’ait pas voulu commencer par l’invocation habituelle : « Au nom du Dieu clément et miséricordieux ». D’ailleurs il n’a fait que renvoyer aux juifs et aux chrétiens leurs principes qu’ils détestent si fort chez les autres. ...

Ils auraient aussi bien fait, ces chrétiens et ces juifs susceptibles, en parlant de Mahomet, de suivre sa réserve lorsqu’il a parlé d’eux : « Souviens-toi de David et de Salomon, qui rendaient la justice dans le camp où les troupeaux du village étaient entrés la nuit sans bergers...

« Nous avons créé Jésus et Marie sa mère, ils sont signes de notre unité, nous les avons établis en un lieu élevé, où ils se sont arrêtés auprès d’une fontaine.

« Souviens-toi de Marie, de laquelle J’ai béni le ventre, Nous avons inspiré notre esprit en elle, et lui avons donné un fils, miracle dans le monde. 

« Nous avons envoyé Jésus, Fils de Marie, nous lui avons enseigné l’Evangile, nous avons mis la civilité, la clémence, la charité dans le cœur de ceux qui l’ont suivi ». 

« Qui bien fera, bien trouvera, dit le Prophète, et qui mal fera, mal trouvera. Dieu prend garde à tout ». N’est-ce pas une assurance, d’une justice bien humaine ? On peut regretter qu’il n’ait été mieux entendu. 

Pour moi, je le veux lire et aimer jusqu’au bout, jusqu’à l’heure où je verrai, à l’Occident se lever le soleil, et quand, par mon amour, Azraël, l’Ange de la Mort, m’appelera. 

N’a-t-il pas dit : « La vie du monde est semblable à la pluie tombée du Ciel qui a rafraîchi et fait reverdir les arbres de la terre, et le matin ont été séchés comme la paille que le vent emporte ».

« Souviens-toi du jour que les montagnes marcheront et que tu verras la terre unie ».

Dans les jours de la vie, les jours heureux, j’imagine une édition rarissime avec le texte original et une traduction parfaite en français. Au frontispice de ce Koran introuvable on verrait le Prophète debout sur les monts du Hedjaz et son livre à la main. Il s’adresse à la foule des hommes qui se pressent à ses pieds. 

Les deux cent cinquante millions (2) de Musulmans qui vivent aujourd’hui, lui tressent, en attendant, une couronne qui n’est pas à dédaigner (3). »

Voilà des écrits anciens qui nous changent de l’ambiance délétère d’aujourd’hui. Pour ceux qui veulent poursuivre cette lecture qui corrige nombre d’aberrations colportées sur les musulmans, l’islam et le Prophète, il y a certes ce livre d’Henri Thuile mais il en existe beaucoup d’autres qui sont objectifs et bien argumentés.

* traducteur du Coran

(1) Salomon Reinach « Orpheus) Histoire Générale des religions  

(2) chiffre en 1921, aujourd’hui on parle de plus d’un milliard et demi de musulmans dans le monde. 

(3) référence à un verset du Coran : « Et Nous avons rendu haut ta renommée ».

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