TOUS PUNIS !

Pour avoir fait confiance à un piètre illusionniste, les français sont aujourd'hui punis.

2020-04-20-a
Punis, les soignantes et les soignants qui depuis des mois ont alerté sur la paupérisation des hôpitaux publics sans jamais avoir été entendus.
Punis et contraints aujourd'hui de mettre leurs vies en péril pour sauver celles des autres, obligés de se confectionner eux-mêmes des masques protecteurs et de se revêtir de sacs-poubelles à défaut de pouvoir disposer de surblouses médicales appropriées.

Punis les livreurs qui pour aller chercher les quelques centaines d'euros de salaire qui les feront passer de la pauvreté à la survivance doivent eux aussi s'exposer au risque quotidien d'être confronté au virus ravageur.

Sans masque. Sans gant. Sans protection.

Punis les éboueurs dont la ministre de la Transition écologique, Élisabeth Borne, a réglé le sort d'un revers de manche dès le 2 avril par ces mots sans appel : « Il n’est pas nécessaire de fournir les éboueurs en protections spécifiques face au nouveau coronavirus au-delà des gestes de prudence en vigueur ».

Puni le français confiné. Aucune mesure sérieuse n'a été mise en place pour le protéger. Pas de masques. Pas de gants. Pas de détection. Pas de traitement en cas d'apparition des symptômes de la maladie, peu de chances d'accéder aux services de réanimation si frappé par le virus son profil ne correspond pas aux critères de sélection – non officiels mais bien réels – d'un tri sélectif sur l'âge et l'état de santé imposé par l'absence de moyens dont disposent les services hospitaliers et de réanimation.

Dans ce contexte la France ressemble fort à une coquille de noix à la dérive sur laquelle aurait pris place 67 millions de naufragés potentiels à la seule merci des vicissitudes des courants.

Punis. Nous sommes punis pour avoir confié la barre du navire à un commis de banque d'affaires. Un personnage sans envergure et sans aucune expérience politique dont le seul mérite est de s'être constitué en quelques années un carnet d'adresses comportant les noms de tout ce que la planète financière peut compter de plus influent, précieuses relations qui ont su être déterminantes lorsqu'il s'est agi de le propulser au plus haut de la hiérarchie du pays.

Assignation généralisée à résidence surveillée

Punis. Nous sommes punis, désormais confinés, cloîtrés, séquestrés en attendant que la situation - faute de décisions appropriées et efficaces - s'arrange d'elle-même.

Punies, les personnes âgées. Celles et ceux qui ont fait la richesse de notre pays. Celles et ceux qui ont fait cette période que Jean Fourastié a nommé complaisamment les trente glorieuses sont aujourd'hui dans les EHPAD, privés de tout contact avec leurs proches et interdits de tout lien avec l'extérieur.

Punies, les personnes seules, isolées, abandonnées par celles et ceux qui ont choisi de passer leur confinement en vacances.

Punis les travailleurs sans papiers qui au su et au vu d'inspecteurs du travail désarmés s'affairent d'ordinaire sur nos chantiers et dans les cuisines de nos restaurants, sans droits ni sans protection sociale.

Punis. Doublement punis les incarcérés dans nos prisons surpeuplées, les indésirables entassés dans les centre de rétention, les privés de domicile dits sans domicile fixe, les migrants, les laissés pour compte, les gens de la rue, exposés plus que tous autres à la contagion qui sévit et que des représentants indignes de la maréchaussée n'hésitent pas à verbaliser pour ne pas s’être confinés.

Punis. Nous sommes punis collectivement pour avoir désigné un chef inadapté à la fonction qui lui a été confiée.

Punis. Punis et assignés à résidence, privés de notre liberté de circuler, interdits de tout lien social, incarcérés à nos domiciles sur ordre d'un chef de guerre qui, incapable de combattre le fléau, préfère s'en prendre à ses victimes.

Punis seront les enfants, contraints de reprendre le chemin de l'école dès le 11 mai sans qu'aucune avancée ne permette d'assurer leur sécurité, celle de leurs familles et de leurs enseignants.

Combien de masques « taille enfants » ont-ils été commandés ? Combien seront livrés avant la rentrée des classes ? Pour quelle efficacité ?

Ils doivent reprendre le chemin de l'école pour libérer leurs parents pour... libérer la croissance 1.

 Punis et condamnés

Punis et condamnés alors que François Delfraissy, le président du Conseil scientifique qui informe le président de la République, auditionné au Sénat le 15 avril assurait qu’à la mi-mai - au moment précis où le déconfinement a été arbitrairement programmé par l’Élysée - il y aura entre 10 000 et 15 000 nouvelles contaminations par jour et que personne ne peut savoir aujourd'hui si les primo-infectés seront vraiment immunisés contre le virus !

Punis ou sacrifiés ?

Punis les malades sur lesquels il a été décidé de mener des expérimentations afin de favoriser les recherches sur de lucratifs mais lointains nouveaux médicaments à venir, permettant d'occulter les observations du professeur Didier Raoult, pourtant validées par de nombreux praticiens au plus haut niveau et mis en œuvre dans de nombreux pays plus soucieux de la santé de leurs citoyens que de l’intérêt supérieur des lobbies pharmaceutiques.

Punis et sacrifiés sur l'autel du profit à venir ces autres malades soumis à des placebos dont on sait qu'ils ne pourront avoir d'effets sur l'évolution de leurs pathologies. La recherche médicale est à ce prix.

Punis encore les soixante sept millions d'auto-prisonniers confinés, soumis au bon vouloir d'un seul s'étant octroyé les pleins pouvoirs comme s'il s'était agi pour lui de prendre sans délai les décisions qui s'imposent dans l'urgence. Décisions qu'il ne prend pas.

Punis les français de s’être vus imposer un piètre centurion que d'autres (8 656 346 d’électeurs au premier tour de l’élection présidentielle) avaient pris pour un grand timonier.

Punis nous le serons jusqu'au 11 mai. Sans doute bien plus tard encore.

Maintenir un confinement sévère a sans doute une double vertu aux yeux du pouvoir :

- 1) éviter la propagation d'une épidémie dont il est bien incapable de préserver le peuple, mais aussi...

- 2) contenir la grogne et le feu qui couve sous la braise d'une colère que les français ne pourront contenir encore très longtemps.

S'il est évident que plus rien ne sera comme avant et qu'un monde nouveau devra émerger des ruines de celui-ci, il est certain que la France ne pourra renouveler sa confiance à de tels apprentis improvisateurs.

Le temps presse. Il nous faut dès à présent nous investir dans la construction d'un autre monde reposant sur d'autres valeurs que celles qui guident les lobbies affairistes et financiers qui ont propulsé Emmanuel Macron à la tête de notre pays.

Les français n'ont pas attendu l'arrivée du coronavirus ni le discours du 13 avril pour savoir combien ils sont vulnérables et ne sont considérés par leurs dirigeants politiques que pour leur seule capacité à produire de la richesse.

Ils attendent patiemment que la situation s'améliore et savent qu'ils ne pourront compter sur Emmanuel Macron pour sortir des sentiers battus et de l'idéologie qui l'a porté au pouvoir.

Demain s’écrit aujourd'hui et ce ne sont pas les promesses de se réinventer, d'un premier de cordée de pantins désarticulés sautillant flûte au bec jusqu'aux sommets qui mènent à l’abîme qui y contribueront.

Qu'elle ait lieu le 11 mai ou plus tard comme il faudra sans doute s'y résigner, la sortie du confinement devra s'accompagner d'un retournement substantiel.

La parenthèse du confinement passée, il conviendra d'entamer sans délai la transformation de notre société. Lorsque la cordée sautillante se retournera pour feindre de changer de cap, les premiers d’hier occuperont alors immanquablement la place qui leur revient...

 

1 En 2008, Emmanuel Macron co-rédige le « Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française », commission présidée par un certain Jacques Attali. Ce rapport de 316 propositions censées ramener le plein-emploi, faire baisser la pauvreté et réduire la dette fut remis le 23 janvier 2008 au président Sarkozy.

Il inspire et guide la politique économique menée avec application par Emmanuel Macron devenu président le 7 mai 2017.

 

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