11 MAI : LA DÉBÂCLE ANNONCÉE...

Face à l'efficacité de son voisin d'outre Rhin, les chiffres qui incrémentent jour après jour le sinistre compteur de l'incurie du gouvernement français ont de quoi donner le vertige.

Avec sa population de 83 millions d'habitants, l'Allemagne enregistre en effet, au moment où nous publions ces lignes, 5 315 décès dus à l’épidémie du Coronavirus . Dans le même temps, l'hexagone, malgré une population beaucoup moins nombreuse (67 millions d'habitants) doit en déplorer proportionnellement 5 fois plus... 21 340 victimes en ce 23 avril. Et l'écart n'en finit pas de se creuser.

Le déconfinement programmé pour le 11 mai n'a pas encore été mis en œuvre que - fidèle à son emblématique formule du en même temps, leitmotiv devenu caractéristique de cette valse hésitation qui symbolise sa couardise - l'Élysée n’exclut déjà plus de reconfiner en cas de deuxième vague de l'épidémie.

« Tout doit être pensé, y compris les scénarios négatifs », a expliqué doctement un proche d'Emmanuel Macron.

Tout et son contraire ?

En l'absence de cap clairement affiché et de toute stratégie volontaire mise en œuvre sur le moyen terme, le gouvernement navigue manifestement à la godille.

L'image est sans doute encore trop flatteuse pour qualifier ce pouvoir déboussolé feignant de maîtriser une situation qu'il subit autant qu'il nous impose.

Et voilà que l'échéance du 11 mai se rapprochant, l'immunité grégaire (immunité collective) de la population ne serait plus la stratégie privilégiée par l'exécutif !

« Nous avons réussi le confinement ensemble, nous allons réussir ensemble le déconfinement », a toutefois promis le premier Ministre précisant « Il ne faut pas remettre en cause cet effort par un retour trop précipité ». Et d'ajouter encore : « notre vie à partir du 11 mai ne sera pas la vie d'avant le confinement (…) Pas tout de suite et probablement pas avant longtemps... ».

Certains proches du président comparent le déconfinement à l'après-guerre, note Le Figaro.

« Il n'y a pas de guerre », a tenu à rappeler le président allemand Frank-Walter Steinmeier à son homologue français.

Sans guerre, il ne peut y avoir d'après-guerre dans ce contexte qui s'apparente de plus en plus à une véritable débâcle.

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Débâcle ? Le dictionnaire n'est pas tendre. Que le mot illustre une véritable « déroute », une piteuse « débandade » ou figure « la rupture des glaces d'un cours d'eau provoquant une augmentation rapide du débit génératrice d'inondations », débâcle est bien le mot qui a le plus de chances d'illustrer le mieux la situation française de l'après 11 mai !

S'exprimant lors de sa visite dans le Finistère, le mercredi 22 avril, depuis le magasin Super U de Saint-Pol-de-Léon (un soutien à peine voilé apporté aux réseaux de la grande distribution qui n'en demandaient pas tant alors que les commerces à taille humaine souffrent comme jamais...), Emmanuel Macron ne s'y est pas trompé, affirmant : « La glace est fine et on n'a pas envie de faire des étapes en arrière ».

Crainte d'un raz de marée de mécontentements provoqué par une authentique débâcle ?

Inquiétude sans aucun doute justifiée.

Plus de 21 000 morts ont été recensés à ce jour sur le territoire français.

Toujours aucune mesure sérieuse et concrète. Aucun masque. Aucun test.

Pour autant le déconfinement est plus que jamais à l'ordre du jour, tel un ordre indiscutable.

Le corps médical quasi unanime ne cesse pourtant de tirer le signal d'alarme : « sans masque et sans dépistage massif de la population, le déconfinement du 11 mai équivaudra à mettre le cap sur l'iceberg ».

Personne n'écoute.

À défaut de s'être doté des moyens qui auraient permis de combattre efficacement l'avancée de cet ennemi invisible nommé Covid-19, le pouvoir réprime et sanctionne celui qui en est la première victime : le peuple.

Le ministre de l'Intérieur s'en flatte : « 15 500 000 contrôles ont été effectués depuis le début du confinement sur l’ensemble du territoire national, 915 000 procès-verbaux ont été dressés ».

Que le volume de leurs courses soit jugé insuffisant (les policiers jugent désormais)... qu'ils aient osé faire un petit geste de soutien au travers de vitres épaisses à leur conjoint confiné dans un EHPAD à un peu plus de 1000 mètres de leur domicile... que mis au ban de la société de consommation ils dorment dans la rue... les contrevenants sont massivement verbalisés.

A ce rythme, le cap du million de procès-verbaux est désormais en ligne de mire.

Qu'on se rassure, Christophe Castaner a tenu à préciser que l’objectif « n’est pas de faire du chiffre, mais de protéger les Français ».

A 135 € l'infraction ces 915 000 verbalisations représentent d'ores et déjà une manne substantielle de 123 525 000 €.

Nul doute qu'à un tel niveau de répression les français se sentent efficacement protégés...

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