En janvier 2026, Donald Trump a réaffirmé sa volonté d’annexer le Groenland, passant du registre de la provocation à celui de la sérieuse menace militaire, tout en brandissant la menace de droits de douane accrus pour faire économiquement pression sur les pays européens. Le récit officiel invoqué par le président américain est l’idée qu’il aurait besoin de « sécuriser » l’Arctique face à la Russie et à la Chine. Mais ce qui rend ce territoire si crucial pour lui n’est pas seulement sa situation géographique stratégique : ce sont les nombreuses matières premières qu’il recèle, ou qu’il pourrait receler.
Le Groenland recèle en effet une promesse de ressources variées et précieuses. Certes, Nuuk a instauré en 2021 un moratoire sur l’exploration pétrolière. Mais les évaluations géologiques restent très prometteuses : l’US Geological Survey a estimé jusqu’à 17,5 milliards de barils de pétrole “non découverts” et plus de 4000 milliard de mètres cube de gaz dans ses bassins offshore. À cela s’ajoute l’enjeu des minerais critiques : terres rares comme le cobalt, et métaux stratégiques comme le cuivre et l’uranium. Ainsi, posséder le Groenland permettrait à Washington de sécuriser ses chaînes d’approvisionnement et de les rendre moins dépendantes de la Chine.
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Même logique, plus brutale encore, du côté du Venezuela. Le pays détient environ 303 milliards de barils de réserves de pétrole prouvées, soit la plus grande dotation mondiale (20 % des réserves mondiales), largement concentrée dans la ceinture de l’Orénoque, un pétrole extra-lourd qui exige des diluants pour le raffiner, ce qui le rend très polluant à exploiter. Or le gouvernement vénézuélien ne peut actuellement pas vendre ou exporter librement son pétrole car les États-Unis contrôlent leur accès au marché mondial via leurs sanctions, et seules certaines opérations limitées sont possibles lorsqu’ils accordent des autorisations spécifiques, les licences.
Contrôler les importantes réserves vénézuéliennes permettrait aux États-Unis, en exploitant ce gisement stratégique, de générer des dizaines de milliards de dollars de revenus à l’exportation et d’investissements pour les compagnies pétrolières américaines, tout en assurant leur consommation intérieure de pétrole, dont les États-Unis restent aujourd’hui importateurs nets.
Enfin, le cas iranien illustre une stratégie étatsunienne de « pression maximale » dont les ressorts ne sont pas uniquement idéologiques (faire tomber la sanglante dictature du « guide suprême » Ali Khamenei), mais relèvent également de motivations énergétiques et financières. L’Iran possède d’immenses réserves gazières : environ 34 000 milliards de mètres cubes de gaz naturel, le deuxième gisement mondial derrière la Russie), et un pétrole dont les exportations continuent d’alimenter l’Asie via des circuits opaques. La logique de Trump est double : tarir les revenus iraniens et affirmer sur la scène mondiale que Washington peut, à volonté, rendre l’énergie plus chère ou plus rare pour discipliner ses adversaires… quitte à faire peser un risque systémique sur le marché mondial.
Pris ensemble, Groenland, Venezuela, Iran révèlent une même logique de la part du président américain : expansionniste (revendiquer un territoire), unilatéraliste (substituer la coercition commerciale au compromis) et non démocratique dans ses effets, parce qu’il nie le droit des peuples concernés à disposer d’eux-mêmes. Le Groenland n’est pas une marchandise ; le Venezuela n’est pas un puits à réattribuer ; l’Iran n’est pas un robinet à fermer pour discipliner la planète. Quand la puissance américaine confond baril et frontière, elle ne “protège” pas l’ordre international : elle le reconfigure par la force : économique d’abord, politique ensuite, potentiellement militaire demain.
Dans le même temps, l’idée avancée tout récemment par Donald Trump d’un « Conseil de la paix » pour résoudre les conflits dans le monde actuel s’apparente plutôt à la mise en place d’un directoire restreint de puissances, dominé par les Etats-Unis et par Trump lui-même, fondé sur des rapports de force plutôt que sur le droit international, qui court-circuiterait les mécanismes multilatéraux et démocratiques de l’ONU et substituerait à la délibération collective entre États un organe décisionnel concentrant le pouvoir entre quelques acteurs dominants et autoritaires. La France a bien fait de refuser de participer à ce simulacre d’organisation internationale, qui n’a reçu l’accord pour l’instant que de quelques dictatures ou régimes autoritaires comme le Maroc, le Kazakhstan ou l’Ouzbékistan…