Une culture de contestation nouvelle ou le faux engagement citoyen?

Je viens de terminer la lecture de plusieurs articles sur Stuttgart 21, énervée de ne rien comprendre du pourquoi de la chose.    

Je viens de terminer la lecture de plusieurs articles sur Stuttgart 21, énervée de ne rien comprendre du pourquoi de la chose.

 

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D'abord sur des blogs car je trouve que les informations officielles sauf dans le cas du magazine Stern sont floues et peu faciles à comprendre. J'ai donc lu Der postillon avec cet article : Pro and Contra: der Postillon erklärt Sttugart 21

 

 

puis sur le site Txaxcala , bon conseil de Boris Carrier cet autre article : non á la nouvelle gare : les stuttgartois inventent une culture de contestation de David Weyand et traduit par Michèle Mialane. L'original en allemand est ici.

 

Bon résumons, c'est quoi cette histoire pour ceux qui n'ont pas suivi la chose. Sur son blog, Aphasix résume assez bien l'histoire :

 

C’est quoi, Stuttgart 21?

 

"La ville de Stuttgart est la capitale du land de Baden-Württemberg. Un bastion du CDU depuis la création de l’Allemagne d’après-guerre. Depuis quinze ans la DB [la SNCF allemande] travaille sur un projet énorme : faire passer la gare de Stuttgart au sous-sol et les travaux ont débuté en juillet.

 

Pour quoi Stuttgart 21 ?

 

  • sans ce projet, Stuttgart et le Land seraient désertés par le trafic ferroviaire international « rapide »
  • le temps de voyage entre Stuttgart et Ulm serait réduit de moitié
  • 4000 emplois. Le terrain dégagé sera constructible : un nouveau quartier
  • Les espaces verts seraient aggrandis, ainsi que la qualiité de vie
  • la ligne Paris-Budapest, enfin…
  • confort des voyageurs (pas sage de 16 quais à 8, etc.)
  • l’aéroport et les centre de congrès seront reliés à la ligne rapide d’Ulm

 

mais il y a contestation car :

 

Pourquoi pas Stuttgart 21 ?

 

 

  • le prix dérape sans fin. Jusqu’où ? Ils réclament plutôt des écoles, et un effort au niveau santé et social
  • une « mise à jour » de la gare actuelle couterait beaucoup moins cher
  • rien n’empêche les connexions envisagées en surface
  • une grande partie de la gare actuelle est « monument historique ». Pourquoi la détruire ?
  • les arbres (au moins centenaires) vont être abattus
  • le nouveau quartier sera un quartier « à riches »
  • on soupçonne certains membres du gouvernement [du Land] de conflit d’intérêt : beaucoup d’argent va circuler"

 

 

Mais où les choses ont bien pu déraper où normalement, selon la légende, il n'y a pas de manifestations en Allemagne? Au début, les manifestations étaient bon enfant et il y avait un peu de tout dedans selon ce qu'en disaient les informations, et puis il y a eu dérapage de violence.

 

Le 30 septembre. ils ont cherché à abattre les arbres du parc alors que la décision de justice n'avait pas encore été officiellement faite. Les arbres ont donc été abattus. Puis contre les protestataires, il y a eu usage de violence par jets d'eau : les résultats sont terribles, plusieurs personnes blessées : un homme qui risque de perdre la vue entre autres et dont l'image a fait le tour de l'Allemagne.

 

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Ce n'est pas passé inapercu à mediapart, ce billet en est la preuve.

 

Romain Lacuisse : De Stuttgart à Bastille, comment le citoyen peut-il conquérir son droit au débat public?

 

Dans ce billet l'auteur pose une juste question pour ouvrir un débat qui ne s'est pas fait sur ce billet, à mon grand regret car le billet m'a semblé passionnant ! « pourquoi la société civile a-t-elle abouti à ancrer juridiquement la notion de débat public dans le domaine de l'aménagement, et pas dans le domaine social (et sa question subsidiaire : est-ce seulement souhaitable) ? »

 

Bon en l'occurrence à Stuttgart, le débat politique s'est transformé en confrontation politique. Les procédures de dialogue ont fait dramatiquement défaut. Pourtant ce que dit dans son article David Weyand est force de conviction et d'optimisme. Je ne sais personnellement pas du tout s'il faut le partager. Pour David Weyand, qui a interrogé le sociologue Didier Rucht et dont il cite les propos :

 

" Les Stuttgartois « se sont réveillés ». Ils auraient compris que Stuttgart 21 n’est pas seulement une affaire de chiffres, de faits et d’arguments, mais qu’il y va de la capacité des simples citoyens à aborder avec assurance décideurs politiques et responsables de la planification. Ils auraient compris que la construction d’une nouvelle gare les regardait aussi et exigeait leur engagement. « Cela pourrait donner des idées à toute la République fédérale. Les gens ne veulent plus se contenter de voter tous les quatre ans, ils veulent aussi exercer leur citoyenneté démocratique.» Dans ce contexte Rucht se dit impressionné par la présence physique, la persévérance et l’abnégation dont ont fait preuve nombre de manifestants à Stuttgart. Il croit qu’à l’avenir ces gens n’auront sûrement plus le même regard sur la politique."

 

En Allemand :

 

" Rucht bescheinigt den Stuttgartern, dass sie "aufgewacht" seien. Sie hätten erkannt, dass es nicht nur um Zahlen, Fakten und Argumente zu Stuttgart 21 gehe, sondern um ein selbstbewusstes Auftreten der Bürger auch gegenüber politischen Entscheidungsträgern und Planungsverantwortlichen. Sie hätten erkannt, dass die Frage eines neuen Bahnhofs auch ihre Angelegenheit sei und man sich dabei engagieren müsse. "Das könnte auch bundesweit Vorbildcharakter haben. Die Menschen wollen nicht mehr nur alle vier Jahre zur Wahl gehen, sie wollen sich auch sonst demokratisch einbringen", sagt Dieter Rucht. In diesem Zusammenhang beeindrucke ihn die physische Präsenz, Beharrlichkeit und große Opferbereitschaft, die viele Demonstranten in Stuttgart aufbrächten. Diese Leute werden künftig mit Sicherheit einen anderen Blick auf die Politik haben, glaubt der Wissenschaftler."

 

Il y a donc pour le chercheur sociologue une forte dose d'espoir et de positivisme dans cette manifestation et ses dérapages : peut-on en dire la même chose de la contestation en France actuelle. Difficile de comparer tant les sujets sont différents : entre un mouvement de protestation lié à l’environnement dans une ville et un mouvement de protestation sociale? Il y a là une différence de taille. Les allemands n'ont pas manifesté contre la réforme des retraites ou si peu, ils n'ont pas non plus protesté contre cet impôt qui a permis la reconstruction de l'est lors de la réunification et qui les a tous touchés. Cela leur semblait normal, tout comme la réforme des retraites.

 

Faut-il partager cet optimisme, je n'en suis pas sure, d'où le titre de mon billet : " Une culture de contestation nouvelle ou le faux engagement citoyen? En réalité, je ne sais pas si toute cette énergie de contestation n'est pas pure perte parce qu'elle est en réalité mal dirigée ou investie au mauvais endroit. Car ce qui est juste dans l'analyse de Stuttgart 21, c'est le glissement. D'une contestation à un projet d'aménagement du territoire, la foule des protestataires est passée à une contestation plus globale du système en général. Il y a une réelle radicalisation et une critique ouverte des systèmes de partis et de passe droits en politique, critique aussi sensible en France à mon avis !

 

Le médiateur nommé dans l'histoire de Stuttgart va utiliser Internet comme moyen de communication et de débat, et ce à la demande des manifestants, moderne ? Pas seulement. Je crois personnellement qu'aujourd'hui, la résistance est plus organisée sur Internet qu'ailleurs. C'est dommage surement car les protestations seraient surement plus efficaces si elles prenaient une forme plus participative à la vie politique, encore faudrait-il pour cela une véritable révolution copernique de l'organisation de cette vie politique et entre autre du fonctionnement même des partis, tant en Allemagne qu'en France.

 

Le pire est que je ne suis pas sure que les réformes des collectivités territoriales en France, voir à ce sujet l'article trop peu commenté de Vincent Verschoore : La réforme des collectivités territoriales ou le joug de l'Etat nouveau vont favoriser le changement de pratiques en la matière !

 

Aphasix lui ne résiste pas à la tentation de comparaison : " Stuttgart 21 est vraiment intéressant. Comment un projet multimilliardaire peut être gêné, voire stoppé par de simples citoyens. Et en France ? Simple : 3,5 millions de personnes dans la rue sans effet."

 

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