christian andreo
Dirigeant associatif (c'est pas mon association qui écrit c'est moi, gnagnagna)
Abonné·e de Mediapart

11 Billets

0 Édition

Billet de blog 16 avr. 2020

COVID, la colère.

Il fallait que j’écrive parce que je ne sais pas quoi faire de ma colère. Ca monte depuis le début du confinement, ça se calme, ça revient par vague, un peu comme une épidémie de COVID-19, tiens. Et là depuis la dernière « allocution » du Président de la République, ça déborde. Littéralement, ça déborde. J’ai envie de tout casser.

christian andreo
Dirigeant associatif (c'est pas mon association qui écrit c'est moi, gnagnagna)
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Sérieusement, entre nous, vous y croyez au monde d’après ?

Quelle sinistre blague.

Ne serait-ce que l’évoquer est indécent.

Je n’en peux plus de ce combo d’arrogance et de cynisme débité par des incapables.  Et quand tout ceci sera fini, on prendra les mêmes pour mieux recommencer. Il n’y a pas d’issue.

Confinement ou pas, on devrait être en train de marcher sur l’Elysée avec des pelles et des pioches.

A l’ancienne.

Mais nous ne faisons rien.

Bien sûr que nous ne faisons rien, car nous subissons ce terrible renversement de responsabilité où le premier abruti qui fait du jogging hors des heures de promenade est montré du doigt par tout le pays, alors que les véritables responsables s’organisent une sortie médiatique par semaine pour tromper leur ennui et flatter leur égo.

« Allo bonjour c’est pour dénoncer ».

Pendant que les soignants et les petites mains – la plupart féminines - de l’économie jouent leur vie, la répression continue. Ca dénonce et verbalise à tour de bras, quand il s’agit d’acheter des drones, il n’y a ni lenteur administrative ni problème de budget. Et puis c’est un investissement d’avenir, ça servira toujours pour plus tard.

Je n’en peux plus de ces parallèles avec les acquis de la lutte contre le sida. La seule image qui nous est renvoyée est le miroir de nos propres échecs. Les malades du sida étaient jeunes et en colère, là ce sont les vieux qui crèvent, seuls et en silence. C’est une victoire d’avoir réussi à faire recenser les morts des EHPAD ?

On en est là.

Et puisqu’on en parle, elle est où la parole des malades ? Elles sont où les superstructures représentatives des usagers de système de santé ? Elle est où « La voix des usagers » ?

En train de préparer les actions de groupe j’espère, histoire de faire oublier ses  atermoiements passés sur la destruction de l’hôpital public.

Tant qu’on y est, ne serait-il pas de bon ton d’exiger la publication immédiate des enregistrements des débats du comité scientifique ?

Ca permettrait de mesurer l’écart entre les préconisations des uns et l’action des autres. Ca mesurerait par la même occasion le degré de compromission d’experts vieillissants qui jouent la dernière carte médiatique de leur trop longue carrière.

Vous en voulez des grandes batailles ?

On en est à se mobiliser pour que la mairie de Paris daigne accélérer le mouvement pour ouvrir les fontaines et donner accès à de l’eau aux personnes qui pourrissent dans la rue.

De l’eau.

Accès à l’eau.

A Paris, en 2020.

Cette honte. Mais il y en tellement d’autres.

Vous vous souvenez peut-être du tollé déclenché par les déclarations de Boris Johnson sur la fameuse « immunité de groupe » ?

Et bien c’est exactement ce que le gouvernement français est en train de faire.

Sans le dire.

Faute de pouvoir déployer une stratégie "à l'allemande" autour de 4 axes :

  1. Protection par confinement et masque,
  2. Dépistage à grande échelle,
  3. Quarantaine des dépistés et symptomatiques,
  4. Traitement / hospitalisation des cas graves ; la France se résigne à adopter une stratégie "à l'anglaise/ hollandaise" de diffusion lente du virus dans la population au bénéfice de la fameuse "immunité de groupe".

Dans ce cas, on laisse diffuser le virus par vagues successives, certes en s'efforçant de limiter l'impact des vagues en termes de mortalité, mais en sachant bien que l'on agit pour le noyau central de la population en bonne santé. Tant pis pour les faibles et les improductifs, les « vulnérables ». On les ressortira quand on pourra. Ils seront de toute façon beaucoup moins nombreux à l’arrivée.

Bien sûr, cette stratégie est bien plus subie sous la contrainte du manque de moyens que véritablement délibérée. Il n'empêche que je ne vois rien d'autre comme option, sauf à penser que le gouvernement navigue complètement à vue sans réelle stratégie, ce qui n'est guère plus rassurant.

Or, on ne sait même pas si l'immunité acquise dure plus deux mois. Il y a désormais suffisamment de cas de re-infections documentés. Mais on s’apprête à lâcher les gosses, les meilleurs vecteurs de germes. Pas besoin de jouer les cassandres : envoyons les pions au turbin et attendons la vague. Quel dommage que Brice de Nice se soit barré en Suisse.

Ce rêve d'immunité collective est chimérique en plus d'être criminel.

Qu’il s’agisse des masques ou du dépistage, il ne s’agit que de s’adapter et à la pénurie et d’essayer de préserver le business.

Le business avant tout, as usual.

Parce qu’en ce qui concerne le dépistage, là par contre on est bien à notre place dans le fond du classement. 38e au nombre de tests pour mille habitants. Mais vous avez entendu nos gouvernants : « ça n’aurait aucun sens de tester à grande échelle ».

Ben voyons.

Hey les complotistes avec vos vidéos débiles, là. Pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures : OUI on nous ment, et dans les grandes largeurs.

On nous ment parce que la pseudo stratégie pour venir à bout de l’épidémie n’est qu’une suite de mesures bricolées faute de moyens pour protéger les responsables de ce désastre.

Il devrait suffire de regarder comment l’Allemagne gère cette crise et suivre son exemple. 

Nous en France, la pensée magique des néo-libéraux préfère s’en remettre au gourou marseillais qui n’est champion que de sa propre communication mais qui correspond tellement bien à l’égo de notre pays et de ceux qui le gouvernent.

Mais alors, tu ne proposes rien me direz-vous ?

Non, je ne propose rien car je n’espère rien, je n’attends rien.

Ils « assument » les morts des municipales, ils assument de nous avoir envoyés dans le mur comme demain ils assumeront de nous taper sur la gueule à nouveau pour qu’on retourne bosser.

Ils le feront parce qu’ils n’ont pas le choix, ils ne sont pas assez intelligents pour reconnaître leurs erreurs et l’usage de la force est l’apanage des faibles. Mais ils n’ont surtout pas le choix car reconnaître leurs erreurs entraînerait l’effondrement de leur système.

Il n’y a pas de monde d’après.

Mais j’aimerais tellement me tromper.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Algériens sans papiers : la France ne peut plus les expulser mais continue de les enfermer
Dans un courriel confidentiel, le ministère de l’intérieur reconnaît l’impossibilité, à la suite des tensions diplomatiques entre Paris et Alger, d’éloigner les Algériennes et les Algériens sans papiers. Et pourtant : leur enfermement en centres de rétention se poursuit. Une situation « absurde » dénoncent associations et avocats.  
par Yasmine Sellami et Rémi Yang
Journal — Extrême droite
Révélations sur les grands donateurs de la campagne d’Éric Zemmour
Grâce à des documents internes de la campagne d’Éric Zemmour, Mediapart a pu identifier 35 de ses grands donateurs. Parmi eux, Chantal Bolloré, la sœur du milliardaire Vincent Bolloré, qui siège au conseil d’administration du groupe. Premier volet de notre série sur les soutiens du candidat.
par Sébastien Bourdon, Ariane Lavrilleux et Marine Turchi
Journal
La réplique implacable de Laurent Joly aux « falsifications » sur Vichy
En amont du procès en appel ce jeudi du candidat d’extrême droite pour contestation de crime contre l’humanité, l’historien Laurent Joly a publié un livre dévastateur. Il pointe ses mensonges sur le régime de Vichy, et analyse les raisons politiques de cette banalisation des crimes de l’époque.
par Fabien Escalona
Journal
Le parti républicain poursuit son offensive contre le système électoral
Un an après l’investiture de Joe Biden, le 20 janvier 2021, ses adversaires cherchent à faire pencher les prochaines élections en leur faveur en modifiant, avec une ingéniosité machiavélique, les rouages des scrutins. En ligne de mire, le vote de mi-mandat de novembre, grâce auquel une grande partie du Congrès sera renouvelée.
par Alexis Buisson

La sélection du Club

Billet de blog
On a mis Molière dans un atlas !
Un auteur de théâtre dans un atlas ? Certes, Molière est génial. Parce qu'il n'a laissé quasiment aucune correspondance, un trio éditorial imagine comment Jean-Baptiste Poquelin a enfanté "Molière" dans un atlas aussi génial que son objet. (Par Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Molière et François Morel m’ont fait pleurer
En novembre 2012, François Morel et ses camarades de scène jouaient Le Bourgeois gentilhomme de Molière au théâtre Odyssud de Blagnac, près de Toulouse. Et j’ai pleuré – à chaudes larmes même.
par Alexandra Sippel
Billet de blog
Quoi de neuf ? Molière, insurpassable ! (1/2)
400e anniversaire de la naissance de Molière. La vie sociale est un jeu et il faut prendre le parti d’en rire. « Châtier les mœurs par le rire ». La comédie d’intrigue repose forcément sur le conflit entre la norme et l’aberration, la mesure et la démesure (pas de comique sans exagération), il reste problématique de lire une idéologie précise dans le rire du dramaturge le plus joué dans le monde.
par Ph. Pichon
Billet de blog
Molière porte des oripeaux « arabes »
Le 15 janvier 2022, Molière aurait eu 400 ans. Ce grand auteur a conquis le monde, a été traduit et adapté partout. Molière n'est désormais plus français, dans les pays arabes, les auteurs de théâtre en ont fait leur "frère", il est joué partout. Une lecture
par Ahmed Chenikii