Le grand n'importe quoi de notre D(r)ame

A des degrés divers, nous avons toutes et tous été affectés par l'incendie de Notre Dame. C'est bien la moindre des choses : assister en direct à la destruction d'un des monuments les plus emblématiques de la capitale, ça fait un choc. Notre époque étant ce qu'elle est, au choc a bien vite succédé une jolie série de n'importe quoi ainsi que quelques révélations.

La révélation : les caisses ne sont pas vides !!!

A la surprise générale, il semblerait effectivement qu'il y ait de la richesse en France. Heureusement que l'ISF a été supprimé, ce qui a permis aux riches de revenir juste à temps dans notre beau pays et faire preuve de leur prodigalité légendaire. Malheureusement, dans le nouveau monde, par définition rien ne se passe plus comme avant et là PAF ! Premier écueil : la générosité à destination des vieilles pierres passe assez mal quand une bonne partie du pays a du mal à boucler les fins de mois. Les gueux sont vraiment casse-délire, incapables de se réjouir du grand élan national de générosité de nos mécènes exilés fiscaux. Et là REPAF ! deuxième écueil : s'il y a bien une leçon que tous ces gens n'ont pas tirée de l'histoire récente, c'est que lorsqu'on veut montrer à la face du monde un comportement vertueux, il vaut mieux que le comportement privé suive la même ligne. A titre d'exemple, si vous voulez briller à la tête de la commission des finances de l'Assemblée Nationale, mieux vaut éviter d'être exilé fiscal. Autre exemple : si vous voulez vous faire remarquer en vous barbouillant de rouge à lèvres pour la journée internationale des droits des femmes, mieux vaut éviter de sauter sur vos collègues et collaboratrices. Ceci marche également très bien avec l'église catholique et la sexualité mais c'est un autre sujet (encore que Notre Dame est loin d'être un lieu neutre en la matière, on se souvient bien d'où partaient certains messages anti-mariage pour tous, car on oublie rien et on ne pardonne pas). Certains généreux donateurs généralement plus enclin à vous montrer leur collection d'art qu'à sauver le monde ont donc du modérer leurs ardeurs et annoncer dans un deuxième temps qu'ils renonçaient à leurs avantages fiscaux.

Pour cette fois.

S'en est suivie une course au don assez spectaculaire allant de la grenouille de bénitier du Puy en Velay jusqu'à... l'Olympique de Marseille ! Club dont l'attachement à la capitale m'avait un peu échappé, tout comme la générosité envers sa propre ville en ruines. Il avait en effet fallu un peu insister auprès des Olympiens pour qu'ils sortent quelques subsides en soutien aux victimes des immeubles effondrés de la rue d'Aubagne, immeubles qui - il est vrai - étaient tout de même bien moins catholiques.

Rédemption j'écris ton nom : la crise est finie, le pays est sauvé !

Quand on aime on ne compte plus, nous voici donc avec une cagnotte qui avoisinerait le milliard... c'est beaucoup plus qu'il n'en faut pour retaper la cahute, même si on associe Jean Nouvel au chantier. De quoi faire rêver ce généreux internaute - malheureusement anonyme - qui proposait que chaque français se voit remettre un million d'Euros prélevé sur le surplus ! Après tout, il en resterait largement assez, ça détendrait tout le monde, relancerait l'économie et remettrait Monaco et le 16e arrondissement à leur juste place.

Mais peut-être à ce stade faudrait-il aussi dire deux mots sur une vision assez élastique de la laïcité...?

Mais pour cela je préfère laisser la parole aux spécialistes, j'ai nommé bien entendu nos amis du Printemps Républicain qui sur Twitter (where else ?) ont déclaré sans ambiguïté : "Hommages et infinie reconnaissance aux pompiers qui se battent en première ligne ce soir. Pensées au soldat du feu grièvement blessé. Merci à eux de servir la République avec dévouement et courage."

Euh... ok, bon d'accord, et bien, reprenons.

Donc, alors que l'on pensait avoir enfin la solution pour le pays ("si on avait su on l'aurait cramée avant", "oui mais on pouvait pas il pleuvait tout le temps" aurait-on entendu quelque part en Corrèze), notre Président, jamais en retard quand il s'agit de se mesurer l'égo, balançait à la télévision - quitte à contredire Catherine Deneuve - que la cathédrale serait reconstruite en 5 ans !

BEN VOYONS

Alors certes, les idées prennent vie quand vous êtes pétés de tunes mais même en remplaçant l'ENA par une école de charpentiers et en réquisitionnant tous les improductifs genre intermittents du spectacle, travailleurs sociaux et en faisant travailler gratuitement - pour leur bien - les réfugiés, on risque d'avoir un léger problème de main d'œuvre. Mais qu'importent les contingences matérielles quand on a l'occasion de promettre l'aboutissement d'un nouveau chapitre du roman national qui - la vie étant bien faite - tomberait à point nommé dans un second quinquennat. Il reste éventuellement à convaincre le ministre de l'intérieur de ne pas organiser de rave façon scène inaugurale de Basic Instinct dans ce qu'il reste de Notre Dame mais à part ça, je ne vois pas ce qui pourrait clocher : ce que le Président veut, le Président aura !

Et comme cet homme a décidément du mal à ne pas tout ramener à lui, la campagne de souscription nationale est lancée. Elle a pour slogan : "C'est Notre dame" : ça vous rappelle quelque chose, non ?

C'était quoi déjà, au départ, "Notre Projet" ?

 

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