« Crise des réfugiés » : Et puis vint la honte.

Etrange expérience. Je suis mort de honte. Je ne supporte pas le sort que la France et l'Europe réservent aux réfugiés. Tout ça sous mon regard impuissant. Avec la bénédiction de mon vote.

Je n’arrive pas à évacuer cette sensation que se déroule sous mon regard impuissant un drame humanitaire auquel, d’une certaine façon, j’ai contribué. Par mon vote, par ma passivité, mon inaction.

Il faut dire que je n’ai pas que ça à faire.

Comme tout le monde.

Il faut dire que je suis sur d’autres luttes.

Comme certainEs.

J’en viens à espérer que les générations futures nous jugeront avec tout le mépris que nous méritons pour avoir laissé faire. Quelque part je l’espère, parce que cela voudra dire que les temps auront changé, que ce qui est terriblement acceptable aujourd‘hui ne le sera plus en d’autres temps, meilleurs, forcément meilleurs.

Je suis mort de honte parce que je ne supporte pas le sort que la France et l’Europe réservent aux réfugiés. Et ce sentiment horrible d’avoir contribué à ce carnage en votant pour les dirigeants qui mènent cette politique.

C’est nouveau la honte pour moi, d’habitude je suis en colère.

Mais là, non. Je n’y arrive pas tellement ce qui se passe me dégoute.

Le premier haut le cœur, cette sensation physique provoquée par les déclarations de Manuel Valls  affirmant que l’Union Européenne devait faire passer le message que : « Maintenant,  nous n’accueillons plus de réfugiés ».

On en a tellement accueilli avant, faut dire.

C’est vrai quoi, nous ne sommes que l’un des pays les plus riches du monde, on ne va pas non plus s’emmerder à assumer les conséquences humaines d’un désastre que nous avons largement contribué à créer.

Au fait, ça coûte combien en « équivalent soutien de l’Etat à Dassault Aviation » l’accueil de quelques milliers de réfugiés ? Just asking.

Bien sûr que nous avons les moyens de leur venir en aide. Si nous ne le faisons pas, c’est par choix. Délibéré.

Le deuxième haut le cœur, le malaise devant le démantèlement d’une partie de la « jungle » de Calais. Comme s’il n’était pas suffisant d’avoir à accepter que nous laissons sciemment des êtres humains vivre dans ces conditions, le peu qu’ils ont réussi à construire sur nos égouts il nous faut encore le détruire.

Parce qu’il ne faudrait pas trop qu’ils s’installent non plus.

C’est vrai ça, ils sont tellement bien accueillis ici, c’est à se demander pourquoi ils s’obstinent à vouloir traverser la Manche.

Quelqu’un leur a dit que la bouffe était dégueulasse de l’autre côté ?

Et le coup de grâce.

La sidération devant la veulerie d’une Europe qui achète en soldes à la Turquie la gestion - à n’en pas douter spectaculairement humaniste - de tous ces gens dont nous ne voulons pas.

On dirait une passation de marché public dans les Hauts de Seine.

Refilons les réfugiés à la Turquie, vous voyez bien qu’ils nous gênent. Oui, alors bon, certes la situation n’est pas idéale mais ne soyons pas tatillons.

On se fait confiance, hein ? Nous sommes entre gens civilisés. Certains de nos gouvernements sont même de gauche, il parait.

Je suis mort de honte de ne pouvoir rien faire.

Alors oui, je signe des pétitions, je donne du fric mais ça c’est de la réparation, cela peut me soulager moi, en aider quelques autres, mais cela ne change rien au fond du problème.

Nous restons responsables de ce qui se déroule sous nos yeux.

Bon, alors quand même oui j’exagère, d’ailleurs on a touTEs vachement été émuEs quand on a vu la photo du gamin mort sur cette plage.

Comment il s’appelait déjà ? je me souviens juste de son pull rouge.

Je suis né au bord de la méditerranée, je ne sais pas si je vais être capable de me baigner à nouveau dans cette eau où se décomposent les cadavres de ces hommes, femmes et enfants que nous avons renoncé à secourir.

Ce n’est plus une mer, c’est un cimetière.

 

Sans fleurs, ni couronnes.

 (En parlant de pétition, sur le sujet circule celle-ci, à l'initative d'un collectif de citoyenNEs : https://www.change.org/p/martin-schultz-pr%C3%A9sident-parlement-europ%C3%A9en-moi-europ%C3%A9en-ne-je-refuse-que-les-r%C3%A9fugi%C3%A9-es-soient-refoul%C3%A9-es-en-mon-nom )

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