Chamanisme, le retour d'un Phénix

Des publications académiques articulent neurosciences et chamanisme. Tiens ! On ne brûle plus les chamanes ! On étudie les sons du tambour et l'intérieur du cerveau du chamane et de son "patient". La transe comme nouveau volet de l'arsenal clinique ? Recruter des médecins et des psychologues avec "capacité à entrer en transe à la demande" ?

Les bouddhistes tibétains ont assassiné les chamanes - Ossendowski.
Les chrétiens ont assassiné les chamanes.
Les communistes ont assassiné les chamanes.
"Compétition des bonnes nouvelles" nous dit Peter Sloterdijk.
Mais les dites bonnes nouvelles ont déçu : Dieu est mort et le communisme aussi !!!

En 2020, en Europe, le chamanisme est à la mode.
En Amérique du nord, le chamanisme est à la mode.
En Amérique du sud et dans le monde entier le chamanisme est à la mode.
Mais, derrière la mode, quoi ?

Qu'a-t-on perdu en assassinant les chamanes ?
Des "trucs" dont on réalise l'importance aujourd'hui ! 

Nous allons voir les pertes ... et les trucs chamaniques à retrouver.  

Pertes sèches

Au fil des siècles, une partie du savoir-faire des chamanes herboristes a été « extrait » – avec plus ou moins de bonheur – par les pharmaciens.
Au fil des siècles, une partie du savoir-faire des chamanes arracheurs de dents a été « extrait » – avec plus ou moins de bonheur – par les chirurgiens-dentistes.
Excellent exemple, les arracheurs de dents ! 
En effet, ils étaient experts en transe analgésique : pas de douleur quand on enlève une dent et en plus … ça ne saigne pas !!!

En 2020, les chirurgiens-dentistes sont-ils formés à la transe analgésique pour les patients allergiques à la chimie antalgique ?
Non ! Mais tous les espoirs sont permis ! (1)

Ce que l’on nomme aujourd'hui « médecine », « psychologie clinique », etc. sont des « extraits » plus ou moins heureux des savoir-faire des chamanes – dans le sens large de la fonction - herboristes, arracheurs de dents, chirurgiens, psychothérapeutes, etc..

Pertes subtiles

Donc, quantité de savoir-faire très concrets ont été perdus - nous avons vu les herbes et la transe analgésique, il y en a bien d'autres.
Voir, par exemple, notre étude sur la thérapie minérale
On imagine sans peine que si l'on est capable de perdre des savoir-faire concrets, la perte est encore pire pour les savoirs et savoir-faire subtils.
Dans la bonne nouvelle du chamane, il y a des choses subtiles : 

  • le "truc" qui est à l'oeuvre dans la télépathie/télétransmission
  • le "truc" qui est à l'oeuvre dans le fait de "prendre le mal"
  • le souffle dans ses versions créatrice, purificatrice, etc.
  • l’énergie indispensable comme support du souffle
  • les esprits - alliés et guides
  • les âmes

Quand on perd la connaissance des "trucs" on perd, bien sûr :

  • la connaissance des troubles qui peuvent affecter le souffle, l’énergie, les âmes, etc.
  • la connaissance des thérapies pour effacer ces troubles avec l'aide des alliés et des guides

Un exemple
Ce matin Francine - jeune femme tout à fait saine d'esprit et totalement ignorante en "spirit" - me raconte comment elle a perçu la présence d'une âme dans la maison où elle dort de temps en temps.
Francine me raconte comment elle a "improvisé" - à l'insu de son plein gré - la relation adéquate avec cette âme afin que l'âme et la maison retrouvent la paix.
J'ai pu accueillir sereinement son histoire car j'avais déjà "en réserve" une ou deux histoires d'âmes.
Second exemple
Claude est un entrepreneur prospère, intelligent, sensé.
Il achète une maison dans un petit village rural à un prix défiant toute concurrence.
Lui, son épouse et leurs deux enfants s'installent et assez rapidement ...
La petite fille : "La nuit, je vois le fantôme d'un monsieur dans ma chambre !"
Le petit garçon : "La nuit, il y a des ombres dans ma chambre !"
Par chance, le couple connait quelqu'un qui connait Georges Prat, célèbre "chamane scientifique".
Georges explore la maison, y trouve les âmes de deux pendus et aide ces âmes à se libérer et à vivre leur ascension.
Ce que Georges Prat fait méthodiquement, Francine - ci-dessus - l'a fait intuitivement.
A partir du "traitement" des pendus, les enfants dorment paisiblement.
Claude est très sceptique.
Il fait une enquête dans le village.
Un villageois lui rit au nez : "Eh, le gars de la ville, pourquoi tu crois que la maison était pas chère ?
Parce que tout le monde sait qu'elle est hantée !
"
Claude - avec l'état civil, les actes notariés, etc. - trouve l'histoire de deux habitants de la maison qui se sont pendus exactement aux endroits où les enfants voyaient les fantômes et où Georges Prat les a identifiés !!!

N.B. : Au Québec, aux USA dans certains états et ailleurs dans le monde la déclaration d'un antécédent de suicide ou de meurtre est obligatoire lorsque l'on vend un bien immobilier.

Raconte moi ton fantôme ! 

Francine, Claude et les autres ne sont pas fous : ils ne racontent pas leur histoire de fantôme à tout le monde !!! 

Alors, pourquoi me la racontent-ils à moi ? 

D'abord parce que je ne suis pas ce que l'on nomme un "sceptique".
Un sceptique c'est quelqu'un qui se prend pour Saint Thomas, il ne croit que ce qu'il voit.
Or ...
Quantité de phénomènes cosmiques ne se voient pas.
La quasi totalité des phénomènes psychiques ne se voient pas.
Une infinité de dynamiques du vivant ne se voit pas - méridiens d'acupuncture, etc.

Les Sceptiques du Québec ont une certaine notoriété.
J'invite le lecteur à leur raconter l'histoire de Francine et celle de Claude wink

Etre sceptique sur le scepticisme

J'ai grandi dans une famille particulièrement sceptique.
J'avais un traumatisme de naissance qui se soigne particulièrement bien par une thérapie néo-chamanique, celle du Cri primal.
J'ai été "privé de Cri primal" par les sceptiques.

Il y avait, dans ma famille, des "cadavres dans les placards" = des défunts assez récents dont on ne parlait jamais.
Gamin, j'ai débusqué les cadavres en question : ouf !

Je suis devenu très sceptique ... sur le scepticisme de mes parents, des enseignants, des médecins, des psychologues, etc.

Libéré du masque à œillères du scepticisme, j'ai pu être "à l'écoute" des gens et du monde.
Au fil de quelques voyages, j'ai rencontré - sur les cinq continents - des gens qui racontent leur relation avec les esprits/souffles, leur relation avec les âmes, leur relation avec les alliés de l'autremonde porteurs de force et de puissance, leurs relations avec les guides porteurs de réponses et de solutions.

Le chamane, la clinique et la science

Ce sont d'abord les anthropologues qui ont décrit de l'extérieur les pratiques du chamane.
Ensuite des cliniciens comme Devereux et Nathan ont "modélisé" une partie du savoir faire des chamanes.
Aujourd'hui, des chercheurs en neurosciences prennent la palette des outils du chamane très au sérieux. (2) 

Prendre le chamanisme au sérieux  

En mai 2017, je commence à écrire sur les musiques de guérison.
Le mois suivant, je continue avec le site sur l'auto-chamanisme.
En 2020 j'écris mon centième article.

Le chamanisme pour les Nuls

Comment résumer 100 articles sur le chamanisme et les questions qui lui sont reliées ?

Conversation avec Mick

Mick me dit : "Une étudiante m'a dit qu'à la fac on lui a enseigné qu'un chamane c'est un psychotique."

Comment un prof de fac peut-il dire une telle connerie ? Lui seul a la réponse !

Un prof est censé lire de temps en temps le travail scientifique sur la matière qu'il enseigne.
Par exemple, l'excellent article de Philip M. Coons (1993) 
En bref :
- le chamane provoque son état de transe et de dissociation tandis que le malade est victime de la dissociation
- le chamane tape sur un tambour, le malade pas
- le chamane sait qu'il active sa pensée bicamérale et autre, le malade ne le sait pas
- le chamane revient à volonté de son voyage bicaméral, le malade ne sait pas revenir seul
- le chamane a une place de thérapeute dans son territoire, le malade a une place de ... malade
- le chamane ne va pas chez le psychiatre pour être guérit de son talent thérapeutique !!!

Le patient du chamane

Vu sur mon site Chamane urbain.

Eric

Dernier entretien d’Eric avec le médecin du service des maladies orphelines :
« Eric, je dois vous dire que votre maladie est totalement inconnue des savants de la médecine occidentale.
Nous ne pouvons vous proposer aucun dispositif thérapeutique.
Mais je suis certain, et je parle en mon nom, que vous trouverez une solution à votre maladie. »
« Merci Docteur ! »
Eric va rencontrer un chamane et développer son savoir faire d’auto-chamane.

Emilie

Dernier entretien d’Emilie avec le chef de service des PTSD – traumatismes post attentat, etc. :
« Chère Emilie, vous avez fait un certain nombre de séances à visée thérapeutique avec les professionnels de notre service.
Votre problème n’a pas changé : vous faites autant de cauchemars terribles.
Voici le n° de téléphone d’un « thérapeute non-conventionnel », il pourra vous aider.
Cela reste entre nous. »
« Merci Professeur ! »
Le thérapeute non-conventionnel « prend le mal » d’Emilie lors d’un travail avec transe.

Le patient du chamane est porteur d’une maladie du corps ou de la pensée ET :
– soit sa maladie est inconnue de la médecine officielle – cas d’Eric,
– soit sa maladie est connue mais le système officiel ne sait pas proposer de dispositif thérapeutique idoine – cas d’Emilie où il fallait " prendre le mal à l’occasion d’une transe".

Il n’est pas rare que le patient du chamane soit … un médecin, etc. car, qui mieux qu’un praticien de la santé sait quand il faut aller chercher un dispositif thérapeutique « ailleurs » ?

Le guérisseur blessé

On ne fait pas un "plan de carrière" pour devenir chamane.
Corine Sombrun raconte comment ça lui est tombé dessus.
Tous les chamanes :
- soit ont eu une maladie chamanique ou un accident qui a été déclencheur de leur "vocation"
- soit sont dans une lignée où l'on se rappelle de la blessure chamanique initiale 

La mode aidant, des "écoles de chamanisme" s'ouvrent.
Ont-elle un rapport avec l'aventure du guérisseur blessé ?

Incorporer les savoir-faire du chamane dans les études de médecine ?

La séance chamanique ce n'est pas un praticien cool qui regarde un patient entrer en transe !!!

La médecine chamanique est une médecine participative : le praticien entre en transe, il "prend le mal", etc. - voir cas ci-avant.

Une fois qu'il a pris le mal, il doit recourir aux esprits pour s'en débarrasser !!!

Si l'on veut avoir des médecins avec ces capacités, il va falloir développer un bac spécialité chamanisme !!! 

 

Notes

(1) Il y a des exceptions ; j'ai ainsi pu me faire arracher - en France - une dent de sagesse sans produit chimique.  

(2) Neuf exemples de publications académiques récentes :

Cognitive Neuroscience, Shamanism and the Rock Art of Native California

The neuroscience of trance Harvard

Brain changes during a shamanic trance: Altered modes of consciousness, hemispheric laterality, and systemic psychobiology

Humanity's first healers: psychological and psychiatric stances on shamans and shamanism

Shamanism as the original neurotheology 

Conflicting perspectives on shamans and shamanism: points and counterpoints

Shamanism in the interdisciplinary context

Shamanism : A biopsychosocial paradigm of consciousness and healing

Shamanism as a healing paradigm for complementary therapy

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