Quel peuple rassembler pour les gauches ? Le peuple nation ou le peuple-classe ?

Quel peuple rassembler pour les gauches ? Le peuple nation ou le peuple-classe ?

Quel peuple rassembler pour les gauches ? Le peuple nation ou le peuple-classe ? 

Commençons par citer M Roger Martelli, l’analyste politique de Regards, écrit ceci (dans "A propos du bloc bourgeois" sur Regards - pas de lien spécifique)  : «  rassembler le peuple, rassembler la gauche et lutter pour une gauche bien à gauche sont trois dimensions inséparables, et que jouer l’une plutôt que l’autre conduit au désastre »  Je vois les choses différemment .

Seconde citation : "La stratégie pour un nouveau bloc historique implique également une tentative de réappropriation et de redéfinition de la notion même de peuple." (1) . Les questions sur le "type de peuple" que les forces politiques et altermondialistes  invoquent sont ouvertes au-delà de la définition juridique (exemple : corps politique). On ne peut se contenter de la référence à un « peuple français » (Conseil constitutionnel de mai 1991) contre des peuples intérieurs "ethno-régionaux" (Corse en l’espèce) ou des ex-colonies et encore moins contre un (ou des) peuples au sens de classes populaires ou de peuple-classe, type qui serait laissé aux historiens ou aux minorités culturelles.

Pour nous, les gauches sont aussi en mobilisation de ceux et celles d’en bas, tous les "en-bas".

Quel peuple rassembler pour les gauches ?

 La droite veut rassembler largement un peuple nation en s'adressant aux chers "compatriotes" (sic) (soit un peuple communautaire à 100% moins les touristes et les sans-papiers) , ou à - pour le dire autrement - une communauté nationale (sans ses abstensionnistes fort nombreux), et ce faisant la droite veut rassembler le peuple-classe autour de sa (ou ses) classe(s) dominante(s) nationale(s) mais sans le dire trop fort. Evidemment ! Il lui faudra donc mentir - hypocrisie systémique (lire Patrick TORT ici en 2) pour construire cette "fausse communauté" (communauté avec dominants-dominés), avec un discours de communautarisme national de soumission d'une large fraction du peuple aux classes possédantes et dominantes .

La gauche ne va pas faire cela - ou ne le devrait pas le faire - puisqu'à priori son projet politique et social est anti-capitaliste (entre autre : pas que çà !) s'oppose aux classes dominantes, qui elles sont bien en alliance en soi et pour soi, pour la pleine défense des intérêts du 1%. Tout le problème des gauches de résistance et d'émancipation des classes populaires du classisme (politique de domination de classe) va consister à favoriser les alliances des classes sociales dominées, donc celles au sein du peuple-classe (les 99% grosso modo).

XX

Altermondialiste, nous sommes, quoique hors parti politique, "de gauche" dans la mesure ou l’on accepte de situer un projet politique de transformation sociale, de bifurcation, d'émancipation , bref «  de gauche » , du côté de légalité réelle visée (pas le projet libéral "du loup libre dans le poulailler") et donc de l’émancipation sociale et des diverses émancipations (ce qui est parfois plus théorique que réel, plus pour les discours de congrès que pour les politiques réelles plus favorables au 1% quau peuple-classe), les droites étant elles positionnées du côté du classisme (domination de classe) de la libre entreprise (de lentreprise privée capitaliste avec peu de règles limitatives), du fric dabord et partout et ce pour les classes aisées des 20% den-haut (à écouter Louis Maurin dans Encore plus - 2021) et surtout pour le 1% , mais aussi parfois - surprise - du côté du service public plus parfois que des « gauches de droite » 

Nous, comme acteur altermondialiste, proposons d’aider à rassembler par en-bas le peuple-classe contre le classisme de l’oligarchie et des classes dominantes, tant celles de France que de l’Union européenne . Il est temps d’avoir une politique écologique et sociale favorable au peuple-classe et au monde du travail ! Voilà notre boussole !

Nous, comme acteur altermondialiste, refusons les politiques économiques qui engraissent les classes dominantes tant au plan régional, que national et européen ainsi que mondial (en surplomb d'une humanité-classe bien en-dessous). La bourgeoisie française n’est pas mieux que la bourgeoisie de l’Union européenne. Elles agissent quasiment à lidentique pour conforter les inégalités sociales. Les figures politiques de la droite française ne sont pas plus soucieux de justice sociale que les figures de la droite européenne.

Avec une dimension écologique et sociale soucieuse de justice sociale de type moins pour en-haut et plus pour en-bas ou une dimension nationale et identitaire qui s’accommode du capitalisme dominant? Avec ou sans politique d’insertion des migrant-es ? Avec sa classe dominante ? Avec son 1% ? En attaquant à nouveau, sous prétexte budgétaire,  la fonction publique, les fonctionnaires et les services publics ? En fragmentant territorialement le pays par des logiques de décentralisation sources d’inégalité territoriales ? 

On ne risque alors pas d’aller loin à gauche ! Non pas qu’il n’y ait pas de « gens de gauche » dans le 1% mais c’est alors une « gauche d’alternance » , une gauche modérée dans son projet , pas une « gauche d’alternative systémique » . Pour le dire autrement, c’est l’aile gauche du bloc bourgeois, soit le PS ou des Verts compatible, autrement dit encore une gauche réformatrice du système capitaliste dominant (propriété privée des moyens de production et logique de profit ), productiviste (produire pour le profit sans autre considération), travailliste (sans engager une nouvelle RTT vers les 32H, 30H ou 7h X 4Jours) et extractiviste.

Christian Delarue

1) Panagiotis Sotiris : La stratégie pour un nouveau bloc historique implique également une tentative de réappropriation et de redéfinition de la notion même de peuple. Cela renvoie à un processus complexe, à la fois politique, idéologique et social, à travers lequel le peuple parvient à ré-émerger dans une situation de lutte, non pas en tant que sujet abstrait de la politique bourgeoise, ni en tant que « communauté imaginée » de la « nation », mais comme une alliance potentiellement anticapitaliste de toute les strates sociales qui d’une manière ou d’une autre dépendent pour leur subsistance de leur force de travail. Cela implique aussi de nouvelles formes d’unité du peuple, notamment contre les divisions qui résultent du racisme et des variantes de néofascisme.

http://revueperiode.net/gramsci-et-la-strategie-de-la-gauche-contemporaine-le-bloc-historique-comme-concept-strategique/

2) Je reprends ici des propos écrit en 1986 par Patrick TORT (pris dans un texte ancien d’ATTAC « Démocratie libérale et hypocrisie nécessaire » : "Il devrait être depuis longtemps admis au titre d’une vérité première que dans une démocratie libérale, une politique de droite - quelle qu’elle soit - ne peut se passer d’un discours de gauche, suivant un précepte tacite et très politique, justement, qui enseigne que la dynamique des démocraties à structure inégalitaire soucieuses de persévérer dans leur être est, précisément, la promesse d’égalité. Tel est le piège, infiniment retissé de la République bourgeoise, par exemple.

L’opposition entre discours de gauche et politique de droite a donc toute les chances de n’être qu’une formule à courte vue si l’on convient du fait que l’on doit plus sérieusement reconnaitre à sa place la réalité d’une combinaison fonctionnelle, d’un principe opératoire d’association.

Que signifie cette opposition dans le langage de ceux qui l’articulent ? Elle signifie, une fois débarassée de l’aspect « populaire » qui la rapporte à l’opposition simple entre les paroles et les actes (constat d’un désaccord entre eux, d’où accusation d’hypocrisie politique), que la tonalité égalitariste des discours et des déclarations d’intentions politiques entre en contradiction avec un mode de production, une économie et une société gérés d’une manière inégalitaire, et requérant simultanément un effort continué de séduction du patronat et de la classe capitaliste. En d’autres termes, il s’agit de faire percevoir une antinomie entre un discours politique « marqué à gauche », discours à forte polarité éthique, et d’autre part une pratique politique dictée en fait par des options économiques libérales entrainant d’inévitables convergences avec les attitudes objectivement droitières (soumission prioritaire aux « exigences » du marché). Or si l’on se montre conséquent avec le principe suivant lequel une démocratie libérale repose sur la combinaison très concertée de pratiques économiques et politiques inégalitaires, et d’un discours politique prometteur d’égalité, l’opposition s’efface sous la complémentarité et l’on ne peut plus prétendre fonder sur elle une critique spécifique et sérieuse du réformisme. L’accusation d’hypocrisie est elle-même hypocrite, car elle feint de ne pas voir que c’est à la démocratie libérale toute entière qu’elle s’adresse, et non spécifiquement à la « social-démocratie » réformiste. Il est clair que la ruse de toute politique libérale consiste à persuader ceux qui doivent l’être que l’économie travaille tendanciellement à l’égalitarisation de la société. Nul ne pourrait en, en démocratie défendre le libéralisme s’il n’affirmait qu’il porte en lui la source d’une redistribution sans cesse plus égalitaire. Dans une démocratie libérale, le grand mensonge politique est précisément la promesse d’une société plus juste comme conséquence de l’expansion.

L’analyse correcte eût été de dire qu’il y a en effet, chez les socialistes, « cohabitation » normale d’un discours politique « de gauche » et pratique politique de droite, comme il se doit dans la gestion politique d’une démocratie libérale, qu’elle soit gouvernée par la droite ou par la gauche réformiste."


RN , un COMMUNAUTARISME NATIONAL qui valide un ordre dominant autoritaire. | Le Club de Mediapart

https://blogs.mediapart.fr/christian-delarue/blog/300721/rn-un-communautarisme-national-qui-valide-un-ordre-dominant-autoritaire

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