La solidarité internationale des altermondialistes
Il s’agit de poser pour le débat à titre de contribution une version altermondialiste d’une solidarité de peuple à peuple à partir de la version syndicale de la solidarité des travailleurs et travailleuses entre eux (lire 1)
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La question se pose un peu différemment d’une part parce que le mot peuple est polysémique - et notamment peuple-classe n’est pas peuple-nation ni peuple démocratico-citoyen -, mais aussi parce dans l’altermondialisme il n’y a pas forcément une conception des rapports sociaux capital-travail comme chez de nombreux syndicats (de travailleurs).
L’altermondialisme a cependant un point commun fort avec les syndicats, notamment avec sa formule historique « nous sommes les 99% », c’est celui de se placer en opposition à la classe dominante de son pays comme d’ailleurs du pays voisin et des autres. La dite classe dominante est de nos jours volontiers vue comme seule classe dominante en soi et pour soi, et ce même si des composantes peuvent se différencier.
Si un syndicat ne défends pas à priori sa classe dominante ni même d’ailleurs celle du voisin, il en est de même de l’altermondialisme, lorsque cette formule n’est pas oubliée. Point important.
Le « nous sommes les 99% » (ne pas être rigide sur le chiffre) montre en creux la triple nuisance écologique, démocratique et surtout sociale (classisme) de la (ou des) classes dominante(s), sise(s) dans le 1à 2 % d’en-haut, et pas seulement dans le 0,001% de l’oligarchie mondialisée. Il est très réducteur de ne pointer qu'une oligarchie contre le peuple pour en appeler à une alternative démocratique et citoyenne. La domination de classe (classisme) est alors effacée au moment même ou elle est forte. Il n'y a qu'à lire l'enrichissement du 1 à 2% d'en-haut en dividendes (Oxfam et France Stratégie)
Si le syndicalisme est solidaire à l’international de syndicat à syndicat et complémentairement de travailleurs à travailleurs, hommes et femmes, salariés de public et privé (des 98-99%), plus les chômeurs et les retraités, le tout sans discrimination, l’altermondialisme est lui en solidarité transnationale de peuple-classe à peuple-classe.
Et on notera pareillement, que le type d’alliance à forger entre classes sociales dominées (au sein donc de la sphère du peuple-classe) exclue d’emblée les groupes fascistes qui eux sont - outre la xénophobie et le racisme et autres points - sur une solidarité nationale incluant la classe dominante (toujours) mais aussi son Etat, or l’amitié entre les peuples ce n’est pas l’amitié entre les Etats : première différence !
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Quid de la solidarité politique ?
On peut certes concevoir, à la rigueur, une solidarité politique, qui peut d'ailleurs être différente d'une solidarité avec engagement militaire et guerrier avec un peuple agressé : les ukrainiens, les palestiniens, les syriens, etc .
Le mouvement pacifiste solidaire peut envisager une telle solidarité politique qui ne mobilise pas les forces capitalistes et militaristes mais qui au contraire fait appel à la diplomatie et parfois, quand c'est possible aux forces d'interposition de l'ONU (casques bleus) (2). On passe alors à une amitié de peuple-nation à peuple-nation, qui s’exerce en appui du droit international lorsque tout un peuple est écrasé par un Etat ou une armée surpuissante. Le MRAP et le Mouvement de la Paix sont sur une telle orientation (visioconférence commune récente avec Renée Le Mignot et Roland Nivet) que je peux partager. Mais cela ne doit pas se faire sans vigilance!
Prudence car la notion de communauté nationale est très souvent instrumentalisée par les classes dominantes a leur profit dès la paix survenue et même avant ! En la matière, le droit international est alors le plus souvent impuissant ou plus exactement hors jeu. Mais ce droit peut et doit servir à empêcher les guerres, les réduire lorsqu'elles sont entamées.
La solidarité politique de nation à nation fait aussi l’affaire des extrême-droites nationalistes qui, outre leurs intolérances multiples, sont très accommodantes à l’égard du classisme des classes dominantes, c’est à dire de leurs diverses et multiples politiques de domination dans et hors travail , y compris de division du monde du travail salarié et même plus largement !
Christian DELARUE
1) Les niveaux de la solidarité internationales
2) J'ai fait parti d'une telle force de l'ONU (DECAN) en tant que jeune engagé (5 ans MN) en octobre 1973 (guerre du Kippour) pour le déminage du Canal de Suez. J'ai fait ensuite du droit international public mais sans approfondissement de ce droit spécifique qui a de plus beaucoup évolué depuis les années 70.
Une telle force devrait pouvoir comme mission de s'opposer au génocide de l'armée israélienne contre Gaza, ce peuple n'ayant pas d'armée défensive ou de libération. La chose parait utopique...
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