Activité physique entre sédentarité et sport
En cette période de Jeux Olympiques (JO Paris 2024) ou l'idéologie sportive sévit insidieusement par la promotion de fausses valeurs (les bonnes sont alors détournées en aliénation ou exploitation d'autrui) auprès de spectateurs et spectatrices (télévisuels ou non) des compétitions sportives, une affiche mérite d'être montrée car elle pose, au bon moment, une nécessaire activité physique entre deux excès que sont la sédentarité et le sport, soit le "ne rien faire" physiquement (addiction au canapé) et le "en faire trop" (addiction à l'endorphine)
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Monter les marches peut vous sauver la vie et c'est autre chose que d'accéder au podium
Que l'activité physique soit une saine mise en mouvement - par la marche, le vélo, le jogging, etc - du corps qui vous sorte de la sédentarité c'est simple à comprendre. Il suffit d'ajouter que cette activité physique est bénéfique à la santé en lien avec une bonne alimentation : la marche post-prandiale notamment. Par contre, que le sport soit plus et autre chose que la simple activité physique cela demande sans doute quelques développements (1 - que j'ai pu trouver jadis chez Jean-Marie Brohm alors que je pratiquais moi-même la compétition sportive).
Le sport c'est le souci quantophrénique de tout mesurer dans son activité physique qui devient de plus en plus intense et soutenue avec souvent l'objectif de participer à une compétition, officielle ou non, avec et contre autrui. Il ne s'agit plus dès lors de simplement aller marcher ou "marcher-courir" ou faire du vélo sans recherche du "plus loin, plus vite et plus longtemps", sauf au début de la mise en mouvement. Sans doute l'activité physique régulière permet progressivement ce "plus loin, plus vite, et plus longtemps" mais ce processus surgit naturellement sans le souci "quantophrénique" du sport ou l'on se met à tout mesurer.
Incise sur une pratique atypique : Le "marcher-courir" relève d'une activité physique totalement atypique par rapport aux catégories sportives traditionnelles ou c'est soit l'un soit l'autre. Soit l'un : En marche sportive, vous marchez vite et longtemps mais la technique relève de la marche et vous n'avez pas le droit de courir . Soit l'autre : En course à pied, si vous marchez c'est qu'il y a une faille du corps et de l'entrainement sportif souvent synonyme d'abandon : ce peut être un "point de côté" ou une fatigue qui vous pénalise comme ne pas franchir correctement "le mur" des 30 kms dans un marathon. Vous allez sur le côté sur le trottoir pour laisser passer les autres concurrents.
Et du sport on passe aussi à la sportivisation. La sportivisation c'est d'abord l'excès d'activité physique dans son exercice même par une recherche obsessionnelle - il n'y a plus que çà dans la vie - du "citius, altius, fortius" de Pierre Coubertin (1894) soit le "plus vite, plus haut, plus fort" mais c'est aussi l'extension de la "mentalité sportive" courante (doubler, gagner, vaincre) hors de son champs d'application dans l'emploi salarié, dans l'entreprise et partout dans la vie : aller vite sur la route au lieu de ralentir. On a pu alors - moi aussi après Jean-Marie Brohm - évoquer la sportivisation du monde comme accompagnement du concurrentialisme et de la thatchérisation du monde (2) avec son lot de déshumanisation voire de barbarie.
Ce court papier est évidemment passible de critiques pour atténuer la distinction - notamment le besoin d'entrainement minimal dans certaines activités un peu dangereuses - proposée (que je maintiens). Mais on peut aussi trouver des points qui accentuent plus encore la critique : diversion du sens citoyen par le sport, sport envahissant le temps vécu, passion émotionnelle de masse (dite peste émotionnelle), etc. Voir commentaires.
Christian Delarue
1) Cet article veut montrer le positionnement d'une pratique simple (sans mystique ou guide) mais désaliénante et source de bonne vie , de vie saine dirait Erich Fromm, sans trop entrer dans des développements critiques : On trouvera un article publié en 2013 par Denis Collin (qui fut sur Médiapart ) sur le spectacle sportif comme aliénation de masse de Jean-Marie BROHM qui a porté longtemps une critique freudo-marxiste du sport
2) Sportivisation du monde avec thatchérisation du monde
NB : Le "entre deux excès" peut aussi faire penser - avec Erich Fromm pour ma part - au souci d'un "moi" se tenant dans la vie courante dans un espace de liberté sans excès entre d'une part le çà débridé de la jouissance et des instincts et d'autre part le surmoi pesant et culpabilisant d'une lourde contrainte morale ou des normes sociales dominantes. Un usage libre du triptyque freudien.