Une primaire de toute la gauche : finalement chiche!

J'ai eu un premier et violent rejet instinctif à l'idée de voter dans une primaire à laquelle pourraient participer François Hollande ou Manuel Valls aux cotés de Jean-Luc Mélenchon, de Cécile Duflot ou de Pierre Laurent. La réflexion me conduit à l'idée que la situation politique du moment impose de trouver un moyen de renverser la table et que la primaire pourrait être ce moyen.

Avant d'en venir au projet de primaire, il me semble nécessaire de revenir brièvement sur le bilan des élections régionales pour ce que j'appelle d'un coté la Gauche ( soit PC, Parti de Gauche et Verts) et de l'autre coté le Parti Socialiste.

Il me semble que la Gauche (telle que je viens de la définir) s'est comportée lamentablement et a laissé passer une opportunité importante de faire avancer les idées de changement en se présentant en ordre totalement dispersé à ces élections. Dans ma Région Nord-Pas-de Calais-Picardie le PC s'est présenté seul, les Verts et le Front de Gauche unis. Le résultat a été lamentable pour les trois partis. Dans quelques régions comme Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, les trois partis étaient unis. Là, le résultat a été juste honorable mais l'absence de toute campagne nationale unifiée a empêché de tirer pleinement parti de cette unité. Dans cette situation, le Parti Socialiste peut avoir l'impression d'avoir sauvé les meubles et surtout, la conviction qu'il n'y a aucune force politique significative à sa gauche. Les députés "frondeurs" socialistes qu'un bon résultat de la Gauche aurait pu convaincre de s'affirmer davantage ne peuvent qu'en retirer l'idée qu'il n'y a pas de salut électoral en dehors du P.S.

Carton rouge donc aux dirigeants des trois partis de gauche dont je me sens proche. Vous avez été nuls!

Pour moi, aujourd'hui et déjà hier, dans la situation de faiblesse de ce que j'appelle la Gauche, l’union s'impose et s'imposait. Je sais qu'il y a des divergences entre ces trois forces politiques, je sais qu'elles ont une histoire différente mais, lorsque l'on examine les idées et les principes, les points d'accord me semblent l'emporter largement sur les considérations de boutique et de personnes qui ont finalement dominé la dernière élection régionale. Comme tout semble continuer à l'identique, nous allons vers l'immense ridicule de trois candidatures de gauche à la prochaine élection présidentielle. On voit très bien les manoeuvres en cours de (en ordre alphabétique car leur responsabilité me semble égale) Cécile Duflot, Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon. Dans ce contexte, François Hollande et le Parti Socialiste n'auront aucune difficulté à se présenter, pour quelques semaines, comme la seule possibilité de gauche effective face au Front National.

Ma première idée était donc d'aller vers une Primaire de la Gauche excluant le Parti Socialiste et les défenseurs d'un social-libéralisme que j'exècre. Comment envisager de débattre et surtout de soutenir éventuellement ensuite quelqu’un comme François Hollande !

A la réflexion, je trouve finalement que cette position acte, avant même la bataille, la défaite de la Gauche dans le combat des idées. Elle me semble faire preuve d’un pessimisme outrancier et d’un manque d’imagination tactique.

Je m’explique : qui finalement peut craindre de venir devant les électeurs de la Gauche et du Parti Socialiste ?

Pensez-vous que François Hollande et Manuel Valls puissent venir défendre leur politique devant ce public ? Je ne peux croire à la possibilité, pour eux, de convaincre une deuxième fois que « Leur ennemi, c’est la finance » ! Quand je vois la Ligue des Droits de l’Homme et la Ligue de l’Enseignement manifester contre, je ne peux croire qu’ils sauront convaincre du bien-fondé de la déchéance de nationalité pour les binationaux ou du statut de dangereux criminels des syndicalistes d’Air France et de Goodyear.

Il me semble, au contraire, que Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent ou Cécile Duflot auraient tout à gagner à pouvoir présenter leurs propositions devant l’ensemble du peuple de gauche et les électeurs socialistes. S’agissant de François Hollande, j’ai, d’ailleurs la conviction qu’il refusera d’entrer dans l’arène des primaires et s’abritera derrière son statut de monarque présidentiel pour essayer de se présenter. Cependant les Socialistes savent qu’il sera pratiquement impossible de remporter la prochaine élection présidentielle, s’ils ne trouvent pas d’abord une forme d’union de toute la Gauche (au sens traditionnel du mot).

La proposition de primaires de toute la Gauche et du Parti Socialiste me semble finalement de nature à « renverser la table » de la défaite qui s’avance, ou à tout le moins à faire bouger des lignes que le gouvernement a tout intérêt à figer. Beaucoup de choses peuvent se produire dans le cadre d’un tel processus de primaires. Des candidats alternatifs plus ou moins satisfaisants (Christiane Taubira, Arnaud Montebourg, etc.) peuvent apparaître mais, en tout état de cause, on peut raisonnablement espérer d’un tel débat qu’il conduise à la défaite de François Hollande et de Manuel Valls et à un commencement de reconstruction de l’union de la Gauche et du Parti Socialiste. 

La vie peut nous réserver d’autres surprises, bonnes ou mauvaises mais de grâce, essayons de ne pas aller vers l’évidence annoncée de trois candidatures de gauche minables aux cotés d’un François Hollande qui en apparaitrait, à nouveau, comme seul crédible pour conduire à la défaite de la Gauche dès le premier tour ! Essayons d’éviter la honte annoncée et le danger extrême d’un deuxième tour Droite-Front National !

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