Vive Mélenchon, vive Montebourg !

Dans le moment politique où nous sommes, je crois tout aussi nécessaire d'aider Arnaud Montebourg à être le candidat du Parti Socialiste que de contribuer à ce que le Parti de Gauche et le P.C à retrouver le chemin d'une unité indispensable entre eux, aboutissant à une nécessaire candidature de Jean-Luc Mélenchon à la Présidentielle.

La décision du Conseil National du P.C.F de ne pas s’aligner sur la candidature de Jean-Luc Melenchon pose à l’homme de gauche que j’essaye d’être une série de questions.

A l’écoute des grands médias comme d’ailleurs à la lecture des réactions de beaucoup de lecteurs de Mediapart, je constate souvent une tendance à rabattre cette décision à des motivations strictement politiciennes . Tout s’expliquerait du coté des communistes par la volonté de sauver ce qui peut l’être de leurs députés et de leur appareil. Symétriquement, les sympathisants P.C sont tentés de considérer que, dans la décision de Jean-Luc Melenchon de se proclamer seul et sans concertation candidat de la gauche de transformation sociale, on ne trouverait que l’ambition d’un homme, ses tentations autoritaires, la volonté de terminer le travail de Mitterrand en ôtant les quelques plumes qui restent encore à la volaille communiste.

Je n’ai pas la naïveté de penser que ces analyses ne comportent aucune part de vérité mais j’ai la conviction qu’elles ne nous permettent absolument pas d’avancer vers une solution de gauche à la crise que connaît notre pays.

A se jeter mutuellement ces critiques à la figure, nous n’obtiendrons qu’un seul résultat : un affaiblissement mutuel et le triomphe d’une droite qui devrait rester notre seul ennemi et qui s’apprête à mettre en oeuvre des projets de régression sociale d’une extrême dureté.

Dans la situation que nous connaissons, je considère  donc plus intéressant d’essayer de dégager les raisons de fond des divergences d’analyse entre le P.C.F et le Front de Gauche et d’essayer de voir comment il est possible d’avancer.

Il me semble que l’analyse de Jean-Luc Melenchon consiste à privilégier la construction d’une force « purement » à gauche, à refuser toute « compromission » avec la social- démocratie et avec le P.C.F et à considérer que, par la clarté de ses positions et par ce que d’aucuns appelleraient « sa capacité d’incarnation », il va réussir à faire s’effondrer les vieux appareils socialistes et communistes et à attirer à lui leurs électeurs et leurs militants . On pourrait dire qu’il veut être le Siriza de la gauche française (mais Siriza a cessé depuis longtemps d’être une référence pour lui ) ou son Podemos (mais Podemos sera-t-il encore très longtemps une bonne référence ?).

Il me semble que l’analyse du P.C.F consiste à essayer de créer les conditions d’une « Corbynisation » du Parti Socialiste et d’une union avec un parti socialiste qui aurait viré à gauche autour d’Arnaud Montebourg.

Pour être bref et en sâchant que je vais en faire hurler beaucoup, je suis preneur, sous un certain nombre de conditions, des DEUX options qui me semblent aussi nécessaires l’une que l’autre à la reconstruction d’un bloc de gauche à vocation majoritaire en France.

J’ai écrit, dans un précédent billet, que je souhaitais que Jean-Luc Mélenchon soit candidat à une primaire de toute la gauche et que j’étais sûr qu’il avait la capacité à l’emporter sur François Hollande ou sur Manuel Valls dans une telle primaire qui offrait la seule opportunité encore existante, il y a six mois, de battre la droite à la prochaine élection présidentielle.

Jean-Luc Melenchon, qui a la conviction qu’il a la capacité d’obtenir le soutien de la majorité des Français, a considéré qu’il ne pouvait pas obtenir le soutien de la majorité des électeurs de gauche et a pris la décision de se porter candidat .

Il est clair que rien le ne fera changer d’avis.

Il est extrêmement probable que, dans cette situation, aucun candidat de gauche ne parviendra à être présent au deuxième tour de l’élection présidentielle.

Dans la perspective de cette défaite qui s’avance, je me demande comment agir pour la dépasser et pour permettre que les forces de transformation sociale puissent demain, repasser à l’offensive.

Sans aucune illusion sur l’opportunisme du personnage, je vais aller voter Arnaud Montebourg à la primaire du Parti Socialiste et j’espère que de très nombreux militants de la gauche de transformation sociale vont faire de même.

Il me semble nécessaire qu’Arnaud Montebourg batte François Hollande ou Manuel Valls lors de cette primaire et qu’il impose la ligne plus à gauche à laquelle aspirent de très nombreux électeurs et militants socialistes qui, pour autant, ne me semblent prêts à rallier ni le P.C.F ni Jean-Luc Melenchon.`

J’ai la conviction qu’un succès d’Arnaud Montebourg à la primaire socialiste aboutira à des ruptures et à des clarifications indispensables dans ce parti. Ce succès et l’élimination de Hollande et de Valls conduiront probablement à une candidature d’Emmanuel Macron et au ralliement d’ une partie significative des dirigeants socialistes  à la ligne sociale-libérale qu’il incarne. Dans un P.S allégé de la fraction sociale-libérale qui le dirige actuellement, Montebourg sera contraint à s’appuyer sur ceux des socialistes qui se sont opposés à François Hollande et qui sont décidés à s’opposer à Emmanuel Macron et à Manuel Valls. Cette clarification me semble indispensable et salutaire, même si elle ne suffit pas à tout, loin de là.

Dans le temps où je vais voter Montebourg à la primaire socialiste, je continue à espérer que le P.C.F et le Parti de Gauche vont parvenir à dépasser leurs divergences et s’entendre finalement pour soutenir la  candidature de Jean-Luc Melenchon à l’élection présidentielle.

Je connais beaucoup de militants communistes qui , comme moi,ont le plus grand respect pour la force des convictions de Jean-Luc Melenchon et pour son talent à les communiquer mais qui ont été choqués par le caractère unilatéral de sa décision de candidature, par l’autoritarisme de ses positions et par le caractère inutilement cassant de ses prises de position à leur égard comme à celle des éléments de gauche qui se battent à l’intérieur du Parti Socialiste.

Pourtant, une candidature communiste dans la situation actuelle me semblerait profondément ridicule et contre-productive. Un soutien direct à Arnaud Montebourg me semblerait lui proprement scandaleux.

Il existe encore une petite fenêtre d’opportunité pour que les adhérents du P.C se prononcent pour un soutien à la candidature de Jean-Luc Melenchon à l’élection présidentielle et je souhaite que cela soit finalement le cas.

Il me semble indispensable que les dirigeants du P.C et ceux du Parti de Gauche entreprennent en urgence l’effort de compréhension mutuelle auquel ils se sont refusés jusqu’à maintenant.

Il me semble nécessaire qu’une candidature de Jean-Luc Melenchon soutenue par le P.C.F soit clairement conçue comme destinée d’abord et avant tout à faire reculer la droite et l’extrême-droite en France.

Un succès de Valls ou de Hollande à la primaire du Parti Socialiste, ferait définitivement basculer ce parti à droite et impliquerait qu’il soit combattu comme tel.

Le choix d’Arnaud Montebourg par contre supposerait que Jean-Luc Melenchon et les communistes, sans renoncer à faire valoir des positions de transformation sociale plus radicales et plus cohérentes que celles d’un parti socialiste même « corbynisé », le fasse avec l’idée de retrouver les dirigeants et les électeurs socialistes, peut être au deuxième tour mais plus probablement lors des élections législatives qui suivront.

Dans le cas d’une défaite malheureusement probable à la Présidentielle, je souhaite qu’une position de ce type conduise à faire élire un nombre aussi important que possible de députés Front de Gauche, Ecologistes, P.C et socialistes qui nous seront fort utiles pour appuyer le mouvement social qui va devoir affronter «  la Révolution » (comprenez la Réaction) néo-libérale que nous promet la droite et qu’elle s’apprête à mettre en œuvre au fouet et par ordonnances.

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