La primaire de toute la gauche est plus nécessaire que jamais

Marine Le Pen constitue aujourd'hui en France un risque aussi dramatique que Trump aux Etats-Unis.Hollande, Valls aussi bien que Juppé seront rejetés par le peuple. Il est vital qu'un candidat véritablement de gauche, comme Jean-Luc Mélenchon, soit présent au deuxième tour de la Présidentielle pour battre le Front National et cela ne sera possible qu'au terme d'un processus de primaires.

J’avais écrit en Février, un billet que j’avais intitulé « Une primaire de toute la gauche, finalement chiche» de façon volontairement provocante.

Après le Brexit, l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis me semble projeter  une lumière neuve et blafarde sur les prochaines élections françaises.

Il y a quelques jours, je considérais simultanément que la candidature de Jean-Luc Mélenchon devait finalement obtenir le soutien des communistes et de toutes les forces à la gauche du Parti Socialiste et qu’il était souhaitable d’aller voter à la primaire du Parti Socialiste pour qu’Arnaud Montebourg en soit le candidat à la présidentielle.

Cependant, je dois avouer que je me situais dans une perspective d’absence probable de la gauche au deuxième tour de la Présidentielle et dans celle d’un succès final d’Alain Juppé. Mes réflexions portaient sur la reconstruction d’une perspective de gauche après les défaites annoncées.

Dans la situation actuelle, la défaite de la gauche continue à me sembler très probable. Cependant, l’élection de Trump fait apparaître une autre réalité :

- si Marine Le Pen affronte au second tour les propositions néolibérales d’Alain Juppé, si, comme elle a commencé à le faire, elle affirme une volonté de protection des « Français », des classes populaires contre la mondialisation, elle battra Alain Juppé comme Trump a battu Hillary Clinton, comme Boris Johnson a gagné en Grande-Bretagne. Nous avons beau mesurer le caractère factice de ses promesses sociales et la réalité de son racisme et de sa xénophobie, si elle n’a  en face d’elle, au second tour, qu’une nième position néo-libérale, technocratique et antisociale, Marine Le Pen va devenir Présidente de la République !

Cette perspective est insupportable et il faut créer les conditions pour qu’elles n’advienne pas.

Même si cela apparaît aujourd’hui très difficile, il est essentiel de créer les conditions pour qu’un candidat de gauche soit présent au deuxième tour de l’élection présidentielle et pour que ce candidat gagne cette élection.

On pouvait trouver qu’il y a un coté bisounours aux propositions d’unité de Pierre Laurent, mais il est clair aujourd’hui que si la gauche ne parvient pas à retrouver un minimum d’unité, le risque que le Front National s’empare du pouvoir est absolument considérable.

Il est aujourd’hui possible et probable que Jean-Luc Mélenchon arrive en tête de la gauche au premier tour de l’élection présidentielle.

En d’autres temps, j’aurais considéré ce résultat comme une consolation suffisante et comme la promesse d’une recomposition nécessaire des forces de gauche.

Mais cela ne suffira pas à éloigner le risque d’une « trumpisation » de la vie politique française.

Même si les différents candidats se réclamant de la gauche s’entendaient sur un pacte minimum de non-agression, la dispersion des voix liées à la multiplication des candidatures conduirait à l’absence de la gauche au deuxième tour de la Présidentielle et, je le crains, à la prise de pouvoir du Front National.

Dans cette situation, je crois que chaque responsable de gauche porte une lourde responsabilité dans la lutte pour éviter la très considérable défaite qui s’annonce.

Je crois que le P.C.F, le Parti de Gauche, les Verts doivent prendre l’initiative d’exiger du Parti Socialiste l’organisation d’une primaire véritablement de toute la gauche.

J’ai la conviction absolue que les Valls et Hollande sont dans l’incapacité de gagner une telle primaire.

Il est possible que, dans ce cadre, une candidature Montebourg ou Hamon s’impose. Je ne m’en réjouirais pas, mais ce serait un moindre mal par rapport à ce qui s’annonce.

Cependant j’ai la conviction qu’une telle primaire serait seule de nature à mettre Jean-Luc Mélenchon dans la position d’un Bernie Sanders français qui aurait remporté la primaire américaine.

Face à un appareil socialiste profondément démoralisé et démobilisé, le Parti de Gauche dispose de militants jeunes et enthousiastes. Il a bien engagé sa campagne et dispose d’un socle important de sympathisants. Il peut encore retrouver avec lui les militants et les sympathisants du P.C.

Si la gauche de transformation sociale veut pouvoir espérer convaincre une majorité de Français, elle doit commencer par  convaincre d’abord le peuple de gauche et j’ai la conviction que, dans le paysage politique actuel, elle en est capable.

Qui peut penser que François Hollande serait capable de convaincre une majorité d’électeurs dans un débat avec Jean-Luc Mélenchon ?

En tout état de cause, je ne pardonnerai à aucun responsable de gauche d’avoir pris le risque, très réel aujourd’hui, de mettre le Front National au pouvoir en se refusant à une unité de la gauche qui n’est pas plus difficile qu’en 1934 et tout aussi indispensable.

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