Vers le Grand Soir, disent-ils !

Au nom du Grand Soir qu'il voit venir et de l'appel direct au peuple, Jean-Luc Mélenchon refuse tout compromis et toute alliance avec qui ne pense pas exactement comme lui

Je ne suis  militant ni du PC ni d'aucune autre organisation, seulement un citoyen de gauche qui veut la défaite des droites déclarées comme de la quasi-droite que représentent aujourd'hui François Hollande, Manuel Valls et consorts. J'étais partisan d'une primaire de toute la gauche car j'ai la conviction que François Hollande était incapable de venir, devant le peuple de gauche, confronter ses idées à celle de Jean-Luc Mélenchon ou de Cécile Duflot voire d'Arnaud Montebourg. Si elle avait finalement eu lieu une telle primaire aurait peut être permis de renverser la table ce que ne fera pas le score de Jean-Luc Mélenchon qu'il ait finalement 8% ou qu'il en ait 15.

Le refus de François Hollande de participer à une primaire, drapé dans sa  prévisible posture de monarque présidentiel aurait mis à sa charge la responsabilité d'avoir refusé l'unité de la gauche. Si même il avait finalement accepté de participer à cette primaire, j'ai la conviction qu'il pouvait y être battu.

En déclarant sa candidature et la pluralité de candidatures de gauche à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon acte le fait que le prochain président de la République sera très probablement de droite et que l'on nous demandera à nouveau de sacrifier au très mal appelé "vote républicain" contre le Front National (ce que je me suis refusé à faire aux Régionales et que je ne ferais pas non plus aux Présidentielles). Comme il est difficile de partir en campagne avec l'objectif de passer de 10% à 15% dans un processus qui garantit le succès final de la droite, voire de l'extrême-droite, Jean-Luc Mélenchon doit faire appel à un Deus Ex Machina qu'il affectionne : celui du Grand Soir imminent qui va voir les peuples européens et le peuple français renverser d'un coup toutes les tables de la loi européenne et se rallier à un leader supremo fiérement campé dans sa solitude pour attendre leur venue. On pourra trouver cette formule polémique mais Jean-Luc Melenchon lui même rappelle constamment l’inspiration qu’il puisse dans les exemples cubains et vénézueliens. Bien sur, ce Grand Soir, il faudra qu'il soit exactement comme il le rêve, ni la trahison de Siriza (qui me semble se battre avec courage dans une situation extraordinairement difficile), ni les propositions de Varoufakis, ni celles de PODEMOS si demain celui-ci gouverne (donc compromissionne!) avec les socialistes ne trouvent grâce à ses yeux. Je suis profondément triste de le constater car j'ai voté pour lui à la Présidentielle, j'ai marché derrière lui pour le faire élire à Hénin-Beaumont puis à Paris derrière le slogan auquel  (Grand Soir déjà!) " Tous pourris, qu'ils dégagent". A ceux qui misent tout sur un Grand Soir hypothétique et qui, dans l’état actuel des rapports de force, pourrait tout aussi bien être celui du Front National, je préfère ceux qui travaillent à la construction  d’un meilleur rapport de forces à gauche avec les Verts, avec le P.C avec les députés socialistes frondeurs mais surtout avec la masse des électeurs de gauche qui ne se résignent ni au virage social-libéral de Hollande et de Valls ni à la défaite annoncée. En construisant ces rapports de force, il est possible de mettre en échec des processus indignes comme celui de révision de la Constitution et il serait possible d’amener plus près d’idées de réformes véritablement de gauche une masse de gens actuellement désespérés.

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