Christian.Lamarche
Abonné·e de Mediapart

17 Billets

0 Édition

Billet de blog 12 mars 2021

Présidentielles : il est possible de sortir du piège.

Il semble impossible d'empêcher la pluralité désespérante des candidatures de gauche à l'élection présidentielle . En mettant fortement en avant un processus unitaire au niveau des législatives, il est possible de faire entrer dans l'esprit des français que le moment politique 2022 va se jouer en deux épisodes d'égale importance : celui des Présidentielles et celui des Législatives.

Christian.Lamarche
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J’écris ce petit texte frappé par une étrange concordance  entre deux appels à l’unité que beaucoup devrait opposer : celui de Laurent Joffrin, il y a quelques jours, et celui de Denis Sieffert dans  le Monde du vendredi 12 Mars.

Cette concordance est étrange puisque Denis Sieffert, dont je partage l’essentiel des propos, prend la plume en réaction au texte de Laurent Joffrin.

Elle me semble pourtant tout à fait réelle en ceci, qu’après des attendus fort différents, ces deux textes se terminent, de façon identique, par un appel à la sagesse,  à l’union de la gauche,à une candidature unitaire, en un mot par des vœux pieux dénués de toute perspective crédible de réussite.

Contrairement à ce que les logiques d’appareil ou de personnes veulent nous laisser croire, Verts, Insoumis et PC sont d’accord sur 90% de leur programme, mais on sait qu’en stratégie électorale de court terme il est toujours plus intéressant de mettre en valeur ses divergences.

Comme Denis Sieffert, je souhaiterais que la sagesse prévale à gauche et, dans mes rêves, j’imagine un premier accord entre Insoumis et Verts auquel devait ensuite se rallier le PC et un PS qui reste indispensable au succès mais auquel ses multiples trahisons de l’ère Hollande et son positionnement actuel encore ambigu sur de nombreuses questions interdisent de prétendre à une tête de liste et à la direction de la gauche.

Ce schéma idyllique n’est pas tout à fait utopique si j’en juge par ce qui se passe pour les élections régionales dans les Hauts de France. Dans cette région, Insoumis et Verts viennent de s’entendre et tout laisse à penser que cet accord va contraindre le P.S et le P.C à s’y rallier.

Malheureusement, ce qui s’avére possible dans une région et que je souhaite vivement voir arriver dans plusieurs autres, me semble totalement irréaliste en ce qui concerne l’élection présidentielle.

Dans celle-ci, il faut élire un homme ou une femme et les stratégies d’appareil comme les ambitions personnelles rendent inévitables, dans la situation concrète qui est celle de la gauche aujourd’hui, les candidatures concurrentes d’Anne Hidalgo, de Jean-Luc Mélenchon, de Yannick Jadot ou d’Eric Piolle et de quelques autres et probablement (mais pas à coup sur) l’incapacité de la gauche française à accéder au second tour de l’élection présidentielle.

Sauf évènements imprévus, et l’affaire Fillon montre que de tels événements peuvent advenir, toute la logique institutionnelle de la Cinquième République conduit à l’éclatement et à la pluralité des candidatures à gauche.

Je signerai toutes les pétitions appelant à une candidature unitaire à gauche mais je crois qu’aucune d’entre elles ne parviendra à remonter le très fort courant qui conduit à la pluralité des candidatures.

Si, comme beaucoup semble le présager, nous sommes demain sommés de choisir entre Macron et Le Pen, je pense qu’après avoir beaucoup hésité et plein de rancune et de dégout, je finirais par voter Macron.

Dans ces conditions, comment sortir du piège et de l’échec annoncé ?

Il me semble qu’il faut, pour cela, et dès maintenant, jouer avec un coup d’avance en accordant immédiatement aux élections législatives une importance égale à celle de la Présidentielle.

Pour les élections présidentielles, il me semble que le possible va consister à obtenir des candidats de gauche qu’ils s’engagent à avancer leurs arguments essentiellement contre la droite que représente Macron et contre l’extrême droite et qu’ils signent un code de bonne conduite à gauche et un engagement clair à se désister pour le candidat de gauche qui arrivera en tête puis, souhaitons le, au second tour.

Quelques centaines de milliers de signatures ne seront déjà pas de trop pour obtenir ce modeste résultat !

Dans la campagne des Présidentielles même, mettons en lumière l’importance des législatives et ne laissons pas s’installer le sentiment qu’elles constituent un épiphénomène destiné obligatoirement à confirmer le choix, surtout s’il devait être contraint et malheureux, fait à la Présidentielle.

Accordons une importance essentielle au développement de candidatures unitaires dans le plus de circonscriptions possibles.

Contre l’intérêt du pouvoir et le discours de ses relais médiatiques, installons immédiatement dans le débat l’idée qu’il y a en 2022 deux possibilités égales et complémentaires d’empécher le succés annoncé d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen.

Obtenons des accords explicites de désistement mutuel au candidat de gauche le mieux placé dans chaque circonscription.

Cette importance des législatives est d’ailleurs tout à fait réelle si l’on veut bien y penser et se remémorer le succès de Lionel Jospin, premier ministre de cohabitation de Jacques Chirac.

On a bien vu, ces années là, qu’un président sans majorité législative devait laisser une part considérable de ses pouvoirs au premier ministre et à la majorité de l’Assemblée Nationale.

Les situations sont différentes bien sur et si Jacques Chirac a perdu son pari de dissolution de l’Assemblée Nationale, tous les présidents nouvellement élus se sont vus accorder une majorité législative dans les élections qui ont suivi la leur.

Pourtant, il me semble exister de nombreuses raisons de penser qu’il est parfaitement possible de convaincre le peuple français d’accorder une majorité législative à la Gauche après qu’il ait du se résigner, sans enthousiasme on le pressent, à choisir entre la droite et l’extrême droite.

Si, par malheur, Marine Le Pen, emportait la Présidentielle, ce qui n’est pas exclu aujourd’hui, LREM serait disqualifié pour les législatives. A l’inverse, des forces de gauche qui auraient valorisé leur unité de candidature législative dans le processus même de la Présidentielle seraient en position de susciter un sursaut républicain victorieux aux législatives.

C’est possible mais cela demande à être travaillé stratégiquement pendant toute la campagne présidentielle.

De façon un peu provocante, je rappellerais que Jean-Luc Melenchon et presque tous ses concurrents de gauche insistent sur des concepts de type « Viéme République » qui passent par une diminution considérable des pouvoirs quasi-monarchiques du Président dans la Vème République.

En mettant les Législatives immédiatement au même niveau d’importance que la Présidentielle, on commence à mettre en œuvre cette idée avec une chance de succès réel.

J’ajouterais que cette unité possible sur le terrain et cette perspective seraient de nature à renforcer les candidats de gauche à la Présidentielle elle même et à faire surgir la bonne surprise d’une présence de la gauche au second tour et au final.

J’ai commencé ce texte en reprochant amicalement à Denis Sieffert d’émettre des vœux pieux. Il est fondé maintenant à me reprocher de rêver.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Diplomatie
Macron passe la diplomatie française à la sauce « libérale »
Sous prétexte d’accroître la « mobilité interne » au ministère des affaires étrangères, la réforme prévue par Emmanuel Macron permettra d’offrir des postes d’ambassadeur à des amis politiques ou des cadres du monde des affaires qui ont rendu des services. Tout en réglant son compte à un corps diplomatique que l’Élysée déteste.
par René Backmann
Journal — France
Fausse rétractation de Takieddine : sur la piste d’un « cabinet noir » au service de Sarkozy
L’enquête sur l’interview arrangée de Ziad Takieddine révèle les liens de plusieurs mis en cause avec le clan Sarkozy et leur volonté de « sauver » l’ancien président, mais aussi ses anciens collaborateurs, Brice Hortefeux et Thierry Gaubert, également mis en examen dans l’affaire libyenne.
par Karl Laske et Fabrice Arfi
Journal — Terrorisme
Les confidences du commissaire des services secrets en charge des attentats du 13-Novembre
Le commissaire divisionnaire SI 562 – le nom de code le désignant – a dirigé la section chargée des enquêtes judiciaires liées au terrorisme islamique à la DGSI, entre 2013 et 2020. Il offre à Mediapart une plongée inédite dans les arcanes du service de renseignement.
par Matthieu Suc
Journal — Justice
À Marseille, des juges font reculer l’incarcération à la barre
L’aménagement de peine, par exemple le bracelet électronique, prononcé dès le jugement, est une possibilité qui n’avait jamais décollé avant 2020. Mais à Marseille, la nouvelle réforme de la justice et la volonté d’une poignée de magistrats ont inversé la tendance. Reportage.
par Feriel Alouti

La sélection du Club

Billet de blog
La chanson sociale, comme levier d’empowerment Bernard Lavilliers en concert
Dans la veine de la chanson sociale française, l’artiste Bernard Lavilliers transmet depuis plusieurs décennies la mémoire longue des dominés, leurs souffrances, leurs richesses, la diversité des appartenances et propose dans ses narrations festives et musicales. Balzac disait que «Le cabaret est le Parlement du peuple ». En quoi la chanson sociale est-elle un levier de conscience politique ?
par Béatrice Mabilon-Bonfils
Billet de blog
La clique de « Kliniken » vue par Julie Duclos
Quinze ans après Jean-Louis Martinelli, Julie Duclos met en scène « Kliniken » du dramaturge suédois Lars Noren. Entre temps l’auteur est décédé (en 2021), entre temps les guerres en Europe ont continué en changeant de pays. Immuable, la salle commune de l’hôpital psychiatrique où se déroule la pièce semble jouer avec le temps. Troublant.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Un poète palestinien : Tawfik Zayyad
Cette poésie simple, émouvante, populaire et tragique a circulé d'abord sous les tentes des camps de réfugiés, dans les prisons avant d'être lue, apprise et chantée dans toute la Palestine et dans tout le monde arabe.
par mohamed belaali
Billet de blog
La comédie des catastrophes
Au Théâtre de la Bastille, le collectif l'Avantage du doute dresse un hilarant portrait de la société contemporaine pour mieux en révéler ses maux. De l’anthropocène au patriarcat, de la collapsologie aux comédiennes mères ou non, du besoin de tendresse des hommes, « Encore plus, partout, tout le temps » interroge les logiques de puissance et de rentabilité par le biais de l’intime.
par guillaume lasserre