Présidentielles : il est possible de sortir du piège.

Il semble impossible d'empêcher la pluralité désespérante des candidatures de gauche à l'élection présidentielle . En mettant fortement en avant un processus unitaire au niveau des législatives, il est possible de faire entrer dans l'esprit des français que le moment politique 2022 va se jouer en deux épisodes d'égale importance : celui des Présidentielles et celui des Législatives.

J’écris ce petit texte frappé par une étrange concordance  entre deux appels à l’unité que beaucoup devrait opposer : celui de Laurent Joffrin, il y a quelques jours, et celui de Denis Sieffert dans  le Monde du vendredi 12 Mars.

Cette concordance est étrange puisque Denis Sieffert, dont je partage l’essentiel des propos, prend la plume en réaction au texte de Laurent Joffrin.

Elle me semble pourtant tout à fait réelle en ceci, qu’après des attendus fort différents, ces deux textes se terminent, de façon identique, par un appel à la sagesse,  à l’union de la gauche,à une candidature unitaire, en un mot par des vœux pieux dénués de toute perspective crédible de réussite.

Contrairement à ce que les logiques d’appareil ou de personnes veulent nous laisser croire, Verts, Insoumis et PC sont d’accord sur 90% de leur programme, mais on sait qu’en stratégie électorale de court terme il est toujours plus intéressant de mettre en valeur ses divergences.

Comme Denis Sieffert, je souhaiterais que la sagesse prévale à gauche et, dans mes rêves, j’imagine un premier accord entre Insoumis et Verts auquel devait ensuite se rallier le PC et un PS qui reste indispensable au succès mais auquel ses multiples trahisons de l’ère Hollande et son positionnement actuel encore ambigu sur de nombreuses questions interdisent de prétendre à une tête de liste et à la direction de la gauche.

Ce schéma idyllique n’est pas tout à fait utopique si j’en juge par ce qui se passe pour les élections régionales dans les Hauts de France. Dans cette région, Insoumis et Verts viennent de s’entendre et tout laisse à penser que cet accord va contraindre le P.S et le P.C à s’y rallier.

Malheureusement, ce qui s’avére possible dans une région et que je souhaite vivement voir arriver dans plusieurs autres, me semble totalement irréaliste en ce qui concerne l’élection présidentielle.

Dans celle-ci, il faut élire un homme ou une femme et les stratégies d’appareil comme les ambitions personnelles rendent inévitables, dans la situation concrète qui est celle de la gauche aujourd’hui, les candidatures concurrentes d’Anne Hidalgo, de Jean-Luc Mélenchon, de Yannick Jadot ou d’Eric Piolle et de quelques autres et probablement (mais pas à coup sur) l’incapacité de la gauche française à accéder au second tour de l’élection présidentielle.

Sauf évènements imprévus, et l’affaire Fillon montre que de tels événements peuvent advenir, toute la logique institutionnelle de la Cinquième République conduit à l’éclatement et à la pluralité des candidatures à gauche.

Je signerai toutes les pétitions appelant à une candidature unitaire à gauche mais je crois qu’aucune d’entre elles ne parviendra à remonter le très fort courant qui conduit à la pluralité des candidatures.

Si, comme beaucoup semble le présager, nous sommes demain sommés de choisir entre Macron et Le Pen, je pense qu’après avoir beaucoup hésité et plein de rancune et de dégout, je finirais par voter Macron.

Dans ces conditions, comment sortir du piège et de l’échec annoncé ?

Il me semble qu’il faut, pour cela, et dès maintenant, jouer avec un coup d’avance en accordant immédiatement aux élections législatives une importance égale à celle de la Présidentielle.

Pour les élections présidentielles, il me semble que le possible va consister à obtenir des candidats de gauche qu’ils s’engagent à avancer leurs arguments essentiellement contre la droite que représente Macron et contre l’extrême droite et qu’ils signent un code de bonne conduite à gauche et un engagement clair à se désister pour le candidat de gauche qui arrivera en tête puis, souhaitons le, au second tour.

Quelques centaines de milliers de signatures ne seront déjà pas de trop pour obtenir ce modeste résultat !

Dans la campagne des Présidentielles même, mettons en lumière l’importance des législatives et ne laissons pas s’installer le sentiment qu’elles constituent un épiphénomène destiné obligatoirement à confirmer le choix, surtout s’il devait être contraint et malheureux, fait à la Présidentielle.

Accordons une importance essentielle au développement de candidatures unitaires dans le plus de circonscriptions possibles.

Contre l’intérêt du pouvoir et le discours de ses relais médiatiques, installons immédiatement dans le débat l’idée qu’il y a en 2022 deux possibilités égales et complémentaires d’empécher le succés annoncé d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen.

Obtenons des accords explicites de désistement mutuel au candidat de gauche le mieux placé dans chaque circonscription.

Cette importance des législatives est d’ailleurs tout à fait réelle si l’on veut bien y penser et se remémorer le succès de Lionel Jospin, premier ministre de cohabitation de Jacques Chirac.

On a bien vu, ces années là, qu’un président sans majorité législative devait laisser une part considérable de ses pouvoirs au premier ministre et à la majorité de l’Assemblée Nationale.

Les situations sont différentes bien sur et si Jacques Chirac a perdu son pari de dissolution de l’Assemblée Nationale, tous les présidents nouvellement élus se sont vus accorder une majorité législative dans les élections qui ont suivi la leur.

Pourtant, il me semble exister de nombreuses raisons de penser qu’il est parfaitement possible de convaincre le peuple français d’accorder une majorité législative à la Gauche après qu’il ait du se résigner, sans enthousiasme on le pressent, à choisir entre la droite et l’extrême droite.

Si, par malheur, Marine Le Pen, emportait la Présidentielle, ce qui n’est pas exclu aujourd’hui, LREM serait disqualifié pour les législatives. A l’inverse, des forces de gauche qui auraient valorisé leur unité de candidature législative dans le processus même de la Présidentielle seraient en position de susciter un sursaut républicain victorieux aux législatives.

C’est possible mais cela demande à être travaillé stratégiquement pendant toute la campagne présidentielle.

De façon un peu provocante, je rappellerais que Jean-Luc Melenchon et presque tous ses concurrents de gauche insistent sur des concepts de type « Viéme République » qui passent par une diminution considérable des pouvoirs quasi-monarchiques du Président dans la Vème République.

En mettant les Législatives immédiatement au même niveau d’importance que la Présidentielle, on commence à mettre en œuvre cette idée avec une chance de succès réel.

J’ajouterais que cette unité possible sur le terrain et cette perspective seraient de nature à renforcer les candidats de gauche à la Présidentielle elle même et à faire surgir la bonne surprise d’une présence de la gauche au second tour et au final.

J’ai commencé ce texte en reprochant amicalement à Denis Sieffert d’émettre des vœux pieux. Il est fondé maintenant à me reprocher de rêver.

 

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