#Nuitdebout, Finkielkraut, Démocratie et pièges d'egos

Le récent rejet d'Alain Finkielkraut de #Nuitdebout fait crépiter les réseaux sociaux. Ceci comme de nombreux posts polémiques sur les groupes faisant la promotion d'une démocratie renouvelée conduisent une nouvelle fois à s'interroger sur nos invariants humains. Et le défi que nous avons alors à relever si nous voulons « changer le monde » c’est d’incarner nos idéaux.

Comment « ne pas » ?

 

En effet, comment ne pas tomber dans les pièges partisans, ceux-ci sont avec nous et donc, par effet miroir, ceux-là sont contre nous ?

Comment ne pas tomber dans l’opposition binaire tandis que nous rêvons de faire Cité ensemble ?

Comment rallier ses amis à sa cause ou son post sans prendre position « pour » donc « contre » ?

Comment prôner la démocratie sans évincer certains citoyens ?

 

Nos idéaux reflètent un tutoiement avec un niveau de conscience souhaité et la réalité c’est que nous sommes majoritairement englués dans des modes de pensée, de communication et d’actions maintes fois répétés au cours des derniers 10 000 ans qui exaltent la compétition, la violence, la vindicte et l’opposition.

 

S nous voulons être ceux que nous attendons (en référence à la phrase qui circule sur Internet #Noussommesceuxquenousattendions) tout le défi réside dans que faisons-nous de différent des détracteurs que nous conspuons si facilement ?

Comment rallier de nouveaux élans, si à la première épreuve, nous nous comportons  comme tout ce que nous décrions ?

 

Les mots reflètent notre état d’esprit, notre niveau de conscience

 

Il est très difficile de s’affirmer sans reprendre les propos guerriers, provocateurs ou utilisant des mots grossiers, ces trois grands types de registre donnent l’illusion d’un propos vigoureux et puissant[1]. La seule chose c’est qu’en fait nous alimentons la violence symbolique et celle-ci nous revient très vite en moins de 5 commentaires parfois.

 

Nous voulons porter la démocratie, la vraie, celle qui réunit tout le monde et permet de vivre en paix et en fraternité malgré ou grâce à nos différences, toutefois, dès que cette même différence se rapproche de trop près, nous ravivons nos réactions archaïques de rejet de l’autre du différent, si facilement traduit par ennemi… à abattre ou à vilipender.

Personne ne peut donner de leçons car nous sommes tous pris un jour ou l’autre le doigt dans la confiture du manque de cohérence. La question à se poser est davantage de savoir si nous poursuivons un comportement excessif ou si nous saisissons l’occasion pour nous arrêter et comprendre ce qui vient de se passer en nous avec tel commentaire, telle réaction, telle parole dite « malheureuse », tel acte agressif.

Nous sommes tous faits de la même pâte

 

Nous sommes tous faits de la même pâte, quelle que soit notre couleur, notre sensibilité politique, notre CSP, notre religion et nous passons un temps impressionnant à nous focaliser sur nos différences au point de les ériger en prétexte de guerre ou d’extermination.

 

Curieuse espèce que l’humanité qui détient des records d’auto-élimination et qui régulièrement se trouve un nouvel bouc émissaire pour mieux lui affliger tous les qualificatifs dépréciatifs et cibler sur lui toute la haine et l’opprobre.

Sauf que ces humains-là ce ne sont pas les « autres », c’est vous, c’est moi.

Nous sommes tous égaux devant nos invariants humains, prompts à la violence, au jugement, à la critique, à la compétition pour avoir la meilleure place, la future place désirée celle bientôt de candidat pour les uns à la Présidentielle, pour d’autres aux législatives. Le résultat est le même : voir son nom sur les affiches et espérer la reconnaissance matérielle et sociale qui va avec.

 

Ne soyons pas hypocrites et vérifions nos motivations dans nos actions : pourquoi vouloir proposer une nouvelle démocratie ? Idéal, oui, utopie, oui, réelle envie, oui aussi cependant quand il faut un candidat ou un porte-parole et que les médias se pressent, qu’est-ce qui est ravivé sinon l’ego qui rêve de faire la une à la télévision ?

Rappelons-nous les enseignements de l’histoire récente, la Révolution française a aboli la monarchie et depuis à l’Elysée et alentours le nombre d’acteurs élus de la République fait bien penser à une cour de roi : avantages, privilèges, exonérations, passe-droits, justice à deux vitesses… alors si certains rêvent de couper des têtes est-ce pour co-élaborer une démocratie pour le peuple ou pour avoir une occasion de briller et de se faire valoir personnellement ? Car si c’était la seule motivation du bien public, la majorité des nombreux candidats qui émergent de partout décideraient d’allier leurs énergies vers un nombre minimum afin de conserver la pluralité et limiter l’hypertrophie narcissique.

Creusons donc ces sujets car les arguties sont nombreuses sur ce que les « autres » ne devraient plus faire. Mais combien d’entre nous resterons intègres face aux flammes brûlantes du pouvoir et de la médiatisation.

 

Enfin, si nous prônons la diversité, comment accueillir l’autre, qu’il soit philosophe de droite ou de gauche, juif ou musulman, pourquoi ces catégories viennent-elles barrer l’opportunité du débat et de la réflexion ? Si nous sommes partisans aujourd’hui en préparant un demain pluriel, c’est qu’il nous faut encore travailler en nous pour dépasser nos discriminations intérieures qui se traduisent par nos racismes, nos intolérances, nos extrémismes.

 

Gérer nos paradoxes

Comme il est compliqué de ne plus vouloir nourrir un système qu’il soit politique ou économique et ne pas l’alimenter par nos comportements qui reflètent ce que nous déplorons.

Gandhi nous l’avait dit « Soyons le changement que nous voulons pour le monde », alors de quel changement voulons-nous et qui sommes-nous pour l’incarner ?

« Nous sommes ceux que nous attendions » certes la formule est belle, mais qui sommes-nous justement ? Et donc avec ces récents constats (rejet d'Alain Finkielkraut de #Nuitdebout et nombres de critiques sur les réseaux sociaux autour de la Primaire citoyenne), acceptons que nous sommes en chemin, trébuchant des marches de nos idéaux sur les tabourets de nos incohérences. Osons nous rassembler pour apprendre ensemble à devenir ce que nous voulons être pour participer à changer le monde vers une équité partagée, une garantie que chaque personne aura une digne place pour exister et être respecté pour sa singularité.


[1] Marsan, C., Daverio, F., Communication d’influence, CFPJ Editions, 2009.

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