Mais que reste-t-il de la politique ?

De quoi la violence en politique est-elle l'expression ? Où est passée la Cité? Et cela explique le regain d'élan politique chez les citoyens.

Une étymologie à raviver :

Rappelons-nous qu'étymologiquement Politikos définit les affaires de la Cité. Ainsi, agir politiquement c'est agir pour les affaires publiques de la Cité.

Il semble que l'évolution politicienne de la politique aboutisse au fait que cette dernière a perdu son « objet » : la cause publique, se décider à la Cité, aujourd'hui nous dirions plus volontiers au territoire.

Alors la violence "brute" s'exerce car chacun se sert du prétexte de la cause publique pour obtenir des avantages pour lui (dérive politicienne) et c'est alors la quête du pouvoir comme unique finalité. En effet, agir pour la Cité conduit à l'exercice de pouvoirs cependant ceux-ci qui sont au service du public et de la Cité.

 

La politique a perdu son objet : le commun

Ainsi, si la politique a perdu son objet, le Commun : la Cité ou le Territoire, il ne reste alors plus que l'exercice du pouvoir "sur" et advient alors la jouissance du pouvoir pour lui-même et la quête des signes de reconnaissance.

C'est alors la guerre de tous contre tous pour accéder à ce pouvoir de domination et de prédation, c'est la quête du pouvoir pour le pouvoir. Il n’y a plus de sujet (broyé) ni d’objet (nié), juste une attraction sans limites d’obtention des fruits du pouvoir.

Et les questions entre les personnes agissant pour la Cité ne sont plus : "que pourrions-nous faire pour améliorer la ville?", "comment pourrions-nous embarquer les citoyens pour co-construire une ville ou un territoire commun qui apporte du bonheur à tous?" ; il est question d'alliances avec celles et ceux qui garantissent de gagner.

La cause publique a été oubliée au bord de la route.

 

Réintroduire l'intermédiaire : le tiers, la Cité

C'est la raison pour laquelle les débats sont des déchaînements de violence contre autrui, car il n'y a plus d'intermédiaire, de tiers- le Commun (Cité ou Territoire)- entre les prétendants au trône. C'est la lutte "à mort" pour conquérir le pouvoir et là les comportements ressemblent davantage aux héros mythologiques antérieurs à la Démocratie qu'a fait advenir Athènes. 

Alors, les élans de démocratie participative, de listes municipales comme des élections hors des institutions (exemple de #MAVOIX) sont l'expression de citoyens qui s’emparent à nouveau de la "chose publique". La Cité/Territoire redevient un Commun et chacun contribue à une co-création qui ressemble aux besoins des habitants.

Un tiers qui permet le dialogue a été réintroduit : le sujet : le citoyen, l’objet : le commun (Cité ou territoire), l’élu, autre sujet. Un dialogue entre au moins deux acteurs et un médium intermédiaire. La violence est le fruit de l’aplatissement sujet/objet nié. Alors les sujets s’affrontent en pleine violence mimétique.

Avec le dialogue politique de la Cité réintroduite, la distance est constituée par l’altérité reconnue et des débats constructifs peuvent avoir lieu, avec des règles du jeu claires de démocratie participative à la clé.

Délaissons les débats stériles et revenons à la mobilisation des énergies pour des causes communes qui concernent tous les citoyens.

 

Christine Marsan, 24 septembre 2019

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.