Demain sera ce que nous en ferons et pourrait être pluriel…

Le coronavirus, une opportunité de revisiter nos fonctionnements et vérifier que nous n'allons pas encore reproduire les mêmes erreurs ? Une lecture au travers de la Spirale Dynamique...

Perdre, mais perdre vraiment pour laisser place à la trouvaille.  

Apollinaire

Le coronavirus, comme beaucoup l’ont dit, réalise ce que de nombreux humains n’étaient pas parvenu à obtenir : le système humain mondial est à l’arrêt. Et tout le monde peut alors constater que la terre reprend son souffle, images satellite à l’appui.

Une fois, la torpeur et l’agitation des premiers moments passées, nombreux sont ceux qui désormais pensent et s’attèlent concrètement à demain, c’est-à-dire à la sortie du confinement.

C’est le déploiement de la créativité, des prospectives et conjectures.

Demain à l’identique ou une opportunité de remise en cause ?

Comme le rappelle Henri Bergson : « L'avenir ne sera pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire. » et nous avons deux mois pour co-créer la suite et/ou nous y préparer.

Nous proposons ici d’envisager demain à l’aulne de notre pluralité de niveaux d’existence/conscience en partant du modèle de la Spirale Dynamique[1] pour nous éclairer.

Sa description détaillée est placée en note de bas de page pour libérer le propos ici. Juste en substance c’est un modèle initialement élaboré par Carl Graves qui présente l’évolution de l’humanité en fonction de la complexité qu’elle a créée et qui lorsque le modèle de civilisation n’est plus adapté aux conditions de vie émergentes alors l’être humain individuellement et collectivement réalise un saut de complexité cognitif et émotionnel pour piloter ce nouveau niveau, dit, d’existence.

 Ce que nous vivons avec le coronavirus réalise exactement cette situation de manière mondiale et brutale et correspond à la fois à ce que de nombreux auteurs décrivent depuis plusieurs décennies : un changement de paradigme de civilisation – changement complet des valeurs et des repères – et à une sorte de « reset » remise à niveau des paramètres impliquant l’humanité entière à cette nouvelle élaboration. D’une civilisation mondialisée et imbriquée de manière planétaire, nous en arrivons à un confinement mondial qui bien entendu conduit chacun à s’interroger sur ses fondamentaux existentiels individuels et aussi sur la sortie du confinement.

Il y a alors un crépitement de propositions et chacun y va de ses utopies et désirs… alors que se passe-t-il si nous observons la grille de la spirale dynamique ?

 

Pandémie et niveaux d’existence

Le choc, la sidération[2] de la pandémie a arrêté tout le monde, net. La prise de contact planétaire avec la santé, le danger pour chacun potentiellement, l’imminence potentielle de la maladie et de la mort a fait revenir au niveau beige (celui de la survie). C’est pour beaucoup encore le siège des peurs, voire des phobies de l’autre, nous avons vu dans les tous premiers jours des réactions de rejet des asiatiques. Ceci ravivant des traits (beige) de survie et (rouge) d’impulsivité et de violence dirigés contre autrui.

Puis, rapidement, c’est aussi le retour aux croyances de la pensée animiste et magique (violet), se tournant vers les méditations de la pensée magique et les conseils des peuples premiers pour éclairer cet avenir incertain.

Il y a également l’insouciance individualiste (orange) avec les promenades sur la plage ou au bord des quais de Seine ou d’ailleurs, « cela ne nous concerne pas et nous n’allons pas nous priver de liberté ». Et également quelles exactions, vols, trafics, malveillances physiques et virtuelles (rouge). Alors l’État a apporté une réponse institutionnelle (bleue) avec les mesures de confinement de plus en plus strictes au fur et à mesure des « désobéissances/inconsciences ». Individualismes (orange) et virulences (rouge) se confrontèrent aux durcissements institutionnels.

Germèrent des réponses (vertes) : se relier, s’entraider, trouver des modalités pour améliorer le vivre ensemble. Coopérations physiques et virtuelles se mettent en place. Les réponses numériques (jaune) apparaissent, cela permet un saut de compétences numérique. Les plus frileux (vert) sont obligés de s’adapter faute de rester condamnés au confinement et de ne rien « voir » de ce qui s’élabore.

 

Ceux qui aiment la paix doivent apprendre à s'organiser aussi efficacement que ceux qui aiment la guerre.

Martin Luther King

 

Comment ne pas retomber dans les mêmes schémas ?

Alors le futur commence à s’envisager et il peut être important de veiller à nos pas tomber dans les pièges multicolores de nos niveaux d’existence/conscience.

En effet, beaucoup, mus par une belle intention, pourraient à leur insu, retomber dans le piège individualiste de « l’orange » dans sa version négative individualiste et égotique. Ainsi, nous assistons à une nouvelle profusion d’initiatives, de nouveaux groupes surgissent sur les réseaux sociaux ce qui plus encore que dans le passé dilapide l’énergie, fragmente les initiatives et les élans au moment où nous avons besoin de toutes les forces vives pour bâtir ensemble les pistes pour la sortie de confinement. Il existe aussi une coopération jaune/verte avec le Forum Social Mondial en ligne[3], réalisé à des milliers de personnes de par le monde et en quelques jours.

Nous allons probablement assister à une explosion plurielle de comportements et ceci simultanément.

Certains qui vont se ruer vers les magasins pour replonger dans une consommation à outrance pour rattraper (attendant toutefois que lesdits magasins se soient organisés et n’aient pas déposé le bilan) les manques et les frustrations. La violence face aux institutions et à leurs mesures liberticides, une violence face à tous ceux qui seront vécus comme des nantis pour celles et ceux qui auront tout perdu. Peut-être aussi une augmentation de suicides pour ceux qui n’auront pas supporté la phase de confinement et qui ne voient pas d’issue ou leur place dans le monde d’après. Un décrochage cognitif et émotionnel face à la complexité.

Un système économique qui fera tout pour reprendre le business as usual pour maintenir l’architecture néolibérale dominante (orange). Une ruée vers les campagnes/ exode citadin (vert) pour celles et ceux qui auront acquis le courage de faire le grand saut. Les écolieux et les oasis seront pris d’assaut.

Les États seront tentés de conserver les mesures de contrôle de la population (bleu/rouge) et de passer de démocraties à des dictatures ou assimilées (contrôle numérique, 5G). Les citoyens chercheront les moyens de résister, et pas uniquement virtuellement. Si le confinement dure, ce sera de plus en plus virulent, car il ne sera pas possible de contenir longtemps la population. La majorité des États achèteront la paix sociale à coups de milliards.

Toutefois, la fracture est effective et irrémédiable. Cela prendra un certain temps, mais des millions de personnes seront désormais touchées par cette prise de conscience et déjà des milliers rassemblent leurs talents (vert/jaune) pour co-créer le monde d’après.

La sortie du confinement sera donc plurielle et il devient essentiel aujourd’hui de savoir quel loup nous nourrirons, pour reprendre l’anecdote amérindienne des deux loups.

Et nous pouvons aussi pendant ces deux mois profiter de pacifier chaque niveau de la Spirale dynamique que nous portons en nous : comment entrer en paix avec chaque niveau ? Apprécier ce qui nous manque, ce que nous manifestons en excès et nous donner les moyens d’élever notre conscience individuelle et collective.

Les Deux Loups

« Un soir, un vieil indien Cherokee raconte à son petit-fils l’histoire de la bataille intérieure qui existe chez les gens et lui dit : « Mon fils, il y a une bataille entre deux loups à l’intérieur de nous tous. L’un est le Mal : C’est la colère, l’envie, la jalousie, la tristesse, le regret, l’avidité, l’arrogance, la honte, le rejet, l’infériorité, le mensonge, la fierté, la supériorité, et l’égo.

L’autre est le Bien : C’est la joie, la paix, l’amour, l’espoir, la sérénité, l’humilité, la gentillesse, la bienveillance, l’empathie, la générosité, la vérité, la compassion et la foi. »

Le petit fils songea à cette histoire pendant un instant et demanda à son grand-père :

« Lequel des deux loups gagne ? » Le vieux Cherokee répondit simplement :  Celui que tu nourris. »

 

Christine Marsan, 24 mars 2020

 

[1] https://intelligencecollectiveconsciente.wordpress.com/2018/06/25/spirale-dynamique/?fbclid=IwAR1Pm8btWtOFV0iWHbX2yjB2fVJDT1-SMbe-xTy9emQu4FEJlMEmkWDJvck

[2] En lien avec les étapes du deuil d’Élisabeth Kübler-Ross.

[3] https://www.facebook.com/groups/theviralopenspace/?hc_location=group ; https://www.viralopenspace.net/timetable/?fbclid=IwAR3qUpEjWcSY2lfD5z28PHeAQBUqWVWrBZWeUXtJLqfNxu_1E8kU-GRdxjA

 

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