Donald Trump : un génie (de la) politique ?

Une grande majorité de personne de par le monde et même de son propre parti le trouvent insupportable de par ses prises de position et ses tweets injurieux. Mais si cette grossièreté et cette apparente bêtise, lors de ses prises de décision à l’emporte-pièce, comme par exemple avec Kim Jong-un, relevait en fait d’une stratégie politique digne de Machiavel ?

A quoi servent ses positions clivées ?

Les positions extrêmes que prend Donal Trump ont des effets sur l’opinion et nous voyons, depuis le début de son mandat, un clivage d’opinions s’aggraver aux Etats-Unis d’abord, et désormais, comme une tâche d’huile, le phénomène se répand de par le monde.

En faisant le choix politique du populisme, il pousse son opposition à se radicaliser pour le contrer et générer assez de votes pour peser face à lui en 2020. Et en cela, il désagrège la « gauche progressiste » car prendre une position radicale est le propre des extrêmes de l’extrême gauche à l’extrême droite, que ce soit aux USA ou ailleurs sur la planète.

Une des composantes de la « gauche progressiste » est justement de rechercher la pondération, la conciliation, des voies pour que les consciences s’élèvent et prennent la responsabilité de nos actions humaines sur la planète par exemple. Les Créatifs Culturels[1]résument assez bien le principe, même s’il s’agit d’un raccourci car il n’est pas juste d’assimiler une observation sociologique avec des préférences politiques.

 En stigmatisant et en injuriant une partie de la population de la planète pour ce qu’ils sont genre, origine ethnique, sociale ou politique, Donal Trump pousse ses opposants, qui sont évidemment divers, à prendre des positions radicales « contre lui ». Ainsi, il les pousse à une schizophrénie intellectuelle et à s’aligner à son mode de fonctionnement.

Radicalisation des positions : réduction de l'altérité et augmentation de la violence

Les conséquences sont multiples et intereliées.

Tout d’abord, une radicalisation des positions, transformant le débat politique en lutte des uns contre les autres, les femmes contre les hommes, les personnes de couleur contre les blancs, les ex-colonisés contre les ex-coloniaux, il y a donc une radicalisation raciste dans les débats qui évoluent vers la confrontation plutôt que le dialogue. Chacun s’invective pour ce qu’il est et non pour ce qu’il pense, dit ou fait. L’attaque devient existentielle.

Puis, les intellectuels se laissent prendre par la tentation narcissique car les réseaux sociaux surfant sur ce qui fait du buzz augmentent les écarts entre les posts selon le nombre de likes. Les algorithmes favorisent ainsi la visibilité qui s’obtient souvent par des propos extrêmes qui attirent les réactions clivées et émotionnelles. Ainsi, au lieu de privilégier la profondeur des analyses, certains choisissent d’être vus et d’être commentés et par là-même tombent dans le piège du point de vue clivé. D’autant que les tweets rendent difficiles des propos profonds et analysés et privilégient les formules lapidaires et les accroches qui tels des sloggans publicitaires qui frappent les esprits ou plutôt les émotions quelles n’enrichissent les dialogues.

Ensuite, ces radicalisations rendent la « prophétie d’Huntington » le Choc des Civilisationsun futur tout à fait possible invitant à « la guerre de tous contre tous » selon Hobbes[2]et aux principes guerriers de Clausewitz. Alors, Donald Trump peut augmenter le budget de l’armement et imposer à l’Europe de faire de même, développant par conséquent l’industrie la plus lucrative qui enrichit les États et assurent une hiérarchie dans la domination de la planète. Compétition pour l’armement qui désormais se déplace dans l’espace et avec la conquête de Mars devient le nouveau rêve qui embrase les bureaux de R&D de la planète.

Conséquences sociales 

Donc, le populisme agressif de Donal Trump conduit à une baisse de l’esprit critique et à la généralisation de l’opprobre. Le dialogue, conflictuel se limite aux injures et fait alors déplacer le principe de controverse vers la violence pure visant à l’éradication de l’autre, chacun étant vécu comme l’ennemi, à l’instar des communications les plus virulentes du Président.

Passer du conflit à la violence est une régression du dialogue social dans laquelle l’altérité est niée. Ce sont alors les conditions idoines pour que les esprits soient prêts aux guerres. La violence et la guerre deviennent « normales », « banales », « possibles ».

Et cela tombe bien car les ressources venant à se raréfier : eau, terres, ressources minières, les évolutions climatiques conduisant aux migrations, le cocktail est prêt pour des conflits armés dans de nombreux endroits de la planète.

En conclusion : une influence mondiale 

Ainsi, Donald Trump a-t-il « embarqué » en deux ans et demi le monde entier dans sa dynamique guerrière, affaibli dans son pays les arguments d’une gauche progressiste et a eu une influence sur la contagion populiste, de par le monde.

Il a réussi aussi par sa politique protectionniste à outrance à radicaliser ses frontières et à être vécu comme le Président qui a relevé économiquement les Etats-Unis. Abusant des ressorts du narcissisme, il a clivé l’opinion mondiale autour de lui et il semble qu’il faille lui reconnaître un certain génie politique.

 

Christine Marsan, 27 juillet 2019.

 

[1]https://fr.wikipedia.org/wiki/Créatifs_culturels

[2]L’état de nature est un état de la « guerre de tous contre tous » (Bellum omnium contra omnes).

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